Pas de rapport

Armand Zaloszyc

 

SĂ©minaire de l’ECF Ă  Strasbourg
en 2005-2006

Le séminaire d’étude a commencé de lire, cette année, le Séminaire de Lacan sur Le Sinthome, parvenant jusqu’au sixième chapitre de celui-ci. Pour l’instant, plutôt que des résultats obtenus, ce sont des interrogations et des développements sur telle ou telle petite partie du texte qui font l’essentiel du travail effectué, la perspective étant d’entrer, par cette voie, dans la logique du dernier enseignement de Lacan.

Comme l’année passée où il l’avait fait sous le titre de « Entre être et jouissance », (cf. Letterina No 40, 2005, et Suites et Variations No 1, 2006), Armand Zaloszyc propose un fragment pour représenter l’orientation du travail du séminaire d’étude, sous le titre : « Pas de rapport » (à paraître dans les Cahiers cliniques de Nice, avec une discussion à laquelle il a donné lieu).

Ce que je vais vous soumettre est, à bien des points de vue, un raisonnement hypothétique.

J’ai intitulĂ© cet exposĂ© : « Pas de rapport Â». Evidemment, il y a quelque chose d’extrĂŞmement singulier Ă  dire qu’il n’y a pas de rapport, puisque ce dire ne peut ĂŞtre profĂ©rĂ© que sur le fond que le rapport n’est pas sans ĂŞtre d’une certaine manière prĂ©sent, voire prĂ©valent, prĂ©cĂ©dant la possibilitĂ© mĂŞme d’affirmer : il n’y a pas de rapport. Lacan le note bien souvent, parfois pour en marquer un Ă©tonnement : par exemple, dès le dĂ©but du SĂ©minaire Encore, il nous dit : « […]. C’est bien lĂ  l’étrange, le fascinant, […] – cette exigence de l’Un, comme dĂ©jĂ  Ă©trangement le ParmĂ©nide pouvait nous le faire prĂ©voir, c’est de l’Autre qu’elle sort Â». Et il poursuit : « LĂ  oĂą est l’être, c’est l’exigence de l’infinitude Â» 1 – c’est-Ă -dire : lĂ  oĂą est l’être, dans A, dans l’Autre, il y a l’exigence de l’Un, il y a un appel vers l’Un, vers l’infinitude, vers le type d’infinitude que nous appelons l’Un – et que connote . Je ne dĂ©veloppe pas ce point maintenant 2. Nous en examinerons tout Ă  l’heure quelques aspects. Je ne l’amène que pour vous faire sentir comme Lacan s’en Ă©tonne, voit lĂ  un problème, un problème non rĂ©solu, peut-ĂŞtre un problème insoluble.

Dans le SĂ©minaire Le Sinthome, vous trouvez une notation analogue. Vous la trouvez, page 124 de ce SĂ©minaire. LĂ  aussi, ne retenez pas le dĂ©tail. Je ne l’apporte que pour souligner ce point de vue de Lacan, pour souligner Ă  quel point il nous dit que, pour lui, c’est quelque chose qui ne va pas de soi, qui n’est pas une Ă©vidence. Donc, page 124, § 2 : « Je vous dis […] qu’il n’y a pas de rapport sexuel. Mais c’est de la broderie, parce que ça participe du oui ou non. Du moment que je dis il n’y a pas, c’est dĂ©jĂ  très suspect de n’être pas vraiment un bout de rĂ©el Â» – et il motive ainsi ce qu’il dit : « puisque le stigmate du rĂ©el, c’est de ne se relier Ă  rien Â» 3.

Evidemment, lĂ , il y a un problème supplĂ©mentaire. C’est concernant le stigmate du rĂ©el : puisque ce stigmate, c’est de ne se relier Ă  rien, comment le voit-on ?

C’est un problème qui a son traitement dans ce qui s’appelle la thĂ©ologie nĂ©gative, dont la thèse, disons-le ainsi, est qu’il y a un il y a qui n’est pas un il y a d’existence, mais d’ex-sistence – qu’il y a un rĂ©el qui ne se rĂ©duit pas Ă  la rĂ©alitĂ©. Et, Ă  vrai dire, il me semble que, dans cette page 124, Lacan pense bien, sans la nommer, Ă  la thĂ©ologie nĂ©gative, lorsqu’il dit : « […] si nous savions un bout de rĂ©el, nous saurions que la lumière n’est pas plus obscure que les tĂ©nèbres, et inversement Â». Qui ne voit que cette curieuse dĂ©claration est une citation Ă  peine cryptĂ©e, et sans doute un peu ironique, de la « tĂ©nèbre lumineuse Â» de l’ouverture de la ThĂ©ologie mystique du Pseudo-Denys l’ArĂ©opagite, qui a donnĂ© son grand modèle Ă  la rhĂ©torique de la thĂ©ologie nĂ©gative et Ă  celle des grands mystiques chrĂ©tiens ?

Pourquoi est-ce Ă  la fois, chez Lacan, une dĂ©claration de thĂ©ologie nĂ©gative et, Ă  ce qu’il semble, d’anti-thĂ©ologie ? Sans doute pour accentuer que l’ex-sistence jamais ne forme un tout, qu’elle relève au contraire de la structure du pas-tout, et c’est ce qui conduit Lacan Ă  dire que « nous ne pouvons atteindre que des bouts de rĂ©el Â».

Je voulais vous indiquer ces questions que, certainement, nous ne résoudrons pas, mais elles sont à l’horizon, dès qu’un tant soit peu, nous mettons le Nom-du-Père en question.

***

Tout au dĂ©but du chapitre 4 de son SĂ©minaire Le Sinthome, Lacan, s’interrogeant sur ce qu’est le savoir-faire, ou plutĂ´t sur ce qu’il dĂ©finit comme le savoir-faire, rĂ©pond que : « C’est l’art, l’artifice, ce qui donne Ă  l’art dont on est capable une valeur remarquable, parce qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre pour opĂ©rer le Jugement dernier. Du moins, ajoute-t-il, est-ce moi qui l’énonce ainsi. Â» 4

Il est clair que cette prĂ©cision de Lacan sur son Ă©nonciation, cette petite clausule, peut bien porter sur chacune des propositions Ă©noncĂ©es : la dĂ©finition de l’art comme artifice dont on est capable ; la dĂ©finition de la valeur de cet artifice – ou de cet artifice comme valeur ; la mise en fonction, dans cet artifice, du Jugement dernier ; l’assertion, enfin, qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre qui opère ce Jugement dernier.

Comment pouvons-nous donc lire, c’est-Ă -dire interprĂ©ter, cette phrase difficile ? L’Autre de l’Autre et le Jugement dernier sont-ils si solidaires qu’affirmer qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre impliquera qu’il n’y a pas non plus de Jugement dernier ? Ou bien, devons-nous maintenir qu’il y a le Jugement dernier, moyennant quelques modifications indispensables de programmation de celui-ci, dues au fait qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre pour l’opĂ©rer ?

Dans ce cas, pour les raisons que nous allons examiner, disons dĂ©jĂ  que le Jugement dernier n’aura plus lieu d’être le jugement ultime, comme le veut la tradition oĂą un Autre de l’Autre l’opère. Le nouveau nom de ce Jugement sera alors ce que Lacan appelle ici la responsabilitĂ©. Lacan ouvre, en effet, cette sĂ©ance de son SĂ©minaire par l’énoncĂ© qu’ Â« on n’est responsable que dans la mesure de son savoir-faire Â» 5. D’oĂą l’immĂ©diate interrogation sur ce qu’est le savoir-faire, par laquelle j’ai commencĂ©.

Mais laissons ces questions, provisoirement, avant de pouvoir les reprendre avec l’appui de quelques précisions sur le pas de rapport dont j’ai fait le titre de mon exposé.

***

Dans le Séminaire D’un Autre à l’autre, Lacan amène de manière répétée un schéma que Jacques-Alain Miller a appelé, nous allons voir pourquoi, le schéma du rapport signifiant 6.

Nous partons de l’idĂ©e saussurienne que, dans la langue, il n’y a que des diffĂ©rences. Le rapport de signifiant Ă  signifiant « repose Â» (le mot est de Saussure) sur leur diffĂ©rence, disons mĂŞme : surgit de leur diffĂ©rence, c’est-Ă -dire qu’il est foncièrement oppositif 7. C’est donc dire la mĂŞme chose, de dire que le rapport signifiant est foncièrement oppositif, ou de dire que le signifiant est caractĂ©risĂ©, dĂ©fini par le rapport. C’est ceci que Lacan Ă©crit sur son schĂ©ma. Il note A le rapport signifiant, et dĂ©veloppe A comme le rapport d’un signifiant qui s’en trouve distinguĂ© Ă  l’ensemble de ce qui aura dĂ©jĂ  dĂ©terminĂ© ce signifiant comme Ă©lĂ©ment d’un rapport : S → A.
Dans cette dernière formule, remplaçons A par sa valeur : (S → A)
On aura donc :

A
S → A
S → (S → A)
S → (S → (S → A))
                      (a)

                       …etc

 

   = A

 

Lacan tire divers enseignements de cette formalisation du rapport signifiant, au fur et Ă  mesure qu’il en reprend le schĂ©ma. Je ne veux maintenant en accentuer qu’un seul, que Lacan n’explicite pas pleinement : c’est que cette rĂ©pĂ©tition infinie des S oĂą s’inscrit le sujet 8 rend le A toujours plus insaisissable 9, mais, corrĂ©lativement, produit Ă  chaque rĂ©pĂ©tition quelque chose qui n’est pas rapport – qui n’est pas rapport, mais qui, par rĂ©troaction, fait le ressort du mouvement de recul indĂ©fini de l’Autre (grand A) –, qui, n’étant pas rapport, n’est pas signifiant et, remarque Lacan, « ne trouve jamais son nom Â». Il ajoute lĂ -dessus : « C’est prĂ©cisĂ©ment pour dire qu’il n’y a pas de nom qui le nomme que je le dĂ©signe de la lettre la plus discrète, la lettre a Â» 10.

            Nous pouvons donc, Ă  partir de ces remarques, rĂ©partir des termes selon qu’ils ressortiront au rapport ou au non-rapport :

rapport non-rapport
signifiant a
oppositif, distinct indistinct
discret ( → )   continu (→ )
énumérable incomptable
nommable innommable

Ajoutons :

inconscient jouissance Une
Verdrängung Urverdrängung
(savoir possible)  (savoir impossible)
S1 → S2  

Cette distinction, et cette opposition, du rapport et du non-rapport, vous la retrouvez, au long de l’enseignement de Lacan : c’est, dans le SĂ©minaire de l’Ethique de la psychanalyse, l’opposition des reprĂ©sentations et de das Ding, dans le SĂ©minaire de l’Angoisse et dans celui des Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, celle de l’inconscient et de l’objet de la pulsion. Et je vous ai donnĂ©, Ă  l’instant, un aperçu de la manière dont Lacan articule cette opposition dans le SĂ©minaire D’un Autre Ă  l’autre. Vous est-il sensible que le schĂ©ma du rapport signifiant que Lacan rĂ©pète Ă  travers ce SĂ©minaire se trouvera très simplement réécrit par lui sous la forme du discours du maĂ®tre ? Soit :

S1 (S1 (S1 (S1 → S2)))

l’écriture qu’il en donnera dans le SĂ©minaire Encore 11, moyennant le rappel que les parenthèses de cette formule sont l’index de l’objet a 12 et que l’ensemble reprĂ©sente la structuration du sujet en tant qu’un signifiant le reprĂ©sente pour un autre signifiant, ce qui, aussi bien, peut s’écrire :

S1 → S2
—        —
$          a

Mais cette Ă©criture, et le fonctionnement que Lacan lui assigne, fait voir Ă  l’évidence un rapport entre l’objet et le signifiant – ce qui est, Ă  la fois, un fil de la rĂ©flexion de Lacan, mais aussi une limite, si l’on veut maintenir l’ex-sistence du rĂ©el au-delĂ  de l’existentia de la rĂ©alitĂ© – c’est-Ă -dire l’ex-sistence de ce que Lacan appelle, Ă  un moment du SĂ©minaire du Sinthome, « l’Autre de l’Autre rĂ©el, c’est-Ă -dire – ajoute-t-il aussitĂ´t – impossible Â» 13. Nous reviendrons sur ce point tout Ă  l’heure.

Avec les quatre discours oĂą permutent les Ă©lĂ©ments fractionnaires qui y figurent, le non-rapport se trouve, non seulement inclus dans le rapport, mais rendu fonctionnel, captif mĂŞme – et ainsi court le risque de s’évaporer dans le fonctionnement du rapport. Les discours qui relèvent du semblant appellent alors, exigent mĂŞme (pour reprendre ce terme d’« exigence Â» de Lacan dans le SĂ©minaire Encore), la recherche d’un discours qui ne serait pas du semblant. C’est dans ce sens qu’avec les SĂ©minaires « â€¦ou pire Â» et Encore, le non-nommable ne sera plus a, mais l’Un. Et c’est cet Un qui sera alors le nom du rĂ©el qui est non-rapport, qu’on trouve symbolisĂ© dans le tableau des sexuations 14 par .

Dois-je rappeler que cet Un, Lacan a Ă©tĂ© le chercher dans la tradition nĂ©o-platonicienne issue d’une certaine lecture de la première hypothèse du ParmĂ©nide de Platon, qui en fait un impossible, mais, « Ă©trangement Â», un impossible qu’il y a ? Que Plotin, dans une formulation dont est bien proche celle de Lacan pour l’objet a dans le SĂ©minaire D’un Autre Ă  l’autre que je rappelais tout Ă  l’heure, nous dit de l’Un : « En rĂ©alitĂ©, aucun nom ne lui convient ; pourtant, puisqu’il faut bien le nommer, il pourrait ĂŞtre appelĂ© l’Un […] Â» 15 ? Que, dans la tradition de l’Occident, cette notion a croisĂ© celle du Dieu Un, au Nom imprononçable ? Un maĂ®tre du dĂ©but du 19e siècle, Rabbi Hayyim de Volozhyn, remarque, après avoir très prĂ©cisĂ©ment singularisĂ© le TĂ©tragramme comme Nom de Dieu « de son cĂ´tĂ© Â» (par opposition Ă  Elohim qui est un Nom de Dieu « de notre cĂ´tĂ© Â»), qu’« en vĂ©ritĂ©, mĂŞme le TĂ©tragramme fait rĂ©fĂ©rence Ă  la volontĂ© divine de s’associer aux mondes Â» et que « l’essence du MaĂ®tre unique, le En-Sof, bĂ©ni soit-Il, en tant que transcendant aux mondes, ne transparaĂ®t dans aucun Nom Â». C’est pourquoi il est conduit Ă  rĂ©soudre cette difficultĂ© en avançant que « mĂŞme si, du point de vue de notre comprĂ©hension, Il est appelĂ© Elohim, et, que dans la perspective « de son cĂ´tĂ© Â» Il est appelĂ© YHVH, en vĂ©ritĂ© ces deux aspects ne font qu’un Â» 16. Ne serez-vous pas d’accord que cette solution de la difficultĂ© concernant l’Un, Dieu pour le nommer plus populairement, rĂ©pond, Ă  sa façon, Ă  une difficultĂ© que nous propose aussi Lacan dans son SĂ©minaire du Sinthome au chapitre 4 ? Je le cite : « Tout ceci implique une notion du rĂ©el. Bien sĂ»r qu’il faut que nous la fassions distincte du symbolique et de l’imaginaire. Le seul ennui […] c’est que, dans cette affaire, le rĂ©el fasse sens, alors que si vous creusez ce que je veux dire par cette notion du rĂ©el, il apparaĂ®t que le rĂ©el se fonde pour autant qu’il n’a pas de sens, qu’il exclut le sens, ou, plus exactement, qu’il se dĂ©pose d’en ĂŞtre exclu. Â» 17

Ce que nous avons abordĂ© Ă  l’instant, c’est le problème de la connexion de l’innommable et de la nomination. Ce problème fait intervenir la notion que « Y a d’l’Un Â» – c’est-Ă -dire rien de moins que « l’Autre de l’Autre rĂ©el Â» que, dĂ©jĂ , la première hypothèse du ParmĂ©nide identifiait comme un impossible. Walter Benjamin avait-il autre chose en vue lorsqu’il affirmait : « La thĂ©orie du nom propre est celle de la limite du langage fini par rapport au langage infini [du verbe divin] Â» 18 ?

Ainsi la question de la nomination est-elle l’autre face de la question de l’innommable – ceci n’est rien de nouveau. Peut-on aller jusqu’à dire que la question de la nomination, telle qu’elle est traitĂ©e dans le SĂ©minaire du Sinthome, est une transformation, dans l’enseignement de Lacan, de la question de l’innommable ? Je vous pose la question. Si l’innommable se singularise comme absolu, Un, non oppositif, non-rapport, face au signifiant qui est essentiellement rapport, rapport distinctif, oppositif, diffĂ©rence – de mĂŞme, face au signifiant qui n’est fait que de diffĂ©rences diacritiques engendrant des ordres binaires, le nom propre viendra reprĂ©senter une singularitĂ©.

Je laisse maintenant en suspens la relation de la nomination Ă  l’innommable, c’est-Ă -dire la question de la nomination du non-rapport : est-ce l’objet a ? l’Un ? Dieu ? La femme ? Il est un fait qu’une nomination de l’innommable – c’est ce qui apparaĂ®t dans cette sĂ©rie – est toujours caractĂ©risĂ©e par l’ex-sistence. Est-ce pourquoi elle convient pour la jouissance Une, qui est du rĂ©el, puisqu’impossible 19 ?

***

Considérons maintenant le point de vue du temps.

Lors de la première sĂ©ance de son SĂ©minaire de 1973-74, « Les Non-dupes errent Â», le SĂ©minaire XXI qui, comme vous le savez, suit le SĂ©minaire Encore, Lacan se livre, pour conclure la sĂ©ance, Ă  un dĂ©veloppement, qui m’a toujours paru insolite, sur ce qu’il appelle « une imagination Â», dont il fait un caractère de tous ceux, comme il dit, qui, « de la structure, se veulent non-dupes Â». Cette imagination, c’est que leur vie n’est qu’un voyage, qu’ils sont dans ce monde comme Ă  l’étranger 20. Il prĂ©cise encore que pour ceux-lĂ , la vie, c’est celle du viator. De quoi s’agit-il ? Viator est le mot latin pour voyageur, mais, employĂ© ainsi, il dĂ©signe plus exactement l’homo viator, l’homme en tant que sa vie n’est qu’un voyage, un passage. Je vous donne un exemple de cet usage : « [Le pèlerinage] ramène Ă  la condition de l’homme qui aime dĂ©crire sa propre existence comme un cheminement. De sa naissance Ă  sa mort, chacun est dans la condition […] d’homo viator Â». Et l’auteur de ces lignes, que vous devriez connaĂ®tre parfaitement, poursuit en dĂ©crivant le pèlerinage comme une ascèse salutaire qui « Ă©voque, dit-il, le cheminement personnel du croyant sur les pas du RĂ©dempteur Â», et s’accompagnera, dans la circonstance dont il parle, du signe de la porte sainte, laquelle « Ă©voque le passage que tout chrĂ©tien est appelĂ© Ă  effectuer du pĂ©chĂ© Ă  la grâce Â». En effet, poursuit-il, « JĂ©sus a dit : Moi je suis la porte pour montrer que personne ne peut accĂ©der au Père sinon par lui Â». Ce passage de l’Evangile de saint Jean auquel fait ainsi appel le pape Jean-Paul II lors de son annonce du Grand JubilĂ© 21 a donc la mĂŞme signification que cette autre parole de JĂ©sus dans le mĂŞme Evangile : Ego sum via, et veritas, et vita : nemo venit ad Patrem, nisi per me – Je suis le Chemin, la VĂ©ritĂ©, et la Vie ; nul ne vient au Père que par moi Â» 22.

A cela, il faut encore ajouter que le Christ lui-mĂŞme a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme viator, du fait de son passage par l’Incarnation, de sa naissance Ă  sa mort, pour parler comme le Saint-Père, et aussi comme Lacan, puisque Lacan nous fait le dessin d’une flèche, d’un vecteur, oĂą il place Ă  une extrĂ©mitĂ© la naissance, Ă  l’autre la mort, et il va crayonner ce vecteur, le couper de multiples traits qui viennent figurer l’incidence de l’émergence de l’inconscient freudien sur ce « prĂ©tendu voyage Â».

Je ne continue pas, Ă  prĂ©sent, le commentaire de cette page du SĂ©minaire XXI qui se poursuit sur une interprĂ©tation du dernier paragraphe de la Traumdeutung, concernant la valeur du rĂŞve pour la connaissance de l’avenir (« die Kenntnis der Zukunft Â»). Mais, prĂ©cisĂ©ment, cette notation peut nous mettre sur la voie, si j’ose dire, de ce que Lacan Ă©voque, plus ou moins implicitement, dans cette page du SĂ©minaire, et qui n’est pas du tout sans rapport avec le « pas de rapport Â», que nous n’avons donc pas abandonnĂ©.

En effet, il nous faut comprendre, du moins c’est ce que je vous propose, que le trajet du viator ne s’arrĂŞte pas du tout avec la mort ; que, s’il s’agit de suivre le RĂ©dempteur, le voyage se poursuivra jusqu’au moment du Jugement dernier oĂą vous le retrouverez au cĂ´tĂ© du Père. Et c’est pourquoi vous pouvez vous sentir, dans ce monde, Ă©tranger – car la « vraie vie Â» est lĂ -bas. Il y a, d’ailleurs, entre parenthèses, dans cette façon de voir, une parentĂ© remarquable avec ce que nous savons qu’ont pu faire valoir les Gnostiques. Toujours est-il que, dans la perspective du Jugement des derniers jours, vous ne faites, avec la mort physique, qu’une pause, une Ă©tape. Dois-je vous rappeler comment les choses vont se dĂ©rouler ? Impossible que je vous en fasse le rĂ©cit dĂ©taillĂ©, tel que vous le trouvez dans l’Apocalypse de Jean qui, comme vous le savez peut-ĂŞtre, amplifie la vision apocalyptique qui figure au chapitre VII du Livre de Daniel 23. Sachez seulement qu’après de très grands troubles, surviendra pour mille ans le règne du Christ et des saints, tandis que le diable aura Ă©tĂ© enchaĂ®nĂ©. Puis, les chaĂ®nes du diable seront enlevĂ©es et aura lieu une dernière persĂ©cution durant quarante-deux mois, trois ans et six mois. Le Millenium s’achèvera alors avec la RĂ©surrection des morts et le Jugement dernier : la Nouvelle JĂ©rusalem descendra du Ciel d’auprès de Dieu et les saints règneront avec le Christ pour l’éternitĂ©, tandis que ceux que leurs Ĺ“uvres n’auront pas inscrits dans le livre de vie « seront prĂ©cipitĂ©s dans l’étang brĂ»lant de feu et de soufre, qui est la seconde mort Â» 24.

C’est ici que saint Augustin dĂ©bat, de manière amusante pour nous, un très intĂ©ressant et très grave problème. Ecoutez-le : « Cette toute dernière persĂ©cution qui sera l’œuvre de l’AntĂ©christ […] durera trois ans et six mois. Ce temps, bien que restreint, appartient-il aux mille ans pendant lesquels, d’après l’ApĂ´tre, le diable est enchaĂ®nĂ© et les saints règnent avec le Christ, ou bien ce court espace est-il surajoutĂ© et mis Ă  part […] ? Â»25. De la rĂ©ponse donnĂ©e Ă  ce problème dĂ©pendra l’immense et grave question de la dĂ©finition exacte et des Ă©ventuelles limites du règne des saints avec le RĂ©dempteur. Ce n’est donc pas du tout une question livresque, dont nous laissons maintenant le dĂ©bat Ă  saint Augustin. Car, de quoi s’agit-il pour nous ? Mais de rien d’autre que du signal que quelque chose vient ici dĂ©rĂ©gler l’énumĂ©ration possible de la succession ordonnĂ©e des Ă©vĂ©nements – et nous savons que cette chose s’appelle l’objet a. Disons mĂŞme, plus gĂ©nĂ©ralement : quelque chose qui vient du rĂ©el et qui fait obstacle Ă  l’énumĂ©ration26. C’est mĂŞme ainsi, d’ailleurs, que nous pouvons « dĂ©finir Â», si vous me permettez ce terme si profondĂ©ment inappropriĂ©, le rĂ©el – et mĂŞme soutenir qu’il y a l’ex-sistence de ce rĂ©el.

Le même obstacle au concept, le même obstacle à la saisie énumérable, se présente toujours quand il s’agit de la fin des temps, comme l’illustre bien un exposé de Giorgio Agamben sur l’eschatologie de saint Paul27.

Pour ma part, j’aurais voulu nous centrer, si nous en avions eu le temps, sur la 2ème EpĂ®tre aux Thessaloniciens, Ă©nigmatique pour saint Augustin lui-mĂŞme, et dont le texte permet de serrer ces questions de plus près 28. Il n’empĂŞche ! Je ne mentionne, Ă  vrai dire, ces repères que comme traces de mon cheminement. Mais le paysage que je vous ai prĂ©sentĂ©, aussi schĂ©matique soit-il, nous autorise dĂ©jĂ , je crois, Ă  en tirer un certain nombre de leçons, dont je vais me contenter d’énumĂ©rer rapidement les plus immĂ©diates :

  1. Nous avons mis sous le chapeau «Ex-sistence Â» : la jouissance Une (en tant qu’elle ex-siste Ă  l’Autre), c’est-Ă -dire cet impossible, mais qu’il y a (en tant qu’elle ex-siste Ă  l’être), autrement dit : qui est du rĂ©el. Est-ce lĂ  ce que Lacan veut dire, lorsqu’il Ă©nonce : « Je tente de faire remarquer que la jouissance, c’est du rĂ©el Â»29 ? Cette remarque de Lacan doit nous arrĂŞter : elle veut dire, 1) qu’il n’y a rien d’évident Ă  ce que la jouissance soit du rĂ©el ; 2) que dire : « la jouissance est du rĂ©el Â» est une thèse. Cette thèse, c’est du moins ce que je vous propose, est celle qui pose qu’il y a le rĂ©el. Poser qu’il y a le rĂ©el, et dire que le rĂ©el, c’est l’impossible, a une toute autre incidence que de ne pas poser le rĂ©el : ne pas poser le rĂ©el est Ă©quivalent Ă  laisser l’Autre former un tout. Poser qu’il y a le rĂ©el, c’est affecter le tout de diverses manières possibles, jusqu’à pouvoir dessiner un tableau oĂą, au compartiment du tout, s’oppose celui du pas-tout.

    C’est ce que l’imagination du viator Ă©lude, d’une certaine manière, en figurant le trajet vectorisĂ© de la naissance Ă  la mort, que Lacan (c’est ainsi, du moins, que je me le suis reprĂ©sentĂ©) nous conduit, implicitement, Ă  complĂ©ter par le tracĂ© complĂ©mentaire qui mènera le viator jusqu’à la seconde Parousie, et jusqu’au Jugement dernier. Or, ce que nous avons vu, c’est qu’il ne peut pas ne pas se faire, alors, que n’apparaisse une difficultĂ© dans le calcul des temps, et que cette difficultĂ© signale l’incidence de l’incalculable jouissance Une – c’est-Ă -dire de l’Un qu’il y a, qui vient « dĂ©rĂ©gler Â», selon le mot de Borges, les calculs de la divine Providence – autrement dit, vient donner sa place Ă  l’évĂ©nement, en tant qu’il s’oppose Ă  tout Avènement. L’évĂ©nement est contingence, ce qui n’a rien d’étonnant, puisque nous le faisons surgir, dans le trajet, de l’incidence de la jouissance Une – par dĂ©finition incalculable. Lacan le notera dès le chapitre suivant de son SĂ©minaire XXI, « Les non-dupes errent Â», en y poursuivant le commentaire du dernier paragraphe de la Traumdeutung, au cours duquel il fait valoir que « le contingent ne se dĂ©finit que de l’incalculable Â»30. Le trajet jusqu’au Jugement dernier implique l’Autre de l’Autre pour l’opĂ©rer. L’Autre de l’Autre, nous le savons, c’est le Nom-du-Père. Autrement dit : le Nom-du-Père est l’opĂ©rateur qui autorise, sous la figure du trajet du viator, sous la figure du cheminement qui progresse, un certain arrangement avec le rĂ©el, un arrangement qui tente de rĂ©duire le rĂ©el au cheminement du viator, de la naissance jusqu’à la mort et jusqu’au Jugement dernier.

  2. Lacan fait aller sa vive critique de l’imagination de l’homo viator avec celle du dĂ©veloppement. C’est un aspect de cette critique qui a sa constance dans son enseignement. Vous la trouvez, par exemple, au chapitre 22 du SĂ©minaire de l’Angoisse, sous la forme de ce qu’il appelle une « constitution circulaire de l’objet Â», ce qui veut dire surtout qu’en tout cas, l’objet n’est pas liĂ© Ă  des stades successivement progressifs31.

    Lacan va aussi, dans sa critique de l’imagination de la vie comme voyage, jusqu’à mettre en garde « contre toute mĂ©taphore qui procède de la voie Â», Ă  quoi il ajoute une mise en cause, mĂŞme, de la notion de mĂ©thode. Vous savez que « mĂ©thode Â», c’est le grec hodos qui veut dire chemin, voie, voyage, avec le prĂ©fixe mĂ©ta qui signifie au-delĂ . Ce qui se trouve suggĂ©rĂ© ici, c’est donc d’avoir Ă  considĂ©rer (ou Ă  reconsidĂ©rer) ce qui ressortit aux notions de progrès, mais aussi de franchissement 32. D’ailleurs, si nous admettons que viator dĂ©signe aussi l’homme en tant qu’il avance de la mort jusqu’au Jugement dernier, la mise en cause de ces notions comporte, il faut bien le dire, celle de la progression, mais aussi bien celle du franchissement : le voyage, en effet, comporte de traverser, au-delĂ  de la mort physique, les obstacles qui retardent le Jugement dernier.

    Ainsi, l’insolite rĂ©fĂ©rence Ă  l’homo viator ne doit-elle pas nous indiquer que Lacan nous dit ici, en nous mettant en garde contre la voie et contre la mĂ©thode : il n’y a pas d’au-delĂ 33, il n’y a pas de franchissement (au sens du franchissement d’une limite), il n’y a pas de traversĂ©e ? Et n’est-ce pas lĂ , Ă  mots plus ou moins couverts, bien sĂ»r, une thèse de « Lacan contre Lacan Â» ?

    S’il n’y a pas d’au-delĂ , il n’y a pas d’au-delĂ  du Nom-du-Père. C’est ce que nous trouvons rĂ©alisĂ© dans l’usage du Nom-du-Père que Lacan promeut dans son dernier enseignement : « s’en passer Ă  condition de s’en servir Â»34 implique une structure sans au-delĂ  – c’est-Ă -dire, pour reprendre le mot de Lacan que Jacques-Alain Miller a accentuĂ©, implique « une embrouille Â» dont, de s’en dĂ©brouiller, appelle un savoir-faire. Un savoir-faire, c’est-Ă -dire pas le standard d’une mĂ©thode35. Nous revenons par lĂ , pour conclure, au bref passage du dĂ©but du chapitre 4 du SĂ©minaire du Sinthome, oĂą Lacan avançait : « On n’est responsable que dans la mesure de son savoir-faire Â»36.

***

Nous en Ă©tions Ă  motiver la valorisation du savoir-faire dans le fait qu’il n’y pas d’Autre de l’Autre pour opĂ©rer le Jugement dernier. « Cela veut dire, explique Lacan, qu’il y a quelque chose dont nous ne pouvons jouir. Appelons ça la jouissance de Dieu, avec le sens inclus lĂ -dedans de jouissance sexuelle Â»37. Comment pouvons-nous comprendre ceci maintenant ? La jouissance Une – c’est-Ă -dire la jouissance comme impossible (c’est en quoi elle est du rĂ©el) n’est autre que la jouissance de Dieu. Notons-la J(), puisqu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre – ce qui veut dire qu’il n’y a pas de signifiant au-delĂ  du signifiant, ou qu’il n’y a pas de signifiant spĂ©cial, sauf celui qui indexe le fait qu’il n’y a pas de signifiant spĂ©cial : .

D’un autre cĂ´tĂ©, si nous faisons du rĂ©el l’Autre de l’Autre qu’il y aurait, c’est aussi bien en tant qu’impossible. Le problème de la nomination, comme distincte du registre de la communication signifiante, se situe ici. La nomination, c’est : quel nom donner au non-rapport ? C’est pourquoi Dieu y est intĂ©ressĂ© – du moins le Dieu Un, sous l’aspect que le talmudiste avait inventĂ© d’appeler « Dieu de son cĂ´tĂ© Â». Tandis que le signifiant, comme distinctif, Ă©quivaut au rapport, la nomination vaut pour la singularitĂ©, que nous pourrions alors dĂ©finir comme non-rapport.

Dans ces conditions, pourquoi Lacan nous dit-il que la jouissance de Dieu inclut le sens de jouissance sexuelle ? C’est qu’en tant que jouissance impossible, elle veut dire absolu non-rapport. Mais qualifier ce non-rapport de sexuel, c’est lui donner un sens. Et, prĂ©cisĂ©ment, c’est le sens qu’aurait ce rapport, s’il y avait un rapport sexuel que, justement, il n’y a pas, du fait de la jouissance Une – c’est-Ă -dire de la jouissance comme impossible.

D’oĂą le problème, analogue Ă  celui qui faisait du Nom propre de Dieu qu’est le TĂ©tragramme, en tant qu’il nomme le non-rapport, encore un Nom qui, proprement, ne convient pas Ă  ce dont il s’agit 38. C’est exactement le problème que pose Lacan : il est ennuyeux, nous dit-il, que le rĂ©el fasse sens, puisque, prĂ©cisĂ©ment, il ne se fonde qu’en tant qu’exclu du sens39. L’artifice qui permet d’être capable de « dĂ©passer Â» (entre guillemets, bien sĂ»r) cette aporie, n’est-ce pas ce que Lacan appelle le sinthome ? – lequel prend « sa valeur remarquable Â» du fait « qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre pour opĂ©rer le Jugement dernier Â».

Armand Zaloszyc


1.  Lacan J., Le SĂ©minaire, livre XX, Encore, Ă©d. du Seuil, 1975, coll. Points, p. 18.

2.  C’est un point pour lequel je me permets de me rĂ©fĂ©rer Ă  mon exposĂ© « Entre ĂŞtre et jouissance Â», Letterina, n° 40, 2005, Suites et variations, n° 1, 2006.

3. Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, éd. du Seuil, 2005, pp. 123-124.

4. Lacan J., Le Sinthome, o.c., p. 61.

5. Lacan J., ibid.

6.Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, éd. du Seuil, 2006, p. 311. Le schéma du rapport signifiant est figuré, ou évoqué, aux chapitres 3 (pp. 57-61), 4 (pp. 73-74), 11 (pp. 180-181), 16 (p. 248), 20 (p. 311), 23 (p. 358), 24 (pp. 378-381), 25 (pp. 393-394).

7. Saussure F. de, Cours de linguistique gĂ©nĂ©rale, Ă©d. Payot, 1966, p. 166 ; Ecrits de linguistique gĂ©nĂ©rale, Ă©d. Gallimard, 2002, p. 83.

8. Lacan J., D’un Autre à l’autre, o.c., p.74.

9. Ibid, p. 59.

10. Ibid., p. 180.

11. Lacan J., Encore, o.c., coll. Points, p. 181.

12. Lacan J., D’un Autre à l’autre, o.c., p. 74.

13. Lacan J., Le Sinthome, o.c., p. 64.

14. Lacan J., Encore, o.c. coll. Points, p. 99.

15. Plotin, Ennéades VI, 9, 30-32.

16. Rabbi Hayyim de Volozhyn, L’âme de la vie (Nefesh Hahayyim), éd. Verdier, 1986, Troisième Portique, 11, p. 145.

17. Lacan J., Le Sinthome, o.c., pp. 64-65.

18.Benjamin W., « Sur le langage en gĂ©nĂ©ral et sur le langage humain Â», Ĺ’uvres I, Ă©d. Gallimard, 2000, p. 155.

19. Lacan J., Le Sinthome, o.c., p. 78.

20. Lacan J., SĂ©minaire 1973-1974, « Les non-dupes errent», sĂ©ance du 13 novembre 1973.

21. Jean-Paul II, « Incarnationis Mysterium Â», Bulle d’indiction du Grand JubilĂ© de l’an 2000. Jn 10,7.

22. Jn 14,6.

23. Cohn N., Les fanatiques de l’apocalypse, Ă©d. Payot, 1983, chap. 1, « La tradition de la prophĂ©tie apocalyptique Â», pp. 13-32.

24. Ap. XX, 13-15, XXI, 8.

25. Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XX, 13.

26. En utilisant le mot « dĂ©rĂ©gler Â», je cite J.-L. Borges, « Avatars de la tortue Â», Ă©d. Gallimard, La PlĂ©iade, Ĺ’uvres complètes 1, 1993, p. 254 : « Il est un concept qui corrompt et dĂ©règle les autres… Â». Borges parle ici de l’infini, et c’est Ă  propos des paradoxes de ZĂ©non. Le mot « Ă©numĂ©rable Â» est un ancien terme, très Ă©vocateur, pour dĂ©nombrable (cf. F. Klein, « Existence des nombres transcendants. DĂ©monstration de M. Cantor Â», Leçons sur certaines questions de gĂ©omĂ©trie Ă©lĂ©mentaire, Ă©d. Diderot, 1997, pp. 62-66 ; et, sur la traduction, la prĂ©face de J.-P. Kahane, p. II). La question de cette difficultĂ© dans le dĂ©nombrable a Ă©tĂ© traitĂ©e par Jacques-Alain Miller Ă  plusieurs reprises. Je pense ici Ă  son cours « ExtimitĂ© Â» du 12 mars 1986.

27. Agamben G., Le temps qui reste, Ă©d. Payot et Rivages, 2000. Voir Ă©galement Puech H.-C., « Temps, histoire et mythe dans le christianisme des premiers siècles Â», En quĂŞte de la Gnose I, La Gnose et le temps, Ă©d. Gallimard, 1978, pp. 1-23.

28. 2 Thess, 2, 3-12. Sur l’importance, Ă  double dĂ©tente, de ce texte, cf. Carl Schmitt, Le Nomos de la terre dans le droit des gens du Jus Publicum Europaeum, PUF, 2001, pp. 60-70. Egalement, Jacob Taubes, La ThĂ©ologie politique de Paul, Ă©d. du Seuil, 1999. Dans une intervention au colloque « Carl Schmitt, une pensĂ©e nazie ? Â», Strasbourg, 27-29 janvier 2006 (intervention dont je n’ai su trouver aucun Ă©quivalent publiĂ©), Heinz Wismann a prĂ©sentĂ© le tableau saisissant du rattachement de nombre de doctrinaires au paradigme paulinien de la catastrophe salvatrice.

29. Lacan J., Le Sinthome, o.c., p. 78.

30. Lacan J., « Les non-dupes errent Â», o.c., sĂ©ance du 20 novembre 1973.

31. Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, éd. du Seuil, 2004, p. 341.

32. Et sans doute aussi Ă  la notion de la dialectique, qu’il arrivait Ă  Hegel d’appeler tout simplement « la mĂ©thode Â», cf. Heidegger M., « Hegel et les Grecs Â», Questions II, Ă©d. Gallimard, 1968, pp. 47-53. Comparer, pour un autre usage de « la grande mĂ©thode Â», les rĂ©flexions de B. Brecht, Me-ti. Livre des retournements, Ă©d. L’arche, 1968.

33. Jacques-Alain Miller avait montrĂ©, dans son cours de 1997-1998, « Le partenaire-symptĂ´me Â», leçons du 28 janvier et du 4 mars 1998, quelle importance avait eu, pour Lacan, dans une longue pĂ©riode de son enseignement, la « structure Ă  au-delĂ  Â». Son dernier enseignement lui ferait donc renoncer Ă  cette « mĂ©thode Â».

34. Lacan J., Le Sinthome, o.c., p. 136.

35. C’est en quoi le savoir-faire, dans ce sens, et avec cette nuance, recoupe le champ sĂ©mantique si diversifiĂ© de la tekhnĂŞ antique, qui comporte aussi bien la mĂŞtis, la phronĂŞsis, le bricolage au sens de LĂ©vi-Strauss, etc. Il y a ici un approfondissement et un dĂ©placement de la rĂ©flexion de Lacan sur la règle et l’exception (comme dit Guichardin, les « nuances et exceptions, selon la diversitĂ© des circonstances Â»), jusqu’à une inversion oĂą il y aurait seulement des exceptions, ou plutĂ´t : seulement des singularitĂ©s. Il est arrivĂ© Ă  Jacques-Alain Miller de considĂ©rer cette inversion dans son effet « pas d’exception Â», cf. « Pièces dĂ©tachĂ©es Â», cours du 6 avril 2005.

36. Lacan J., Le Sinthome, l.c.

37. Ibid.

38. Ce que notait Lacan, dans sa « PrĂ©face Ă  L’éveil du Printemps Â», Autres Ă©crits, Ă©d. du Seuil, 2001, p.563.

39. Lacan J., Le Sinthome, o.c., p. 64-65.