Découvrir l'Ecole

Théorie de Turin

Jacques-Alain Miller

 

Intervention au 1er Congrès scientifique de la Scuola lacaniana di Psicoanalisi (en formation), le 21 mai 2000, dont le thème était "Les pathologies des lois et des normes".

J’entends faire trois choses au cours de cette intervention : contribuer Ă  la rĂ©flexion de la Scuola sur le thème de notre premier “Congrès scientifique”; proposer le thème du second Congrès, dont nous avons dĂ©cidĂ© hier au soir qu’il aurait lieu l’an prochain Ă  Rome; enfin, faire avancer le mouvement de l’École en formation vers sa crĂ©ation — sa crĂ©ation par l’AMP.

Ces trois tâches semblent disparates. Il n’en est rien. Un seul et mĂŞme mouvement les parcourt et s’y distribue. Une École en formation est une unitĂ© dynamique ; toutes les actions concourent au progrès du processus collectif qui conduit Ă  sa crĂ©ation ; le Congrès est lui-mĂŞme un moment de ce processus.

La fondation effective d’une École lacanienne en Italie n’est pas une affaire bureaucratique destinĂ©e Ă  ĂŞtre rĂ©glĂ©e par un petit nombre rĂ©uni Ă  l’Ă©cart, un conciliabule des chefs. Elle entre dans un processus de formation dont le concept mĂŞme comporte qu’il se dĂ©roule Ă  “ciel ouvert” parce qu’il doit ĂŞtre subjectivĂ© par une communautĂ© qui ne peut se constituer que dans le mouvement mĂŞme de cette subjectivation.

L’École n’advient pas seulement Ă  la fin du processus. L’École advient Ă  la fin sous la forme objectivĂ©e d’un nouveau sujet de droit, une association sans but lucratif rĂ©glĂ©e par ses statuts et par le Code civil. Mais l’École advient bien avant et se poursuit bien après sous d’autres formes. Elle advient tout au long du processus de sa fondation sous la forme d’”Actes d’École”, et sa crĂ©ation effective comme communautĂ© se poursuit bien au-delĂ  de sa fondation lĂ©gale.

La Scuola italiana n’existe pas encore du point de vue lĂ©gal. Du point de vue subjectif, elle existe bel et bien, et nous nous rĂ©unissons sous son signifiant. Quel est le statut de l’École avant qu’elle ne soit un sujet de droit ? Elle est prise dans un dĂ©sir, elle advient sous la forme de dĂ©sir avant d’advenir sous la forme de sujet de droit. C’est ce qu’il s’agit de cerner. Elle n’existe pas seulement sous la forme d’un dĂ©sir vague ou abstrait, elle existe dĂ©jĂ  sous la forme d’Ă©vĂ©nements d’École, Ă  savoir des Conversations, des AssemblĂ©es, des Congrès comme celui-ci, des publications, la crĂ©ation de multiples entitĂ©s de transmission et de recherche, l’articulation nouvelle donnĂ©e Ă  des entitĂ©s dĂ©jĂ  existantes. Et il y a aussi des actes d’École, dont le plus important est celui de scander le temps logique de la communautĂ© en devenir.

Pour scander le temps logique de l’École, il convient de repĂ©rer Ă  chaque moment sa position exacte dans le processus de sa formation, par rapport aux coordonnĂ©es fondamentales qui la dĂ©terminent. Cela paraĂ®t abstrait, il n’en est rien. Ce repĂ©rage, nous l’avons fait hier soir dans la Conversation et au cours de l’AssemblĂ©e. C’est aussi bien ce que je veux poursuivre maintenant.

Je vous communiquerai aujourd’hui une thĂ©orie de l’École. Je ne l’ai encore jamais exposĂ©e. L’instant du regard, je l’ai eu hier, le moment de conclure s’est produit ce matin au rĂ©veil, et j’ai achevĂ© la rĂ©daction de ces notes voici une heure, avant de me rendre Ă  l’exposition sur la Comtesse de Castiglione. Si le rĂŞve de la nuit supporte l’Ă©preuve de vous ĂŞtre exposĂ©, je publierai cet exposĂ© comme ma ” ThĂ©orie de Turin ” — ma ” ThĂ©orie de Turin sur le sujet de l’École “.

Savoir oĂą l’École en est, repĂ©rer sa position, ne relève pas d’une pratique contemplative, ne consiste pas Ă  observer des faits objectifs. En effet, le savoir dont je parle est communiquĂ© Ă  la communautĂ© de l’École en formation, et donc par lĂ  contribue Ă  la constitution mĂŞme de cette communautĂ© qui prendra par la suite la forme d’une entitĂ© lĂ©gale. La communication de ce savoir, comme la production d’Actes d’École, a pour effet de modifier le sujet en cours de rĂ©alisation. Cette propriĂ©tĂ© permet de la qualifier d’interprĂ©tation. La vie d’une École est Ă  interprĂ©ter. Elle est interprĂ©table. Elle est interprĂ©table analytiquement. VoilĂ  la thèse que je veux dĂ©fendre. Cela a Ă©tĂ© encore peu compris.

Je dis cela d’un air mĂ©chant [rires]. Je ne suis fâchĂ© contre personne, sinon contre moi-mĂŞme. Cela a Ă©tĂ© peu compris d’abord par moi-mĂŞme. J’ai tournĂ© autour de cette thèse, maintenant je la pose.

Il a Ă©tĂ© peu compris ce qu’est une ” logique collective “, terme de Lacan que Éric Laurent avait Ă©tĂ© le premier, il y a quelques annĂ©es, Ă  remettre en circulation dans notre usage. Pourtant, que nous dit Freud dans son Ă©crit de la Massenpsychologie ? Lacan, qui voulait traduire ce titre par “Psychologie des groupes et analyse du moi”, en rĂ©sume le contenu d’une phrase : “Le collectif n’est rien — le collectif n’est rien que le sujet de l’individuel.” Qu’est-ce que cela veut dire ? Que dĂ©montre Freud ?

  1. L’expĂ©rience analytique est une expĂ©rience collective Ă  deux ; la psychanalyse n’est pas confinĂ©e au cabinet du psychanalyste, elle permet de saisir le ressort de la psychologie des groupes, des formations collectives.
  2. Les fonctions et les phĂ©nomènes mis en Ă©vidence au niveau du collectif sont les mĂŞmes que les fonctions qui se rĂ©vèlent et les phĂ©nomènes qui se dĂ©ploient dans la cure. Ce sont, dans les termes de Freud, la fonction du moi, celle de l’IdĂ©al du moi, le phĂ©nomène de l’identification. Je rĂ©sume, j’indique une direction.
  3. Il s’ensuit une nouvelle dĂ©finition du collectif : le collectif est fait d’une multiplicitĂ© d’individus prenant le mĂŞme objet comme IdĂ©al du moi. Le mĂŞme IdĂ©al du moi est mis en position de dĂ©nominateur commun de plusieurs mois individuels. Freud trace Ă  ce propos un schĂ©ma reproduit Ă  plusieurs reprises par Lacan dans son SĂ©minaire.
  4. Le collectif, les formations collectives, les groupes, une École aussi bien, s’analysent comme une multiplicitĂ© de relations individuelles au Un de l’IdĂ©al du moi. Du point de vue freudien, l’ĂŞtre du collectif n’est qu’une relation individuelle multipliĂ©e.
  5. L’Ă©mergence de phĂ©nomènes de masse, tels ceux de la foule auxquels Freud se rĂ©fère Ă  partir de Gustave Le Bon, suppose un nombre considĂ©rable, le rassemblement d’un nombre considĂ©rable de personnes placĂ©es dans une situation identique. Mais cette Ă©vidence voile plutĂ´t qu’elle ne manifeste la structure de ces phĂ©nomènes, la fait mĂ©connaĂ®tre. Des disciplines s’Ă©tablissent au niveau des phĂ©nomènes de masse en tant que tels ; du point de vue de la psychanalyse, la structure du collectif est constituĂ©e au niveau du rapport du sujet Ă  l’IdĂ©al.
  6. Freud procède ainsi Ă  une analyse du collectif. C’est une analyse au sens oĂą il divise le collectif en une multiplicitĂ© de rapports singuliers.

Ceci est freudien. Ceci est lu par Lacan dans le texte freudien. L’individuel n’est pas le subjectif. Le sujet n’est pas l’individu, n’est pas au niveau de l’individu. Ce qui est individuel, c’est un corps, c’est un moi. L’effet-sujet qui s’y produit, et qui en dĂ©range les fonctions, est articulĂ© Ă  l’Autre, le grand. C’est ce que l’on appelle le collectif ou le social.

C’est ainsi que, au sens de Lacan, le transfert n’est nullement un phĂ©nomène individuel. Un transfert de masse, comme il se voit tous les jours, est parfaitement concevable : c’est un transfert multipliĂ©, causĂ© pour un grand nombre de sujets par le mĂŞme objet supportĂ© du mĂŞme sujet supposĂ© savoir, qui se manifeste par des sentiments nĂ©gatifs aussi bien que positifs, et qui est constitutif d’un groupe.

Si cela est acquis, qui est le b-a-ba, passons Ă  la pratique de l’École.

La place de l’IdĂ©al, dans un groupe, est une place d’Ă©nonciation. De lĂ , deux modes d’Ă©nonciation distincts sont concevables, praticables. Je simplifie pour les besoins de la cause.

Il y a un discours Ă©mis de la place de l’IdĂ©al qui consiste Ă  opposer Nous Ă  Eux. La diffĂ©rence entre amis et ennemis est tenue par Carl Schmitt, qui en savait quelque chose, pour le fondement mĂŞme de l’entitĂ© politique. De la place de l’IdĂ©al, tout discours qui s’Ă©tablit sur l’opposition amis/ennemis, qui la bĂ©tonne, intensifie par lĂ  mĂŞme l’aliĂ©nation subjective Ă  l’IdĂ©al.

Un discours inverse peut s’Ă©mettre de la place de l’IdĂ©al, qui consiste Ă  Ă©noncer des interprĂ©tations. InterprĂ©ter le groupe, c’est le dissocier et renvoyer chacun des membres de la communautĂ© Ă  sa solitude, Ă  la solitude de son rapport Ă  l’IdĂ©al. Le premier discours est un discours massifiant qui repose sur la suggestion, et, Ă  vrai dire, il reste toujours un quantum de suggestion inĂ©liminable. Le second discours est interprĂ©tatif et dĂ©massifiant. C’est une analyse de la suggestion de groupe.

Passons Ă  la pratique, ai-je dit. Voyons ce que dit Lacan au moment de fonder son École en 1964, cette École freudienne de Paris dont procède la nĂ´tre, l’École italienne en formation.

Comment Lacan s’avance-t-il en tant que fondateur d’une formation collective ? Au moment mĂŞme oĂą il fait de son discours Ă©merger l’École, l’École fiction de langage, la fait naĂ®tre de son discours en s’adressant Ă  elle pour la première fois, il s’avance, dit-il, “aussi seul que je l’ai toujours Ă©tĂ© dans ma relation Ă  la cause analytique“.

Autrement dit, il s’avance dans la solitude d’un sujet qui a rapport Ă  une cause Ă  dĂ©fendre et Ă  promouvoir. Il s’avance et se prĂ©sente non pas comme un sujet qui se propose lui-mĂŞme comme IdĂ©al, mai, comme un sujet qui a rapport Ă  un IdĂ©al, comme les autres qu’il invite Ă  le rejoindre dans son École.

Ce n’est pas une annulation de l’IdĂ©al. Il n’y a pas d’annulation de l’IdĂ©al dans l’École. S’il y avait une annulation de la fonction de l’idĂ©al, il n’y aurait pas de communautĂ© d’École. Il n’y a pas de zĂ©ro de l’idĂ©al, mais il y a ceci, que Lacan renvoie chacun Ă  sa solitude de sujet, au rapport que chacun entretient avec le signifiant-maĂ®tre de l’IdĂ©al sous lequel il se place. Dans le moment mĂŞme oĂą Lacan institue une formation collective, ses premiers mots sont pour dissocier, et mettre en avant la solitude subjective, parce qu’il s’agit avec l’École freudienne de Paris d’une formation collective qui ne prĂ©tend pas faire disparaĂ®tre la solitude subjective, mais qui au contraire se fonde sur elle, la manifeste, la rĂ©vèle. C’est le paradoxe de l’École.

Le premier mot que Lacan adresse Ă  son École au moment de s’associer des compagnons, est une interprĂ©tation. Elle est faite pour dissocier le sujet et le signifiant-maĂ®tre, et par lĂ  mĂŞme le sujet et la jouissance que comporte son rapport an signifiant-maĂ®tre.

On admettra sans doute la validitĂ© de la pratique d’interprĂ©tation au niveau du groupe, maintenant que j’ai fait voir que c’Ă©tait la pratique de Lacan, et l’on s’apercevra qu’elle fut constante. Épingler l’IPA du signifiant SAMCDA, “SociĂ©tĂ© d’assistance mutuelle contre le discours analytique”, restĂ© inoubliable pour les post-lacaniens qui la peuplent dĂ©sormais, qu’Ă©tait-ce d’autre que l’interprĂ©ter ? Quand Lacan rapportait la structure mĂŞme de l’IPA, et sa dĂ©rive, au dĂ©sir de Freud, qu’Ă©tait-ce d’autre qu’interprĂ©ter ? Etc.

On admettra cette dimension de la pratique d’interprĂ©tation, mais on doutera que l’on puisse en fonder une communautĂ©. L’interprĂ©tation est pourtant au principe de ce lien social qui s’appelle une analyse. L’École n’est rien d’autre que la tentative d’Ă©tendre l’application du principe Ă  une formation collective plus ample. “Mais l’interprĂ©tation a toujours un effet dĂ©sagrĂ©gatif. Si chacun est renvoyĂ© Ă  sa solitude, sĂ©parĂ© du signifiant-maĂ®tre, comment une communautĂ© se soutiendrait-elle?” C’est le paradoxe de l’École, et son pari — qui suppose en effet qu’une communautĂ© est possible entre des sujets qui savent la nature des semblants, et dont l’IdĂ©al, le mĂŞme pour tous, n’est pas autre chose qu’une cause par chacun expĂ©rimentĂ©e au niveau de sa solitude subjective, comme un choix subjectif propre, un choix aliĂ©nant, voire forcĂ©, et impliquant une perte.

Ce que Lacan appelle une École est une formation collective dont, en principe, chacun des membres sait cela. Il ne le sait pas sous la forme que je vous ai dĂ©veloppĂ©e, puisque je ne la dĂ©veloppe que d’aujourd’hui, mais il en sait quelque chose dans la mesure oĂą il est analysĂ©, oĂą il s’analyse, oĂą, conceptuellement, il a saisi ce qu’enseigne une analyse, Ă  savoir que chacun est seul — seul avec l’Autre du signifiant, seul avec son fantasme, dont “un pied est dans l’Autre”, seul avec sa jouissance, extime. L’École est une formation collective oĂą la vraie nature du collectif est sue. Ce n’est pas une collectivitĂ© sans IdĂ©al, mais une collectivitĂ© qui sait ce que c’est que l’IdĂ©al et ce que c’est que la solitude subjective. L’École est une addition de solitudes subjectives, et c’est le sens de notre formule un par un. Si je peux dĂ©tourner Ă  mon usage le titre d’un ouvrage amĂ©ricain de sociologie qui eut son heure de gloire, en le croisant avec celui d’un roman cĂ©lèbre de Carson Mc Cullers, je dirai : ” The School is a lonely crowd“.

L’addition des solitudes suppose l’un-en-plus. Est-ce quelqu’Un ? C’est d’abord la Cause freudienne, selon la formule que nous devons Ă  Lacan. Freud lui-mĂŞme, et ses Ă©lèves, parlaient de la cause. La Cause freudienne est un signifiant pur qui essaye de nommer le rapport que Freud avait Ă  cet IdĂ©al qu’il appelait la Cause, et qu’il avait fait partager Ă  ses Ă©lèves.

On prĂŞte au roi Henri IV cette phrase dite dans la bataille : “Ralliez-vous Ă  mon panache blanc.” Le nom propre de Lacan est devenu un panache de ralliement. Lacan devint le symbole, le signifiant-maĂ®tre, le signifiant vivant d’un rapport nouveau Ă  la psychanalyse, de telle sorte que des Ă©noncĂ©s comme “Je suis avec Lacan” ou “Je ne suis pas avec Lacan”, “Je suis contre Lacan”, “Je hais Lacan”, servirent Ă  nombre de sujets de repères pour situer leur position dans la psychanalyse, et exprimèrent des forces rĂ©elles agissantes dans la psychanalyse. “Je ne l’ai pas voulu”, dit Lacan, “je ne l’ai voulu qu’Ă  avoir laissĂ© passer ces forces”. Disons que ce fut pour lui un choix, mais forcĂ©, comme sont les vrais choix. Il devint son propre panache. Cela, peut-on le vouloir ? C’est bien plutĂ´t un malheur, une dĂ©veine, un coup du sort, un destin : ou on se laisse Ă©craser ou on tient le coup.

Ce ne sont pas seulement des signifiants idĂ©aux qui sont en jeu. C’est aussi le rapport de Freud-sujet Ă  l’objet-cause, le dĂ©sir inĂ©dit qu’il a su inspirer Ă  d’autres sujets, et qui a fait l’objet d’une transmission. C’est aussi le fantasme de Freud, sa jouissance. Le dĂ©sir de Freud, comme tout dĂ©sir, ne se soutient que d’un fantasme, ce n’est pas un dĂ©sir pur. “La cause freudienne” est un signifiant idĂ©al, susceptible d’ĂŞtre mis en dĂ©nominateur commun par une communautĂ©, mais il n’en Ă©tait pas moins enracinĂ© dans la solitude de Freud, son auto-Ă©rotisme.

Le dĂ©calage qu’il y a entre la cause du dĂ©sir de Freud et la cause freudienne en tant que telle, Lacan l’a interprĂ©tĂ©, dĂ©cantĂ©, formalisĂ©. Il a logifiĂ© le dĂ©sir de Freud pour le sĂ©parer de sa particularitĂ©, le dĂ©raciner du fantasme paternel, en dĂ©gager la forme dite du dĂ©sir de l’analyste.

Ce dĂ©sir n’est pas pour autant un dĂ©sir pur. C’est le dĂ©sir de sĂ©parer le sujet des signifiants-maĂ®tres qui le collectivisent, d’isoler sa diffĂ©rence absolue, de cerner la solitude subjective, et aussi l’objet plus-de-jouir qui se soutient de ce vide et le comble Ă  la fois. Ceci est le dĂ©sir de Lacan. L’École en procède.

Du dĂ©sir de Freud a procĂ©dĂ© une communautĂ© qui a pris la forme d’une SociĂ©tĂ©, la SociĂ©tĂ© analytique, dont le soubassement est la horde sauvage dĂ©crite dans “Totem et Tabou”. Celle-ci est liĂ©e Ă  un père qui est un signifiant vivant, d’oĂą, après sa mort, la constitution d’un syndicat fraternel, d’une Ă©lite des frères, une mafia en somme, autour de son tombeau. C’est que tout indique que le dĂ©sir de Freud a Ă©tĂ© retenu dans la logique Ĺ“dipienne, oĂą l’existence d’un universel se soutient de son antinomie avec l’Un-qui-n’est-pas-comme-tous-les-autres. De ce fait, le rapport que la femme entretient Ă  son dĂ©sir lui est restĂ© opaque.

Le dĂ©sir de Lacan a portĂ© au-delĂ  de l’Ĺ’dipe, et de lui procède, non pas une sociĂ©tĂ© analytique, mais une École. Dans une École, il n’y a pas, du moins en principe, une exception une, une exception solitaire et antinomique Ă  l’ensemble comme le veut la formule Ĺ“dipienne. Il n’y a pas une exception, mais un ensemble, ou plutĂ´t une sĂ©rie d’exceptions, de solitudes incomparables les unes aux autres, sinon que toutes sont des solitudes structurĂ©es comme des solitudes, je veux dire comme des sujets barrĂ©s, arrimĂ©s Ă  des signifiants-maĂ®tres, et habitĂ©s par l’extimitĂ© d’un plus-de-jouir particulier Ă  chacun. Dans le cadre de l’École, ces solitudes sont chacune traitĂ©es comme des exceptions, et elles sont non-syndicalisables.

En ce sens, l’École est un ensemble logiquement inconsistant. C’est un ensemble de Russell, celui des catalogues qui ne se contiennent pas eux-mĂŞmes, un ensemble sans universel, “hors d’Univers”, oĂą ne vaut pas le “pour tout x”. Il est pas-tout, ce qui ne veut pas dire qu’il serait incomplet, qu’il lui en manquerait toujours un bout, comme on le comprend d’habitude. Il est pas-tout au sens oĂą il est logiquement inconsistant, et se prĂ©sente sous la forme d’une sĂ©rie Ă  laquelle fait dĂ©faut une loi de formation. C’est aussi bien la raison de structure qui fait que le mouvement lacanien se prĂ©sente sous une forme essentiellement dispersĂ©e ; l’AMP n’est elle-mĂŞme qu’une-entre-autres.

Il n’y a pas de tout de l’École. L’École est par excellence un ensemble anti-totalitaire, rĂ©gi par la fonction qu’Éric Laurent rappelait hier, du S de grand A barrĂ©. Il s’ensuit que, paradoxalement, l’Ă©noncĂ© seul capable de collectiviser l’École, est celui qui l’affirme n’ĂŞtre pas-toute. Il s’ensuit encore qu’instituer une École, constituer les solitudes en communautĂ© d’École, n’est rien d’autre que de la subjectiver.

Que veut dire ” subjectiver l’École ” ?

Dans un premier sens, cela veut dire : pour chacun, un par un, adopter l’École comme un signifiant idĂ©al. Mais cela implique que chacun mesure le dĂ©calage entre la cause particulière de son dĂ©sir et la cause freudienne comme signifiant idĂ©al. Cela veut dire rĂ©pĂ©ter, mais pour son propre compte, l’interprĂ©tation de Lacan, non pas l’imiter.

Deuxièmement, subjectiver l’École veut dire pour chacun : ĂŞtre membre de l’École dans la solitude de son rapport Ă  l’École.

Mais troisièmement, constituer cette communautĂ© une n’est pas autre chose que de faire de l’École elle-mĂŞme un sujet, un sujet barrĂ©.

Voici la thèse que je pose Ă  Turin : l’École est sujet. C’est Ă  cette condition seulement qu’une École mĂ©rite son nom, qu’elle en vaut la peine. Elle ne vaut pas la peine comme un agrĂ©gat de statuts, de biens, d’assemblĂ©es — qu’il faut aussi, bien entendu. Une École ne mĂ©rite qu’on la fonde, que l’on s’y agrège, qu’Ă  la condition qu’elle soit un sujet de plein exercice.

Que veut dire ” l’École est un sujet ” ?

Un sujet n’est pas une substance collective. “Mange-moi”, “Ceci est ma chair, ceci est mon sang”, Un seul a pu dire cela, et ce n’Ă©tait pas un sujet, mais un Dieu. On devrait savoir ce que c’est qu’un sujet, quand on a lu Lacan. Encore faut-il en assimiler le concept. Jusqu’Ă  cet après-midi, j’ai reculĂ© Ă  dire : “l’École est un sujet”.

J’ai commencĂ© Ă  le dire, mais timidement, en le cachant au dĂ©tour de mes phrases, pour voir si on allait me jeter des pierres, et si j’arriverais Ă  m’habituer Ă  le dire, Ă  le penser. Je l’Ă©nonce aujourd’hui : l’École est un sujet.

Ce sujet est dĂ©terminĂ© par les signifiants dont il est l’effet, car c’est cela qui dĂ©finit un sujet, rien d’autre. C’est pour cette raison que l’acte de poser les signifiants qui dĂ©terminent l’École est un acte de responsabilitĂ© absolue, car c’est un acte d’interprĂ©tation, opĂ©rant sur le sujet par le biais de la parole. C’est aussi pourquoi Lacan pensait que l’École avait besoin d’analystes, d’Analystes de l’École, d’analystes capables d’analyser l’École comme sujet. L’École a besoin de statuts lĂ©gaux, peut-ĂŞtre, sans doute, mais il lui faut surtout des interprĂ©tations d’elle-mĂŞme comme sujet.

Quand j’en Ă©tais encore Ă  approcher le thème de l’École comme sujet, au mois de mars dernier, j’avais fait remarquer que Lacan avait mis sur la couverture de la revue de son École, Scilicet, la phrase suivante : “Tu peux savoir ce qu’en pense l’École freudienne de Paris“, et qu’il prenait donc son École comme un sujet de pensĂ©e. Cela veut dire que c’est l’École qui pense Ă  travers ses membres. Remarquez bien que la revue de Lacan Ă©tait faite, non de travaux collectifs, mais de contributions individuelles, et c’est cet ensemble de contributions, rassemblĂ©es une par une, qu’il prĂ©sentait au public en disant : “Voici ce qu’en pense l’École.”

Ici, il faut ĂŞtre hĂ©gĂ©lien, comme Lacan l’Ă©tait lui-mĂŞme, comme tout ĂŞtre raisonnable l’est, jusqu’Ă  un certain point. L’École est un moment de l’Esprit objectif de la psychanalyse. Si vous n’y croyez pas, si l’hypothèse ne vous intĂ©resse pas, n’entrez pas dans une École, vous n’en avez que faire. Lacan, au moment oĂą il invitait son École Ă  se prononcer par un vote sur sa “Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École”, Ă©crivait qu’il fallait bien supposer que l’esprit de la psychanalyse soufflait parmi les membres de cette AssemblĂ©e.

Si l’on doit faire un jour une École en Italie, si l’École est dĂ©jĂ  Ă  l’Ĺ“uvre parmi nous, il faut bien supposer que l’esprit de la psychanalyse est lĂ  lui aussi. On voudrait que ce soit mieux, plus brillant, plus Ă©clatant, sensationnel, mais enfin, si le Fils de l’Homme est nĂ© dans une Ă©table, l’esprit de la psychanalyse peut bien souffler Ă  Turin cet après-midi.

L’esprit ? Dans la psychanalyse, c’est le Witz. Parler de l’esprit de la psychanalyse est un mot d’esprit. L’esprit de la psychanalyse n’est pas autre chose que le sujet supposĂ© savoir et il s’agit d’instituer le lieu d’oĂą il s’inscrit comme effet. Il s’agit que la dĂ©termination signifiante de l’École, ses agencements symboliques complexes, ses statuts, ses publications, aient pour effet d’instituer l’École comme sujet supposĂ© savoir. C’est ce sujet mĂŞme que nous interrogeons et instituons Ă  la fois quand nous faisons voter une AssemblĂ©e et que nous recueillons comme un oracle sa rĂ©ponse, formĂ©e du choix secret de chacun. Sans fouiller les entrailles des bĂŞtes, mais en demandant Ă  chacun de mettre quelques symboles sur un papier que l’on glissera dans une boĂ®te. La rĂ©ponse institue l’École comme sujet. La dĂ©mocratie directe n’est pas une pratique anarchiste — dans les faits, il y a toujours chez les anarchistes un chef de la horde qui est bien lĂ , et il faut marcher droit — la dĂ©mocratie directe est le dispositif signifiant nĂ©cessaire Ă  subjectiver l’École pour en faire un sujet supposĂ© savoir, tissĂ© de nos solitudes, et qui pense et qui rĂ©pond.

L’École-sujet veut dire que l’École est une expĂ©rience inaugurale, au sens de l’expĂ©rience analytique. L’École est inaugurale dans la mesure oĂą elle inaugure un nouveau sujet supposĂ© savoir, et que son histoire est une suite de phĂ©nomènes subjectifs analysables.

Dans une École, tout est d’ordre analytique. C’est un axiome, et c’est la condition pour qu’une École soit intĂ©ressante. Comme je traĂ®ne mes bottes lĂ -dedans depuis que je m’y suis trouvĂ© aspirĂ©, aspirĂ© par l’aspirateur Lacan, je peux vous le dire : c’est aussi une vĂ©ritĂ© d’expĂ©rience. Baudelaire disait que chez Balzac, mĂŞme les portières ont du gĂ©nie. Dans l’École aussi, il n’est rien qui n’ait le gĂ©nie psychanalytique, qui ne participe de l’esprit de la psychanalyse. Certes, ce peut ĂŞtre au titre de s’en dĂ©fendre, de le refouler, de le nier.

On comprend la difficultĂ© de donner Ă  une École des statuts lĂ©gaux, qui assurent l’interface de l’École avec l’État. Ce sont deux rĂ©gimes logiquement distincts, la première rĂ©pondant Ă  la logique dite du pas-tout, le second Ă  la logique universelle. Or, entre des sujets rĂ©pondant Ă  des logiques diffĂ©rentes, il n’y a pas de rapport, ni de dialogue possible. On se parle, mais ce n’est pas un dialogue, c’est un malentendu.

Je disais hier que l’École doit prĂ©server son inconsistance comme son bien le plus prĂ©cieux, son agalma. Elle est en cela une sociĂ©tĂ© secrète, invisible Ă  l’État, comme l’analyste lui-mĂŞme est inexistant aux yeux de la loi. Il ne s’agit pas d’une clandestinitĂ© recherchĂ©e, conspiratrice, mais de l’effet de la structure logique de son sujet supposĂ© savoir. L’École est par elle-mĂŞme la lettre volĂ©e, introuvable par la police, cette police qui, selon Hegel, fait toute l’essence de l’État. Certes, pour donner un lieu Ă  l’Ă©mergence de son sujet supposĂ© savoir, l’École constitue une association lĂ©gale, mais elle ne lui est pas identique.

Cette association doit donc rĂ©pondre Ă  des lois, c’est-Ă -dire Ă  des Ă©noncĂ©s qui valent pour tout x. Massimo Recalcati parle fort bien de l’inhumanitĂ© de la loi dans son travail pour ce Congrès, page 136. La loi inhumaine est toute loi, la loi est inhumaine par structure puisqu’elle nĂ©glige le particulier, et s’il y a des juges, c’est pour l’humaniser.

Un collègue nous menace des foudres de la loi, nous rappelle que la loi vaut pour tous, qu’il n’y a pas d’exception pour les psychanalystes. Il voudrait que la loi vienne brider le surmoi du groupe analytique. Ne sait-il pas que la voix qui dit “pas d’exception pour les psychanalystes” est la voix mĂŞme du surmoi?

Le surmoi, son excès, sa mĂ©chancetĂ©, sont-ils donc de notre cĂ´tĂ© ? Ce collègue croit avoir dĂ©tectĂ© chez nous une volontĂ© de lui faire du mal, de le lĂ©ser, une volontĂ© capricieuse, arbitraire, autoritaire, et il voudrait nous mettre sous le joug du Nom-du-Père pour nous civiliser, se protĂ©ger de nous. C’est pure logique de l’Ĺ’dipe : au dĂ©sir capricieux de la mère d’oĂą s’originerait le surmoi, opposer la loi qui vaut pour tous, l’effet pacifiant du Nom-du-Père. Mais chez nous, on interprète Kant par Sade, et on sait que le Nom-du-Père n’est qu’un masque du surmoi, que l’universel est au service de la volontĂ© de jouissance. On l’apprend tout autant Ă  se souvenir de qui inspire Kant, Ă  savoir le paranoĂŻaque gĂ©nial, Jean-Jacques Rousseau : le beau fantasme de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale n’a pas attendu longtemps pour rĂ©vĂ©ler une gourmandise, une fĂ©rocitĂ© sans limite.

La religion ne se confond pas avec le droit, puisqu’elle connaĂ®t un au-delĂ  de la loi, qui est l’amour, et qui met le sujet dans cette position que Manzetti nous rappelle comme Ă©tant celle d’Antigone, Ă  la page 102 du recueil de ce Congrès. C’est la rĂ©ponse d’Antigone que nous avons su faire hier soir. Qui se place au-delĂ  de l’Ĺ’dipe, s’aperçoit, comme Lacan l’enseigne, que le Nom-du-Père et le surmoi sont les deux faces du mĂŞme, que la loi comme universelle est structuralement inhumaine, que le “pour tout un chacun” est Ă©mis par le surmoi. La loi en tant que nul n’est censĂ© l’ignorer, implique l’existence d’un sujet supposĂ© tout savoir. Le sujet du droit comme sujet du tout savoir, disparaĂ®t comme sujet barrĂ©, devient impersonnel, devient le “on” du surmoi. Celui qui rĂŞve de nous contraindre par la loi, ne parvient pas Ă  dissimuler la joie mauvaise qui est la sienne Ă  l’idĂ©e de rĂ©duire le sujet supposĂ© savoir de l’École en formation par les moyens du droit. Ce qu’il y a de loi dans l’inconscient, et qui fonctionne au nom du Père alors qu’elle est en vĂ©ritĂ© celle du surmoi, c’est la loi phallique : ” pour tout x. x phallique “. VoilĂ  pourquoi la femme est l’impensĂ© de l’inconscient, et que l’on ne saurait penser la femme sans interprĂ©ter l’inconscient. La loi phallique dĂ©termine ce que Freud appelait l’horreur de la fĂ©minitĂ©.

La loi morale de Kant s’instaure de rejeter ” le pathologique “, c’est-Ă -dire le sentiment du plaisir et de la peine. C’est qu’elle ne veut connaĂ®tre aucune particularitĂ©, aucune circonstance, aucun dĂ©tail. Ce ” ne pas vouloir connaĂ®tre ” n’est pas celui du refoulement, mais celui de la forclusion : il y a une paranoĂŻa de la loi, une jouissance paranoĂŻaque Ă  parler en son nom, et c’est pourquoi il n’y a pas seulement la loi, mais des juges, qui sont les interprètes, les thĂ©rapeutes. Il y a aussi un sadisme de la loi, la loi fait souffrir, et c’est pourquoi il y a le juge pour l’humaniser.

Un monde sans juge, oĂą la loi n’aurait pas d’interprète, oĂą l’inhumanitĂ© universalisante de la loi s’appliquerait sans mĂ©diation au particulier, ne serait pas un monde de Kant, mais un monde de Kafka. Ceux qui ont entendu hier soir Ă  l’AssemblĂ©e ordinaire Maurizzio Mazzotti, ont eu un aperçu de la stratification de la loi, soulignĂ©e Ă  ce congrès par Éric Laurent, de son dĂ©dale, de son caractère labyrinthique, du nombre de stations Ă  faire auprès de ses experts, qui sont d’accord, qui ne le sont pas. Pour le dire en un mot, impossible de rĂ©duire par le “pour tout x” l’impossible du rapport sexuel. La formule fulgurante de Focchi le rĂ©sume Ă  propos des États-Unis : ” La loi devient un Kamasutra. “

Hier soir a Ă©tĂ© un grand moment. On a vu l’École en formation se refuser Ă  l’affrontement que lui proposait B*, pour interprĂ©ter le discours de celui-ci. C’est celui d’un collègue qui, après avoir partagĂ© avec nous les avatars d’une longue gestation qui s’Ă©tend sur plus de vingt ans, recule aujourd’hui devant l’instauration de l’École, de son nouveau sujet supposĂ© savoir, et choisit de rester dans le règne du Père. Le dĂ©bat est-il entre le salutaire “pour tout x” de la loi et le Un solitaire, le Un d’exception qui serait Jacques-Alain Miller ? Jacques-Alain Miller n’est pas solitaire, il est un au-moins-un qui donne le tĂ©moignage de sa diffĂ©rence, et qui ne mĂ©nage pas sa peine pour qu’il y en ait d’autres Ă  le faire. Et c’est bien parce qu’il y en a d’autres qu’une École est possible. La place d’Ă©nonciation qu’occupe Jacques-Alain Miller ne comporte pas l’exclusivitĂ© ; elle comporte que d’autres l’occupent Ă©galement, doivent l’occuper, l’occupent effectivement. Comme le dit Spinoza, “il fait partie de mon bonheur que d’autres comprennent ce que j’ai compris”, de Lacan, de la psychanalyse, de l’École, et en particulier de l’Ă©minence de cette place d’oĂą l’École est interprĂ©table, et oĂą sont attendus ses analystes.

Nous avons vu hier soir Ă©merger dans notre expĂ©rience d’École la fonction du temps logique. Le moment de conclure n’Ă©tait pas venu, et Mazzotti, qui sut assumer pour nous “le pas en arrière” nĂ©cessaire Ă  faire pour rĂ©sister Ă  la suggestion agressive induite par le discours de B*, mĂ©rite qu’un hommage lui soit ici rendu. Ne cherchons pas plus loin le thème de notre prochain Congrès: ” Le moment de conclure “.

C’est le titre de l’un des tout derniers sĂ©minaires de Lacan. Étudions le moment de conclure dans la sĂ©ance et dans la cure, sa logique, la dialectique oĂą il entre avec l’instant de voir et le temps pour comprendre, le rapport du temps logique et de la durĂ©e. Je ne peux mieux faire ici que de citer Focchi, quand il Ă©voque le mode singulier que chacun a de rĂ©pondre Ă  l’inexistence du rapport sexuel : ” On sait bien les suspensions, les accĂ©lĂ©rations, les surprises, les fugues, les atermoiements, les illuminations soudaines qui surviennent quand, dans l’expĂ©rience analytique, on suit les traces de cette singularitĂ©. ” VoilĂ  qui donne le la, marque le tempo, fait le programme de notre prochaine rĂ©union dite scientifique.

Nous verrons si, dans le laps de temps qui nous en sĂ©pare, il se condensera un suffisant transfert de masse Ă  l’École pour qu’une ultime urgence nous force enfin de dĂ©clarer instituĂ©e parmi nous la Scuola comme sujet supposĂ© savoir.

Jacques-Alain Miller

Focchi Marco, La loi est la mĂŞme pour tous (ou presque) in “Les pathologies de la loi. Clinique psychanalytique de la loi et de la norme”, p. 70.
Ibid., pp. 67-68.