1, rue Huysmans - 75006 Paris, France | T:+33 01 45 49 02 68 | F:+33 01 42 84 29 76 Contactez-nous
Chicca Loro : si vivant pour moi

Chicca Loro : si vivant pour moi

Je me souviens parfaitement de la première fois qu’il s’est adressé à moi. À l’époque j’étais étudiante au Département de Psychanalyse, inscrite au DESU et j’assistais à tous ses cours. Une contingence, un changement de salle avait fait en sorte que nous nous trouvions à chercher la bonne salle au même moment. Il était encore plus égaré que moi, le sens de l’orientation n’était pas son fort. Je l’ai trouvé si touchant. Il n’aimait pas faire attendre ses élèves.

Je l’admirais pour son style si particulier, sa franchise, ses innombrables petits papiers qui débordaient de tous les livres qu’il apportait dans son énorme sacoche élimée, et surtout son immense érudition qui contrastait avec sa simplicité. Il me faisait rire et m’apprenait beaucoup.

Alors que j’étais encore étudiante et gagnais un peu ma vie en aidant quelques analystes dans leurs tâches administratives (il le savait), il m’appela un samedi après-midi : « Moi aussi j’aurais besoin de vous faire gagner votre vie ». Ainsi j’eus l’honneur de devenir « sa » secrétaire, comme il aimait m’appeler. Aussi, j’ai été son scribe pendant quelque temps. Il me prêtait aussi un savoir « technologique » que je n’avais pas afin que je l’aide avec les velléités capricieuses de tous ces objets dont il avait horreur : imprimantes, ordinateurs, téléphones, etc. On rigolait beaucoup. Et on travaillait aussi. Il m’a tant appris.

Il a été mon Directeur de DEA, mon Professeur à l’APA, et le Plus-Un d’un cartel sur le Séminaire X. Quel désir de transmettre ! Quelle force ! Quelle originalité ! Nous ne nous quittions jamais son cabinet avant les coups de minuit et sans avoir bu du champagne et écouté un peu de musique. On parlait de beaucoup de choses, sauf du Séminaire X qui s’éclairait de façon « latérale », si j’ose dire.

Il a été mon contrôleur jusqu’au bout et pendant plusieurs années. Comme la plupart des séances, la dernière a été magistrale. Quelques mots et le cas s’est éclairci d’un coup. C’était du Cottet.

Les mots teintés d’humour que vous m’avez adressés en m’accompagnant à la porte le mercredi avant les Journées résonnent encore dans mes oreilles. Ensuite on s’est serré la main en nous disant : « À samedi. 9H30. Bon courage ». À l’heure où j’écris ce petit texte, j’ai encore du mal à réaliser que je parle de vous au passé. Vous êtes encore si vivant pour moi. Encore à mes côtés lorsque je reçois. Peu de gens on compté autant que vous dans ma vie de psychanalyste. Merci cher Serge Cottet pour votre générosité et votre humour qui m’est d’autant plus précieux maintenant que vous nous avez quittés.