Cette intervention de J.-A. Miller le dimanche 6 novembre en clôture des Journées de l’Ecole de la Cause freudienne 2006, Les leçons du sinthome, a été publiée dans La lettre mensuelle n° 247 (avril 2006). On lira ici une version corrigée des quelques erreurs malencontreuses introduites dans le texte de la LM. Texte et notes établis par Catherine Bonningue.
Vers les prochaines JournĂ©es de l’Ecole
Conclusion des Leçons du sinthome
Du symptĂ´me au sinthome
Qu’est-ce qui fait la différence du symptôme et du sinthome ? Nous commençons à le saisir mieux. Le symptôme chez Freud — au moins Freud rhabillé, reconfiguré par Lacan — se pense à partir de la vérité. C’est une émergence de vérité, il représente la vérité, voire il est vérité — avec le « est » en italique, comme on le trouve une fois dans les Écrits1. Chez Lacan, et ceci non pas chez Freud, il y a le sinthome, qui a fait le titre de ces journées qui s’achèvent. Le sinthome se pense, s’articule, non à partir de la vérité, mais à partir de la jouissance, comme un mode-de-jouir. Si j’avais ici à ma disposition le compagnon de mes cours, à savoir un tableau, je superposerais le binaire vérité/jouissance au binaire symptôme/sinthome.2
Les deux termes de vérité et de jouissance répondent à deux régimes fort différents. Comment dire en quelques mots le régime de la vérité ? Il y est question de trajectoire et de traversée, d’errance et d’erreur, de dissimulation et de déchiffrage, de surprise et d’étonnement. En revanche, le régime de la jouissance est tout positivité. La jouissance varie seulement du plus au moins et vice-versa. Ce sont deux régimes distincts, deux perspectives cliniques distinctes, deux codages de l’expérience. S’agissant par exemple d’entendre Lacan, ce qu’il nous a laissé de lumières, je lisais il y a peu sur Internet un message de Jean-Pierre Deffieux faisant un sort à la proposition de Lacan selon laquelle « quand quelqu’un pense être satisfait, on peut s’arrêter là », et qu’il commentait d’une façon très précise. Je me contenterai d’ajouter à sa lecture cette mention que je range ce dit de Lacan du côté de la perspective hédoniste, du côté du régime de la jouissance, où il n’y a pas d’absolu, où il y a du plus ou moins. On ne guérit pas, mais on améliore. On se demande, devant le névrosé, si ce qu’il obtient à travers beaucoup de tracas et de souffrance, il ne pourrait pas l’obtenir avec un peu moins de tracas et de souffrance.
Selon la perspective aléthique, c’est-à -dire du côté d’aléthèia, du côté de la vérité, l’expérience ne trouve sa fin véritable que dans l’accès à une vérité supérieure. C’est à ce propos que nous avons, nous, fait un sort à un mot qui ne se trouve qu’une fois chez Lacan dans ses écrits — sauf erreur —, le terme de traversée du fantasme. Dans ce cas, l’expérience a un point de capiton, tandis qu’elle n’en a pas dans la perspective du sinthome.
Cette différence, propre à Lacan, du symptôme et du sinthome, nous montre bien pourquoi nous avons aussi besoin de deux termes comme ceux de désir et de pulsion. Le désir a ses intermittences tandis que la pulsion a sa constance. Il y a du côté du désir tout un jeu de masques et il est incessamment travaillé par une négativité interne, si je puis m’exprimer ainsi, alors que, du côté de la pulsion, nous avons une positivité plus ou moins grande. Nous pourrions dire que les formations de l’inconscient plus le symptôme sont toujours à penser deux fois. Une fois comme symptôme, une autre fois comme sinthome.
Combinatoire des nœuds
C’est là qu’apparaît un petit court-circuit. Du côté symptôme et vérité, tout repose sur le manque. Du côté sinthome et jouissance, il n’y a pas de manque. C’est là que Lacan peut dire, à la va comme je te pousse : les gens sont heureux. Même quand ils déclarent leur malheur. Toute rencontre, tout heur leur est bon dans la mesure où il sert la répétition.3
C’est là , en effet, qu’on aperçoit que le sens de la répétition — ce que nous croyons repérer comme répétition dans l’expérience analytique — change selon qu’on la considère du côté du symptôme ou du sinthome. Du côté du symptôme, c’est la répétition de la rencontre manquée, une répétition de l’évitement, tandis que du côté du sinthome, c’est la répétition de ce qui soutient le sujet dans l’être, et pourquoi tout lui est bon. Ce n’est qu’en termes économiques qu’on pourra ici parler de plus et de moins.
Le court-circuit consiste à s’apercevoir que le « il n’y a pas » fait problème dans la perspective du sinthome. Comment penser un « il n’y a pas » du côté qui est tout positivité ? Cette pensée du manque, qui ne répond pas au canon de la seconde perspective, en quelque sorte nécessite qu’on raisonne à la place sur le trou. Le court-circuit consiste à s’apercevoir que la première leçon des nœuds que trafiquait Lacan est de montrer, de donner figure à ce qu’un trou n’est pas un manque. La leçon du rond de ficelle est de présentifier la différence du manque et du trou, et là encore, si j’avais mon fidèle tableau noir, je superposerais encore le binaire du manque et du trou sur le précédent.
Lacan nous a appris longtemps — et nous l’avons repris longtemps, peut-être jusqu’à aujourd’hui —, une combinatoire du type pousse-pousse.
Je ne sais pas si vous avez joué à ça dans l’enfance. Vous avez des petites cases qui glissent les unes sur les autres, 16 cases par exemple, avec une qui est vide, une place vide. Vous arrivez ainsi à faire un certain nombre d’arrangements numériques et, en même temps, il y en a certains qui sont impossibles à obtenir. Ce jeu, c’est très bien pour se former à l’idée de l’impossible, c’est le réel — c’est à peu près la même chose. Lacan a substitué à cela une combinatoire des nœuds qui, elle, est dessus dessous, et l’on s’aperçoit — c’est ainsi — que c’est beaucoup plus difficile à penser que de l’autre façon.
Je mettrai encore en série : le symptôme aura le sujet, le sinthome aura le parlêtre. Le parlêtre, en effet, a une assise beaucoup plus large que le sujet, puisque le sujet est une fonction ponctuelle et évanouissante, alors que, dans le parlêtre, nous incluons l’être que lui donnait jusqu’à présent le fantasme.
Du sujet au parlĂŞtre
Considérons qu’à l’occasion de ces Journées, nous avons fait le chemin du symptôme au sinthome, qui est aussi un chemin du désir à la pulsion ou du manque au trou. Le thème de nos prochaines Journées pourrait être « Du sujet au parlêtre ». Je le dis tout de suite, ce ne sera pas ça. En effet, tout ne se passe pas ici, dans cette multitude que vous formez, sous l’œil de cette caméra. Il y a des endroits du Palais des Congrès où se tiennent des messes basses, et l’Ecole de la Cause freudienne a tenu hier soir une de ces messes basses qu’on appelle Assemblée générale, une assemblée que j’ai consultée à ce propos puisque j’avais à vous présenter le thème des prochaines Journées. D’où il est ressorti qu’il valait mieux garder en réserve ce titre-là , bien que la dichotomie du sujet et du parlêtre se superpose logiquement à toutes celles que j’ai déjà esquissées. Disons au revoir à ce thème, mais, comme il me manque un peu, j’en dirai deux mots.
Le sujet est manque-à -être. C’est sa définition, sa définition néosartrienne, à l’occasion identifiable à la case vide qui permet aux chiffres, aux nombres du pousse-pousse de circuler. Le sujet est manque-à -être, alors que le parlêtre, comme son nom l’indique, est un être, même s’il ne le tient que de la parole. Le sujet du sinthome ne peut pas être le sujet du symptôme. Le sujet, terme lacanien, est toujours le sujet du signifiant, représenté par et pour le signifiant. C’est une fonction de vérité, et je crois — encore — qu’on ne trouve qu’une seule fois dans les écrits de Lacan — c’est un hapax — le terme de sujet de la jouissance, parce que ça jure ensemble ces deux mots.4 Le sujet lacanien ne rencontre la jouissance que sous les espèces du petit a dans le fantasme. C’est même ce qui donne au fantasme fonction d’exception dans le premier Lacan — je veux dire au moins celui qui n’est pas le dernier. On saisit bien que son ambition a été de signifiantiser le fantasme — cela se marque au titre du Séminaire « La logique du fantasme ». La différence du sujet et du parlêtre, c’est que le parlêtre a un corps, qu’il se définit d’avoir un corps comme condition sine qua non pour jouir.5 Le sujet lacanien, lui, est séparé de la jouissance par le grand Autre et il ne lui en revient quelque chose que sous les espèces de l’objet petit a.
Donc, parmi les dichotomies que j’ai prodiguées, il y a aussi « de l’objet petit a à la jouissance ». Ce passage a lieu — je l’ai jadis signalé — dans ce chapitre du Séminaire Encore où la jouissance grand J est représentée par un contour informe.6 C’est de celle-là qu’il s’agit dans le sinthome.
On a parfois l’impression, quand on ordonne sa réflexion à ces deux axes, qu’il y a comme une double psychanalyse, un double discours sur la psychanalyse. Peut-être passe-t-on de l’un à l’autre sans s’en apercevoir, comme sur une bande de Möbius. Ces deux discours sur la psychanalyse qui partent de deux perspectives, de deux axes distincts, cette conformation, nous la devons avant tout à cet effort vraiment constant, cet effort pulsionnel de Lacan, si je puis dire, de penser l’impensé de son discours, jusqu’à passer à l’envers de son propre enseignement. On obtient d’ailleurs sans doute des propositions contraires en scrutant les textes de Lacan.
Quelle langue parler ?
Parlêtre sur une affiche, ce serait audacieux. Plusieurs se sont référés au dernier article paru de notre ami Bernard-Henri Lévy, qui fait un sort au dernier paradoxe de Lacan que j’ai édité7, pour la réplique suivante : « Pourquoi tant de gens se précipitent-ils sur mes Écrits qui sont, paraît-il, incompréhensibles ? » Et Bernard-Henri Lévy ajoute : « La réponse fuse, insolente, lumineuse : parce qu’ils ont besoin d’avoir un endroit où ils s’aperçoivent qu’on parle de ce qu’ils ne comprennent pas. » Il y a là une finesse, qui mérite bien d’être relevée, comme le fait BHL ainsi qu’un certain nombre de collègues. Ce n’est pas qu’ils ont besoin d’avoir un endroit où ils ne comprennent rien. Cela pourrait se faire, c’est très précieux un endroit où l’on ne comprend rien. C’est très précieux de pouvoir décompléter le règne du compréhensible, du bien-entendu, protéger une grotte mystérieuse. C’est le règne du mystère. Mais non ! Là , il y a sans doute ce qu’ils ne comprennent pas, et en particulier ce qu’ils ne comprennent pas de Lacan, mais ils comprennent néanmoins que ce qu’ils ne comprennent pas de Lacan n’est pas sans rapport avec leur ne pas comprendre à eux — « dans notre vie », dit Lacan. Donc, ils s’aperçoivent que ce que, d’habitude, ils ne comprennent pas, a quelque chose à faire avec ce qu’ils ne comprennent pas de Lacan, et que, d’ailleurs, cela les soulage du même fait que quelqu’un essaie comme ça de comprendre à leur place. Nous en sommes toujours là , d’ailleurs. Ce serait donc le succès de Lacan.
Mais, à ce propos, il m’est revenu qu’il y avait une thèse de Lacan sur le succès de Freud, qui part de ce qu’il y a une impasse de Freud — mais pas n’importe laquelle, puisque c’est celle des rapports du sujet à la jouissance —, et que, pour ne pas la rencontrer, « on capitule, dit-il, à comprendre Freud », mais on capitule à comprendre Freud en adoptant « son langage ». « Son langage », entre guillemets, « comme on dit pour réduire un discours au verbal, vient fleurir les propos les plus lucifuges. » Il pourrait se faire, en effet, qu’on ne reprenne tant un langage que pour capituler à comprendre la pensée. C’est ordinairement le sort qu’annonce le règne de la citation. Citations, énoncés sans énonciations, énigmes et énonciations sans énoncés.
Le parlêtre sur une affiche, est-ce que ce serait une citation ou une énigme ? Cette fois nous avons dit le sinthome, avec l’équivoque que c’est ce que ça désigne et cela désigne aussi un livre de Lacan. Si nous disions un jour sur une de nos affiches le parlêtre, quelque chose, serions-nous à pratiquer, peut-être, l’autoségrégation par l’usage d’un langage privé, d’un langage communautaire plutôt que commun ? Quelle langue avons-nous à parler ? Y a-t-il quelque chose dont il ne faut pas se passer à condition de ne pas s’en servir ?
Le NdP, structure de l’inconscient
Parlêtre ne sera donc pas le thème de nos prochaines Journées, non pas qu’il y ait ici faute de logique, mais parce que la préparation du Congrès de Rome mobilisera les efforts des meilleures têtes de l’AMP, même si tout le monde n’y est pas convié comme aux Journées. Et si nous tenons compte du Nom-du-Père romain, il y a cette formule « s’en passer à condition de s’en servir », qui a toutes les apparences d’une antinomie, mais qui n’en est pas une. On peut se passer d’y croire. Ce qui fait ici son irruption, c’est la densité propre de la croyance. On peut se passer d’y croire, pas besoin d’y croire pour s’en servir. Sans doute, s’en servir sans y croire, est une position qu’on pourra dire cynique. « L’arche demeure », comme dit Valéry à propos de Bossuet, « et puis, on y met ce qu’on veut ». Le non-dupe qui erre croit que ne pas y croire exige qu’on ne s’en serve pas. Lacan recommande de se faire la dupe du Nomdu- Père, de telle sorte que l’analyste apparaît se retrancher de la commune croyance laissant de l’autre côté, du côté où l’on a à s’en servir, l’analysant. Il faut bien situer, dans ce Nom-du-Père, la structure même de l’inconscient. Le « s’en passer à condition de s’en servir » pratique une séparation entre l’élément du signifiant-maître et sa place. Quand on fait tourner sur les places des quatre discours les quatre éléments, on sépare l’élément et sa place première, et cela répond à cette répartition du « s’en passer et s’en servir ».
Lien familial
Si le Nom-du-Père nous commande de déterminer notre thème des Journées, le plus simple est de prendre un thème qui a à voir avec la famille, voire avec l’enfant. J’imagine que le titre d’enfant-symptôme a déjà été employé plus d’une fois… Je proposerai que nous prenions comme texte de base celui, très bref, de Lacan, intitulé la « Note sur l’enfant ».8 Mme Jenny Aubry m’a apporté ce texte sous la forme de deux pages griffonnées, et j’ai cru à l’époque qu’il s’agissait de deux notes distinctes qu’à sa demande Lacan lui avait remises. Une fois que je les ai vues imprimées, je me suis aperçu que cela formait un même texte.9 Très curieux, tout de même ! Cette note se trouve maintenant réunifiée dans son intégralité : un recto-verso, très peu de paragraphes, et très efficace, mais tout entière écrite dans la perspective du symptôme. Ce qui nous laisse, si nous en avons les moyens, à reconstituer ce que serait la seconde perspective que j’ai signalée, celle du sinthome.
Lacan y prend pour acquis ce qu’il appelle « l’échec des utopies communautaires » qui cherchaient à l’époque à élargir le cercle de famille : élever les enfants en commun et faire exister une entité collective au-delà du cercle de famille. Il est amusant de constater aujourd’hui, tout au contraire, tout à l’envers, la vitalité de la conjugalité, modifiée d’un rien, modifiée par l’homosexualité du couple parental. Voilà où nous en sommes. Il n’est plus question d’utopie communautaire, mais on vérifie tout à fait au contraire que la fonction de la famille conjugale reste dominante, et au point que ceux qui pourraient en diverger considèrent comme un droit d’y être inscrits.
D’où l’on peut constater la lucidité de Lacan lorsqu’il note que la famille conjugale a une fonction de résidu dans l’évolution des sociétés et que c’est précisément parce qu’elle est à l’état de résidu, à l’état d’objet petit a, qu’elle se maintient, qu’elle se maintiendra. Ce que nous vivons aujourd’hui le confirme.
Lacan interprète cette résistance même de la famille conjugale par ce qu’il considère être le caractère irréductible de la transmission, pas la transmission d’un savoir, pas la transmission des besoins, mais de la transmission, je dirai, constituante pour le sujet, qui suppose « sa relation à un désir qui ne soit pas anonyme ». C’est vraiment très fort. Cela implique que, dans la communauté, ce désir d’élever ces jeunes pousses passe par la collectivité et elle gomme le singulier du sujet. Lacan le renforce de ce qu’il y a là une « nécessité », c’est-à -dire quelque chose qui ne cesse pas de s’écrire, que l’anonymat, le n’importe qui peut faire fonction et s’intéresser à n’importe qui, abrase la possibilité subjective. Il faut que le sujet soit ici appelé à la singularité du je.
De la même façon, d’ailleurs, on ne s’analyse pas avec la psychanalyse, mais avec un ou une psychanalyste. Il faut que ça soit activé d’une façon qui ne soit pas anonyme. Il ne suffit pas de lire Freud et Lacan, par exemple, pour que ce soit l’équivalent de s’analyser avec. D’où le nouveau déchiffrage que Lacan propose du couple père/mère qui répartit classiquement — et on lui en fait parfois le reproche — les soins d’un côté et la loi de l’autre, mais qui insiste, pour la mère, qu’elle ait un intérêt particularisé pour l’enfant, et pour le père, qu’il soutienne une incarnation de la loi dans le désir, c’est-à -dire que ce ne soit pas désincarné, que ce ne soit pas pour n’importe qui ou pour personne. Cela a été une grosse erreur de considérer que Lacan, par la métaphore paternelle, exaltait la fonction paternelle, dont il avait de longtemps signalé la décadence. C’est au contraire une matrice des fonctions freudiennes qui, présentée ainsi, fait découvrir qu’il ne s’agit en effet que de semblants.
S’introduit là la référence du symptôme de l’enfant comme représentant « une vérité ». Il y a aussi des notations tout à fait intéressantes sur le « symptôme somatique » de l’enfant — qui nous fera penser à ce qu’on voit malheureusement aujourd’hui du côté de certaines familles d’autistes — qui ouvre « une ressource intarissable selon les cas à témoigner de la culpabilité, à servir de fétiche, à incarner un primordial refus », ces trois versions répondant, me semble-t-il, à névrose, psychose, perversion.
Je propose — et ce sont les futures instances de l’École de la Cause freudienne qui en décideront — que nous adoptions pour les prochaines Journées le thème familial illustré par des cas cliniques. « Phénomènes familiaux », pourquoi pas ? Plus sérieux : « Le lien familial dans l’expérience analytique ».
Le lien familial est en effet une forme bien particulière du lien social. On pourrait même dire que c’est le seul lien qui s’inscrive d’un rapport dont on peut rêver qu’il soit naturel. Mais il n’en est pas moins tout à fait dénaturé. Et, comme Lacan le note dans le Séminaire du Sinthome : « La nature est un pot-pourri de hors-nature »10.
Jacques-Alain Miller
1 Cf. Lacan Jacques, « La direction de la cure et les principes de son pouvoir » (1958), Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 614 ; « il est ces objets ».
2 On se reportera à la première leçon de L’orientation lacanienne III, 8, publiée dans Ornicar ? digital et aussi La Cause freudienne n° 62, sous le titre « Illuminations profanes ». J.-A. Miller y a écrit au tableau, tout en le déployant, le schéma du Symptôme/Sinthome.
3 Cf. Lacan J., « Télévision » (1973), Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 526.
4 Cette formulation se trouve dans Le Séminaire, livre X, L’angoisse (1962-63), Paris, Seuil, 2004, p. 203. Nous avons aussi trouvé « le sujet de la jouissance » dans « Présentation des Mémoires d’un névropathe », Autres écrits, op. cit., p. 213-217, mais aussi dans « Communication et discussions au Symposium international du John Hopkins Center à Baltimore » (1966), in Macksey A. et Donato E., The Langages of Criticism and the Sciences of Man, The Johns Hopkins University Press, 1970.
5 Ce thème a été largement développé par J.-A. Miller dans « Biologie lacanienne et événement de corps » (1999), La Cause freudienne n° 44.
6 Lacan Jacques, Le Séminaire, livre XX, Encore (1972-73), Paris, Seuil, 1975, p. 83 ; et commenté par J.-A. Miller à plusieurs reprises dans L’orientation lacanienne II, notamment dans « De la nature des semblants » (1991-92).
7 Lacan J., Le Séminaire, livre XIII, Le sinthome (1975-76), Paris, Seuil, 2005.
8 Lacan J., « Note sur l’enfant » (1969), Autres écrits, op. cit., p. 373-374.
9 Ce texte de Lacan a été publié une première fois par J.-A. Miller dans Ornicar ? n° 37
sous le titre « Deux notes sur l’enfant » en 1986, et aussi commenté dans son cours L’orientation lacanienne II, 3, « Des réponses du réel » (1983-84), passage à paraître dans La lettre mensuelle de juillet 2006.
10 Lacan J., Le Séminaire Le sinthome, op. cit., p. 12.









