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Les mardis à 21h15

1 rue Huysmans, Paris 6em.

Entrée libre.

Les mardis 6 décembre 2016, 3 janvier, 21 février, 14 mars, 18 avril, 16 mai et 13 juin 2017.

Détails

Date :
16 mai
Heure:
21 h 15 min - 23 h 30 min
Event Categories:
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Mots-clefs de l'événement :
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le Séminaire IV : névroses, psychoses et perversions. La pragmatique de Lacan

Pierre-Gilles Guéguen

Les mardis

Des générations de praticiens ont étudié le Lacan classique qui enseignait la suprématie à accorder au registre symbolique pour dissoudre les formations imaginaires où il situait l’origine des symptômes. Cette clinique était avant tout une clinique de la significantisation, c’est-à-dire une clinique rapportée au Nom-du-Père. Lacan l’inventait en s’appuyant sur le structuralisme de Lévi-Strauss et celui de Jakobson. Ainsi s’est constitué le Lacan « classique » à partir du rapport de Rome (1953). En 1998 une catégorie nouvelle celle de « la psychose ordinaire » – signifiant inventé par J.-A. Miller – s’imposait sous la pression de la clinique pragmatique. Elle désigne le défaut du point de capiton tel que Lacan l’avait décrit à la fin du Séminaire III comme « le Nom-du-Père » et qui fonctionnait comme un binaire présence/absence. Ainsi une clinique du continu s’est-elle de plus en plus généralisée, dans les faits. Névrose, psychose et perversion ne sont plus si souvent reconnaissables que sans doute ils l’étaient par le passé. C’est pourquoi sans doute, après le Séminaire Encore, Lacan s’est défait de ses attaches strictement structuralistes, guidé encore une fois par sa pratique, ce qui devient de plus en plus évident à partir du Séminaire XVII et de « Radiophonie ».

Ceci nous engage paradoxalement, durant cette année, à faire un retour au Séminaire IV intitulé La relation d’objet. Il s’agit d’un moment très important de l’enseignement de Lacan où il cesse de se consacrer au commentaire systématique de Freud pour entrer dans une zone qui est encore un territoire vierge,  malgré les efforts de quelques post-freudiens tels Winnicott et Balint. Mais par ailleurs c’est aussi le moment où dans l’IPA le courant de la relation d’objet se fige, avec Bouvet notamment, et où le dogmatisme de l’Ego psychology envahit la psychanalyse. Une sorte de scholastique s’institue qui a poussé Lacan à la scission d’avec la Société Psychanalytique de Paris et à la création de la Société Française de Psychanalyse et de sa revue La Psychanalyse.

Pourquoi  avoir choisi d’étudier ce moment de Lacan ? Précisément parce qu’il est riche d’inventions et d’approches qui ne sont pas encore « encadrées » par l’entrée de Lacan dans le structuralisme :

– ni concernant le rôle de l’image dans la formation du narcissisme (et nous avons affaire de nouveau dans la clinique contemporaine à un renouveau des pathologies nécessitant un « raboutage » de l’imaginaire) ;

– ni concernant le choix d’objet (ainsi dans une de ses introductions à ce Séminaire, Jacques-Alain Miller, met-il en série le cas de Hans avec ceux de Gide ou encore de Léonard de Vinci), ce qui correspond à notre époque à une sexualité moins « genrée » comme disent les spécialistes de l’approche sociologique de ces questions. Ceci nous permettra de suivre Lacan dans son interrogation sur la sortie du complexe d’Œdipe et dans son au-delà.

Enfin nous pourrons, par exemple, le suivre dans les questions si contemporaines concernant la famille (comme celle de la place de l’enfant, et surtout sa « fonction de solution » par rapport à la position féminine de l’être) : première rupture après les post-freudiens entre mère et femme, chronique de la famille concrète et premiers pas vers la « pathologie », aujourd’hui si fréquente, de la déconstruction du mythe familial.

J.-A. Miller encore, dans son introduction à ce Séminaire insiste sur le fait qu’il s’agit dans tous les cas d’une clinique du « manque d’objet » et qu’elle nous réinterroge à l’heure ou nous croyons avoir « intégré » ce qui sera central dans le Séminaire XX : qu’après toutes les élaborations aussi détaillées qu’insistantes des Séminaires précédents, Lacan en vient à conclure que son objet a n’est finalement pas réel au sens qu’il donne à ce terme dans les années 70, mais n’est qu’un semblant. À divers titres, le Séminaire IV, qui navigue entre névrose psychose et perversion, est déjà un Séminaire sur la Jouissance, et ceci avant que Lacan en ait inventé le concept.

Pierre-Gilles Guéguen

1 – Lacan J., Le Séminaire, Livre IV, La relation d’objet, Texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1994.

 

 

1 – On line sur le site de l’AMP.