La séance courte dans l’orientation lacanienne
Extraits de l'Orientation lacanienne III,3 et III, 4, sur le thème de la séance courte, établis par Catherine Bonningue
La séance courte dans l’Orientation lacanienne III, 3, « Le lieu et le lien » (2000-2001)
La fois d’avant
JAM évoque, dans ce qu’on dit en analyse, ce qui « restera déterminé par ce que j’ai dit la fois d’avant ».
«La fois d’avant a un poids spécial, un poids qui se marque dans la parole. Peut-être fait-on justement des séances d’analyse pour qu’on ait sur le dos ce qu’on a dit la fois d’avant. »
JAM évoque maintenant « l’incohérent » dans une séance d’analyse. « Pour que cet incohérent ait une valeur, sans doute faut-il qu’il s’enlève sur le fond d’une certaine cohérence. Le prix est toutefois dans l’incohérent, dans ce qui ne colle pas, et qui peut très bien être fugitif. Il peut se faire que le joyau d’une séance d’analyse soit un minuscule, infime trébuchement qui indique le lapsus, ou encore l’incohérent de l’acte manqué. »
22 novembre 2000
Le ça et la séance
JAM rappelle que Lacan donne au « sujet de l’inconscient complété du ça la valeur d’être le sujet de la séance psychanalytique » (Lacan, « Introduction au séminaire de “La Lettre volée”, “Parenthèse des parenthèses” »).
« Lacan, se sentant un peu à l’étroit dans le concept de l’inconscient, au moins tel qu’il l’avait lui-même restructuré, il fallait, pour obtenir le sujet de la séance psychanalytique, le compléter du ça. »
2 mai 2001
Ce qu’il y a de plus réel…
« Le virage de l’ex-sistence, tel que je l’évoquai, est en jeu dans chaque séance analytique. La passe est le point de capiton d’une trajectoire, mais la levée d’une séance a la même structure. « Qu’est-ce que le réel de l’acte analytique ? Ce qu’il y a de plus réel dans l’acte analytique, c’est la durée de la séance. C’est le solde cynique qu’on peut faire valoir. Ce qu’il y a de plus réel, de plus hors-sens, c’est la durée de la séance. »
16 mai 2001
La séance courte dans l’Orientation lacanienne III, 4 (2001-2002)
Une pierre angulaire
J.-A. Miller critique l’IPA dégage une « régulation purement quantitative de la pratique ».
« Elle est purement quantitative parce qu’elle ne pouvait pas être qualitative, puisqu’ils n’étaient déjà d’accord sur rien, ou sur très peu, concernant les fondements théoriques. Le ciment a donc été nécessairement la régulation purement quantitative de la pratique, c’est-à-dire la durée des séances, qui est devenue une pierre angulaire de la psychanalyse, et puis le nombre des séances hebdomadaires à respecter pour la validation d’une analyse comme didactique.
« Ceux-là mêmes qui reprochaient à Lacan de raccourcir les séances, diminuaient le nombre des séances obligatoires pour une analyse didactique. Ainsi Nacht enlevait au cursus obligatoire de la didactique une séance obligatoire sur quatre ou sur cinq. Ils firent donc simultanément la même découverte du temps comme une variable à laquelle on peut toucher. »
JAM parle ainsi de « l’idéal d’une régulation quantitative spécialement investie dans cette situation d’orthodoxie conflictuelle ».
21 novembre 2001,
publié dans LCF, « La “formation” de l’analyste »
Un vif qui échappe
JAM évoque ici d’éventuels débats avec l’IPA « sur la durée de la séance : variable, minimum, etc., débats qui laisseraient échapper le plus vif du rapport du vrai au réel
12 décembre 2001
Vous avez dit arbitraire ?
JAM fait ici référence à un entretien qu’il a eu avec un journaliste qui a taxé la polémique sur la question de la durée et la fréquence des séances de « dérisoire ». Il note ainsi qu’il y aurait « une bonne opinion éclairée qui considère que l’on n’attrape pas aujourd’hui ce qu’il en est de la pratique analytique par le biais de la quantité ».
« Cet adjectif dérisoire, portant sur ce qui a soulevé pendant un demisiècle tant de passions, qui sont d’ailleurs allées en se tassant, est peutêtre le signal que les questions qui furent jadis brûlantes, ne le sont plus autant et que cela va se déplacer sur des zones que nous ne connaissons pas encore.
« Du côté de l’IPA, on qualifie la fin d’une séance, dans l’orientation lacanienne, de scansion arbitraire. Des personnes, se présentant comme de bonne volonté, nous expliquent que cela fait cinq ans qu’ils essayent de comprendre le principe de la scansion arbitraire. L’adjectif lui-même semble en effet interdire de découvrir le principe. »
16 janvier 2002, Réflexions sur le moment présent 1, cf. Site Internet de l’ECF, page Orientation lacanienne, ou Freudiana.
Effondrement du savoir analytique
JAM critique ici Bob Michels sur la durée de la séance de 50 mn. « La conception de mon ami Bob exprime sous une forme optimiste un effondrement du savoir analytique. Il témoigne que l’on ne croit plus à la vérité de ce savoir, on ne croit plus à l’objectivité de ce savoir, et l’on ne croit plus à son caractère opératoire, mais seulement à son caractère auxiliaire : “Cela m’aide.” — “Cela m’aide à vivre ma séance de trois quarts d’heure”, puis-je ajouter. »
23 janvier 2002
L’acte renégat du contre-transfert
« Le contre-transfert comme renversement dialectique de la position de l’analyste leur rappelle : “ Vous n’êtes pas mort pendant vos… 55 minutes. Vous êtes vivants, vos sentiments, ce que vous pensez, comptent. Et ce que vous pensez est un effet de l’interaction avec le patient. ” « Tout démontre que Freud vivait la séance au niveau de l’articulation signifiante. Et c’est ça l’acte renégat avec le contre-transfert : ils ont fait entrer dans l’expérience analytique l’ordre du signifié. La vraie différence que la question quantitative des séances cache, c’est le contre-transfert. Il y a là une différence de pratique, de technique, bien supérieure à celle de la durée. Ou alors est-ce la durée même de la séance de 45 minutes qui finit par ruiner la position de l’analyste. Ils se décrivent progressivement comme envahis par leurs associations à eux, alors que la séance lacanienne tend au contraire à l’acte acéphale, à un acte accompli par autre chose qu’un sujet de l’inconscient.
« La quantité est certes un problème, on peut essayer d’en faire une montagne, mais c’est dans une pratique, la nôtre, qui n’utilise ni ne favorise le repère du contre-transfert, qu’est la différence cruciale. »
30 janvier 2002
Jouissance du blabla et de la pensée
« Si un débat devait dans l’avenir s’amorcer, se développer, entre lacaniens et ipéistes, il ne pourrait pas éviter de se déplacer de la durée sur ce thème du contre-transfert, et dans des termes tranchés : contretransfert, oui ou non ?
« Ils [les intersubjectivistes] se présentent comme une plaque sensible qui n’aurait pas d’état d’esprit en quelque sorte. C’est assez singulier, et peutêtre un artefact de la durée de la séance. Ces séances prolongées libèrent finalement chez l’analyste toute une activité mentale qui est inhibée chez les lacaniens par la durée plus restreinte de la séance.
« Il y a une jouissance et ils revendiquent la séance comme un espace de jeu. Laisser le patient à la jouissance du blablabla. L’un aura Sodome et l’autre aura Gomorrhe. Le patient aura la jouissance du blabla et l’analyste aura la jouissance de la pensée. »
6 février 2002
Opposition des freudiens et lacaniens
« Cette opposition des lacaniens et des freudiens prend pour critère la durée de la séance. Ce qui distinguerait le psychanalyste lacanien du psychanalyste freudien, ce serait que l’un pratique la séance de durée variable et dans l’ensemble courte, tandis que l’autre pratique la durée fixe et “longue”, entre guillemets — la durée précise étant en fait variable de la demi-heure, des trois quarts d’heure, des cinquante-cinq minutes. « Mais si on substitue au critère de la durée celui du contre-transfert, il en va tout autrement. »
6 mars 2002