Conclusion du rendez-vous de formation du CPCT du 12 mai 2007, « La perspective du symptôme», par Francisco-Hugo Freda
Pourquoi l’amour fait-il du bien ?
Je voudrais essayer de comprendre pourquoi il a pu être dit aujourd’hui que l’amour fait du bien, alors qu’en général il fait souffrir au point même qu’il y a des gens qui préfèrent ne plus jamais tomber amoureux. Ce n’est pas mon cas. Sans l’amour, seriez-vous là aujourd’hui ? Ce n’est pas sûr. Vous seriez tous en train de faire TOC-TOC. Pourquoi l’amour fait-il du bien ? Grâce à l’amour, la psychanalyse existe ; et beaucoup de gens vivent, grâce à l’amour de la psychanalyse. L’amour de transfert, comme le dit Lacan, est un véritable amour. Le problème de l’amour c’est qu’on ne sait pas très bien pourquoi on aime quelqu’un. On aime quelqu’un quand on ne le connaît pas très bien. On aime le psychanalyste parce qu’on le connaît un petit peu. On veut en savoir plus ; on veut savoir comment il jouit. Il est mystère en tant qu’objet d’amour. Ce n’est pas facile d’être constamment objet d’amour. Non pas à cause de la haine qui peut faire irruption, ce n’est pas grave. Ce qui est grave, c’est qu’entre l’amour et le réel, il n’y a pas une distance énorme. Mettre une distance entre amour et réel rend la vie beaucoup plus supportable, c’est ce que nous avons vu aujourd’hui. Ça ne déborde pas trop.
Dans tous les cas qui ont été abordés, la même opération a présidé : une opération de séparation, qui consiste à détacher un signifiant et à le mettre à une autre place en lui donnant une valeur spéciale. La fonction de l’interprétation, c’est la séparation. En séparant, c’est aux parents qu’on fait appel, donc à l’histoire. D’ailleurs, quand ce signifiant est séparé par l’analyste, les patients en font l’histoire, et alors on touche à papa/maman, parce qu’on cherche désespérément la cause première. Cette recherche est soutenue par l’amour. C’est la seule manière, il n’y en a pas d’autre pour le psychanalyste. Tout s’arrête quand l’amour de transfert s’arrête, quand l’analyste devient un quelconque. C’est la disparition du sujet supposé savoir : un « je ne vous aime plus ».
C’est le signifiant qui génère l’amour
Pourquoi l’amour fait-il du bien ? Apparemment c’est en parlant qu’on commence à aimer. Il faut dire au moins quelque chose, et on fait de ce que l’Autre va nous dire un signe d’amour. Donc il doit y avoir un rapport entre le signifiant et l’amour. Les chiens et les chiennes ne vivent pas ensemble. Ils passent leur vie avec leur patron, qui leur parle. C’est en parlant qu’on génère l’amour. Il faut avoir de la patience si on veut provoquer l’amour. Pour être analyste il faut beaucoup de patience, pour savoir jusqu’à quel point le signifiant ordonne l’objet d’amour, le dessine, trace des bords. Pourquoi ? Parce que l’amour n’a pas de nom. C’est sa construction qui le constitue et c’est de cette construction qu’on tire un savoir qui permet de conclure qu’entre amour et réel il n’y a pas de différence.
On met en avant mon désir à l’égard du CPCT. Je n’ai pas de désir pour le CPCT ; je l’aime profondément. Je veille sur lui, même si c’est de loin. C’est le signifiant qui génère l’amour, exclusivement. Si un patient vient nous voir, c’est pour séparer l’amour du symptôme. C’est ce que dit Freud : on le soigne, mais en créant une nouvelle maladie : la névrose de transfert. La psychanalyse est-elle une escroquerie, ou pas ?
L’autre face de la médaille du CPCT, c’est la passe. Pendant la passe ou après, l’amour ne s’adresse pas au savoir, mais au réel.
Il faut faire attention à ne pas susciter trop vite l’amour de transfert pour que le patient ne s’éloigne pas trop de la psychanalyse, pour qu’il trouve un amour nouveau, inédit, qui est l’amour pour la psychanalyse. Voilà la tâche éthique. Il faut savoir aimer la psychanalyse et ce n’est pas en lisant des bouquins qu’on y arrive.
Le symptôme n’est que ça : le signe d’un amour tellement collé à un réel qu’il rend impossible la vie du sujet et ne le laisse pas aimer en paix. Freud a inventé cette machine selon laquelle une analyse bien foutue permet d’aimer et de travailler. Le mouvement conceptuel de Freud tourne autour de ce trou-là .
Mettre en exergue le plus beau du sujet
« Ce que la psychanalyse nous apprend, c’est que le symptôme est curateur » nous a dit Carole Herrmann. J’ai trouvé cette phrase fascinante. Qu’est-ce qu’un curateur ? C’est quelqu’un qui, dans le bordel de l’atelier de l’artiste, va choisir les meilleures pièces pour les ordonner d’une façon agréable à voir. Le symptôme est donc quelque chose qui met de l’ordre, en mettant en exergue le plus beau du sujet. Elle nous a dit aussi que le symptôme « nécessite parfois l’aide d’un analyste pour un meilleur aménagement ». Chapeau. L’aménager autrement sans lui faire perdre sa beauté. C’est un art. Pour qu’il soit consommé de la bonne manière, il faut suivre à la trace les modifications du réel introduites par le signifiant.
Quand on aime le réel qu’il y a dans le symptôme, on se tait ou on intervient comme il faut pour trouver le meilleur aménagement. Voilà ce que fait un analyste.
Francisco-Hugo Freda








