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XXXV° JournĂ©es d’Étude de l’ECF

 

XXXV°
JournĂ©es de l’ECF


L’Envers des familles
Le lien familial dans l’expĂ©rience psychanalytique

21 et 22 octobre 2006
Palais des Congrès
Paris

L'envers des familles

Je proposerai que nous prenions comme thème du dĂ©bat, un texte très bref de Lacan, que j’avais vu arriver chez moi sous la forme de deux morceaux de papier de Jenny Aubry, de telle sorte que j’avais cru qu’il s’agissait de deux notes distinctes qu’Ă  sa demande Lacan lui avait remises. Une fois publiĂ© dans son intĂ©gralitĂ©, je me suis aperçu que cela formait un mĂŞme texte, un recto verso, avec très peu de paragraphes, extrĂŞmement efficace, mais tout entier Ă©crit dans la perspective du symptĂ´me, ce qui nous laisse Ă  reconstituer ce que serait la seconde perspective, celle du sinthome.

C’est un texte oĂą Lacan prend pour acquis ce qu’il appelle « l’Ă©chec des utopies communautaires », qui Ă©taient Ă  l’ Ă©poque de chercher Ă  Ă©largir le cercle de famille, Ă  Ă©lever les enfants en commun et Ă  faire exister une entitĂ© collective au-delĂ  du cercle de famille. Il est amusant de constater, tout au contraire, la vitalitĂ© de la conjugalitĂ©, modifiĂ©e d’un rien, modifiĂ©e par l’homosexualitĂ©. On vĂ©rifie que la fonction de la famille conjugale reste dominante et il n’est plus question de l’utopie communautaire.

On peut remarquer la luciditĂ© de Lacan quand il note que la famille conjugale a une fonction de rĂ©sidu dans l’Ă©volution des sociĂ©tĂ©s et que c’est prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle est Ă  l’Ă©tat de rĂ©sidu, Ă  l’Ă©tat d’objet petit a qu’elle se maintiendra. Ce que nous vivons aujourd’hui le confirme. Il interprète cette rĂ©sistance mĂŞme de la famille conjugale par le caractère irrĂ©ductible de la transmission, non pas la transmission d’un savoir, ni la transmission des besoins, mais une transmission constituante pour le sujet. Cela suppose sa relation Ă  un dĂ©sir qui ne soit pas anonyme. Ça, c’est vraiment très fort ! Il y a lĂ  une nĂ©cessitĂ© c’est-Ă -dire quelque chose qui ne cesse pas de s’Ă©crire. Que n’importe qui puisse faire fonction et s’intĂ©resser Ă  n’importe qui, abrase la possibilitĂ© du dĂ©sir. Il faut que le sujet soit ici appelĂ© Ă  la singularitĂ© du « je », de la mĂŞme façon d’ailleurs qu’on ne s’analyse pas avec la psychanalyse, mais avec un ou une psychanalyste. Il ne suffit pas de lire Freud et Lacan pour s’analyser avec. Il faut que cela soit activĂ© d’une façon qui ne soit pas anonyme. Dans ce nouveau dĂ©chiffrage que Lacan propose et du mĂŞme coup permet, il insiste pour que la mère ait un intĂ©rĂŞt particularisĂ© pour l’enfant et que le père soutienne une incarnation de la loi dans le dĂ©sir, c’est-Ă -dire que ce ne soit pas dĂ©sincarnĂ©. Et la grosse erreur avait Ă©tĂ© de considĂ©rer que Lacan, dans la mĂ©taphore paternelle, exaltait la fonction paternelle, dont il avait de longtemps signalĂ© la dĂ©cadence. Il s’agit au contraire, d’une matrice des fonctions freudiennes qui, prĂ©sentĂ©e ainsi, fait dĂ©couvrir qu’il ne s’agit que de semblants.

Dans cette note, Lacan introduit la rĂ©fĂ©rence au symptĂ´me de l’enfant comme reprĂ©sentant une vĂ©ritĂ©. Il y a aussi des notations tout Ă  fait intĂ©ressantes concernant le symptĂ´me somatique de l’enfant et les ressources qu’il offre, qui fait penser Ă  ce qu’on voit malheureusement aujourd’hui du cĂ´tĂ© de certaines familles d’autistes qui dĂ©couvrent une ressource intarissable Ă  tĂ©moigner de la culpabilitĂ©, servir de fĂ©tiche ou incarner un primordial refus, ces trois versions reflĂ©tant me semble-t-il, la nĂ©vrose, la perversion et la psychose.

Autrement dit, je propose que nous adoptions pour les prochaines journĂ©es le thème familial, illustrĂ© par des cas cliniques : Pourquoi pas : « Les phĂ©nomènes familiaux » ? Plus sĂ©rieux : « Le lien familial dans l’expĂ©rience analytique ». Le lien familial est en effet une forme bien particulière du lien social. On pourrait mĂŞme dire que c’est le seul lien qui s’inscrit d’un rapport dont on peut rĂŞver qu’il soit naturel. Enfin, il n’en est pas moins tout Ă  fait dĂ©naturĂ© et comme Lacan le note dans le SĂ©minaire le Sinthome, la nature est un pot pourri de hors nature.

Jacques-Alain Miller

¤ Extrait de l’intervention de Jacques-Alain Miller au xxxives JournĂ©es de l’ECF en novembre 2005, dont le texte a Ă©tĂ© Ă©tabli par Monique Amirault et Dominique Holvoet.

1. J. Lacan : « Note sur l’enfant » Autres Écrits, Seuil, 2001, pages 373-374

2. J. Lacan : Le Séminaire, Le sinthome, livre XXIII, Paris, Seuil, 2005, page 12