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Samedi 30 septembre 2017

École nationale supérieure d’architecture de Nantes

6 quai F. Mitterrand – 44200 Nantes

Blog: http://forum2017.associationcausefreudienne-vlb.com/

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Renseignements : Solenne Albert>

 

Détails

Date :
30 septembre
Heure :
8 h 00 min - 17 h 00 min
Catégories d’Évènement:
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Étiquettes Évènement :
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Lieu

École nationale supérieure d’architecture de Nantes
6 quai F. Mitterrand
NANTES, 44200
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Efficacité de la psychanalyse à l’ère numérique – Le sujet sous la loi du nombre

Forum organise par l’ACF-VLB et les Sections et Antennes cliniques

Le sujet contemporain est un sujet sous la loi du nombre. Elle le rend anonyme, le réduit à un élément d’une classe, le prive de sa parole et de la responsabilité de son acte. La psychanalyse est alors un recours essentiel en tant qu’elle se soutient de l’efficacité de l’interprétation et de l’acte.

L’émergence du discours de la science, les révolutions industrielles puis la taylorisation et la financiarisation ont non seulement poussé à la recherche systématique de l‘efficacité sur fond de rentabilité, mais ont permis à partir de données chiffrées et mises en série, de rechercher des régularités, de calculer des tendances, bref d’exploiter statistiquement les données numérisées de toutes sortes d’ensembles ou de classes. Cela passe bien sûr par la technologie de calculateurs géants, dont la puissance de calcul croît exponentiellement. La recherche (data mining) et l’accumulation de ces données de toute nature, produisent du big data, lequel pour être exploité suscite la mise au point d’algorithmes complexes. Précisons que ce qui est alors extrait n’est absolument pas du côté du singulier du sujet, mais bien plutôt pur produit de l’individualisme de masse. Citons entre autres les algorithmes d’aide à la décision qui prétendent supplanter l’acte du juge, du médecin, de l’enseignant, barrant le singulier de la rencontre au profit de protocoles valant pour tous. Ainsi le processus numérique, et la possible extension de cette accumulation de données à tous les aspects de la vie de l’individu, aboutissent au calcul massif de l’intime. « La prévalence de l’appareil mathématique, et l’infatuation (…) de la catégorie quantité », annoncées par Lacan[i], se réalisent.

Cette vision statistique de l’humain, où le numérique prétend saisir le vivant, parachève la création d’un homme moyen, normé, un homme sans qualités[ii]. La norme tend alors à se substituer au règne de la Loi. La gouvernance par les nombres se présente ainsi comme la forme ultime du vieux rêve humain de l’harmonie par le calcul[iii].

Mais le règne de la norme ne peut que produire le retour du hors-norme. En effet l’objet a, élément incalculable, et la jouissance non résorbable, introduisent dans le calcul utilitariste du meilleur, une quantité sans loi[iv].

Dans ce règne de l’usage normatif des quantifications[v], il est intimé à la psychanalyse, sous peine d’être rayée des dites « bonnes pratiques », de démontrer son efficacité. Cette folie évaluative, à la recherche de preuves fournies par d’hypothétiques corrélations statistiques, concerne particulièrement le travail en institution. L’efficacité promue par l’idéologie de la santé mentale assigne à la thérapeutique des buts standards : il s’agirait d’abolir le trouble mental, sans l’élever à la dimension du symptôme, afin d’aboutir à l’homme normal, normé. Mais quand l’unique du sujet disparaît sous les items des séries statistiques, risque de disparaître avec lui le respect de la liberté, indissolublement lié à la démocratie. Nous en avons fait l’épreuve récemment.

Face à cette dématérialisation exacerbée, le psychanalyste, par le transfert et les corps en présence, met le désir en acte et en démontre les effets au cas par cas. Cette éthique de l’acte, et de ses conséquences[vi], a une portée politique soulignée par Jacques-Alain Miller : « La façon dont on pourra se servir de la série statistique dépend de l’acte, c’est un rapport politique. »[vii]

Il s’agit de « favoriser toutes les initiatives locales, tout ce qui lutte contre l’uniformité ». Miller qualifie cet effort subversif de « stratégie du bocage, ou stratégie vendéenne ».[viii] Gageons que ce forum nous permettra d’élaborer, en de multiples et vives déclinaisons, une stratégie nantaise .
Martine Coussot

 

[i] LACAN J., « Radiophonie », Autres Écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 437.
[ii]MILLER J.-A., « L’ère de l’homme sans qualités », La Cause freudienne, n°57, juin 2004, p. 73-97.
[iii] SUPIOT A., La gouvernance par les nombres, Cours au Collège de France (2012-2014), Paris, Fayard, 2015.
[iv] CHATENAY G., LAURENT É., MILLER J.-A., « Le calcul du meilleur : alerte au tsunami numérique. Entretien réalisé par Yann Moulier-Boutang et Olivier Surel », Multitudes, 2/2005 (n° 21), p. 195-209.
[v] SUPIOT A., op.cit., p. 119.
[vi] MILLER J.-A., « L’acte entre intention et conséquences », La Cause freudienne, n°42, mai 1999, p. 4-11.
[vii] MILLER J.-A., « Lacan et la politique, entretien avec Jacques-Alain Miller », Cités, n°16, 2003, p. 105-123.
[viii]in « Le calcul du meilleur…. », op. cit.