1, rue Huysmans - 75006 Paris, France | T:+33 01 45 49 02 68 | F:+33 01 42 84 29 76 Contactez-nous
Damien Guyonnet : le Séminaire

Damien Guyonnet : le Séminaire

Nous étions nombreux à nous rendre à son Séminaire de recherche du mardi soir, 18H, rue Navarin. Le monde entier y était représenté – surtout l’Amérique du Sud. Il faut dire que pour beaucoup, venir au Département, c’était avant tout venir entreprendre un Master, puis une Thèse, avec M. Cottet. Nous nous réunissions donc tous les mardis soirs, autour de notre professeur, et il n’était envisageable pour personne de manquer ne serait-ce qu’une seule séance.

À chacune d’entre elles, M. Cottet arrivait avec une multitude de livres. Il avait en effet une exigence : nous devions lire les références de Lacan, surtout les philosophiques. Et il avait avec lui une ribambelle de petits papiers, sûrement toutes les notes qu’il avait emmagasinées depuis des années. Il était notre professeur, mais nous travaillions ensemble – c’était l’esprit de ce séminaire, tel qu’il le concevait – lisant inlassablement les textes de Lacan : « Kant avec Sade », « La direction de la cure », « Radiophonie »…. Il était tout simplement celui qui nous apprenait à lire Lacan, et Freud bien sûr, surtout ne pas oublier Freud !

Son érudition nous impressionnait, son exigence et sa rigueur nous intimidaient, mais jamais nous n’étions inhibés. Il nous donnait envie d’apprendre, d’en savoir toujours plus. Il nous mettait au travail, et nous proposait d’intervenir, souvent. Il était d’une très grande générosité.

Ma première intervention dans le Champ freudien s’est faite en sa présence, à l’occasion d’une présentation de malades où il nous invitait à développer un point théorique. J’avais le trac, bien sûr, mais j’ai tout de suite ressenti quelque chose, qui s’est confirmé à de multiples reprises ensuite lorsque je présentais des travaux à son Séminaire :  alors qu’il était notre sujet supposé savoir, lors de notre intervention, cela s’inversait : nous devenions son sujet supposé savoir. Ce que nous disions avait toujours une grande importance à ses yeux. Il nous écoutait, profondément. Ce que nous apportions comptait, toujours. Tout ceci était très sérieux, ce qui n’empêchait pas parfois nos éclats de rire. Il travaillait notre exposé, nous questionnait, nous proposait d’autres références. Et parfois, alors que nous risquions une hypothèse, attendant anxieusement son avis, il nous regardait et nous disait, avec une grande simplicité : « Je suis d’accord ! ». Délivrance ! Nous avions un peu avancé dans la théorie, mais pas sans lui. Et notre maître à tous pouvait, à l’occasion, assailli par nos questions, nous dire : « Je ne sais pas ! » Et oui, il ne pouvait pas tout savoir, et c’est bien pour cela que ce désir de savoir qu’il transmettait était effectif.

Lors de la soirée que nous avions organisée pour son départ en retraite, en juin 2009, nous étions heureux de lui faire plaisir, de nous réunir autour de lui, autrement que dans le cadre universitaire, mais nous étions également tristes, nous savions que nous n’aurions plus notre Séminaire du mardi. Je me souviens que ce soir-là, certains étudiants brésiliens le suppliaient de les accepter tout de même en thèse. Comme nous tous, ils ne pouvaient croire, ils ne pouvaient accepter ce départ.

En écrivant ces quelques lignes, je mesure l’énorme chance et le privilège que nous avons eus, que j’ai eus, de pouvoir suivre, durant de longues années, le Séminaire de M. Cottet, tous les mardis soirs. Outre le savoir précieux que j’ai pu y acquérir, assurément mon goût pour la recherche, mon désir d’enseigner, et ma manière de transmettre, je les lui dois.