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Freud à Jérusalem. La psychanalyse face au sionisme, Eran Rolnik

Freud à Jérusalem. La psychanalyse face au sionisme, Eran Rolnik

Eran Rolnik, Freud à Jérusalem. La psychanalyse face au sionisme.
Paris, Éditions de l’Antilope, 2017. ( 544 p.)

L’ouvrage d’Eran Rolnik, psychanalyste, psychiatre, historien, traite de la migration de la psychanalyse d’Europe centrale vers la Palestine mandataire. Parallèlement, l’auteur nous montre de quelle manière la psychanalyse a pu s’implanter en Israël au début des années 1920 et comment la conjonction de l’action audacieuse et déterminée de Max Eitingon et les besoins d’analyse des habitants du Yichouv ont permit à la psychanalyse de se développer, même s’il fallut attendre 1977 pour la création d’une chaire de psychanalyse à l’Université hébraïque de Jérusalem. Malgré la consternation de Freud qui espérait que l’établissement de son fidèle disciple en Palestine juive « ne serait qu’un épisode », Max Eitingon quitta Berlin pour la Palestine en octobre 1933. Un mois après son arrivée, il annonça à Freud la création de la Société psychanalytique de Palestine.

Au fil de la lecture, on découvre progressivement que Freud fut en lien permanent non seulement avec le mouvement analytique, mais aussi avec les courants sociaux et politiques tournés vers la psychanalyse avec des artistes, universitaires, psychiatres, pédagogues, travailleurs sociaux, dirigeants social-démocrate, militants marxistes et intellectuels sionistes. À cet égard, l’essai de Rolnik nous montre que Freud n’a jamais cédé sur le fait que la psychanalyse n’est pas une Weltanschauung.

En dépit de son intérêt pour le nationalisme juif, Freud n’eut de cesse d’enjoindre ses disciples de ne pas laisser leurs inclinations patriotiques mordre sur leur travail. En témoigne son introduction à l’édition hébraïque de Totem et tabou : «Ce livre traite avant tout de l’origine de la religion et de la moralité, et donc il n’adopte pas un point de vue juif et ne propose pas d’exceptions à l’égard du judaïsme. En conséquence, l’auteur espère que ses lecteurs partageront sa conviction que la science impartiale ne restera pas une notion étrangère à l’esprit du judaïsme nouveau » (p.326).

Cet ouvrage captivera les passionnés de l’histoire de la psychanalyse ainsi que ceux qui s’intéressent à l’histoire d’Israël avant la déclaration de son indépendance en 1948. Il plaira enfin à ceux qui aiment découvrir des portraits d’hommes et de femmes à travers leur trajectoire. Les figures de Max Eitingon, Moshe Wulff, Martin Buber, Arnold Zweig, Siegfried Bernfeld, Clara Happel et bien d’autres, moins connues, sont ainsi évoquées.

Par Marina Lusa