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Fatiha Belghomari : comme la réplique d’un tremblement de terre

Fatiha Belghomari : comme la réplique d’un tremblement de terre

Je le revois encore s’éloigner devant moi, avec sa gabardine noire, son chapeau qui lui donnait un air d’Al Capone, le dos un peu vouté et son petit cartable en cuir ciré.

Comme deux jours avant, nous venions de passer une heure à échanger –  lui avec son Perrier très frais et moi, sirotant mon chocolat brûlant. Cette fois-ci, il m’avait attendu, le nez plongé dans son petit carnet, sous lequel un certain nombre de morceaux de papier indiquait qu’il n’avait pas perdu son temps. Peut-être avait-il eu l’idée d’un article, d’une lecture qui a surgi entre deux mots et mille pensées qui fleurissaient. Je lui avais demandé un contrôle. Je revois alors son visage s’animer et son corps se redresser : il notait, raturait, m’écoutait, me questionnait, notait encore, commentait, re-notait, me re-questionnait tandis que je peinais à attraper ce qui, du cas, faisait butée pour moi. Et puis, dans un élan lyrique et généreux, il donnait son avis, des pistes de travail, une référence et, au-delà de ma construction in progress, il se saisissait du cas, s’inquiétait pour le patient et me demandait toujours quand j’allais le revoir.

J’ai réglé la séance et nous avons continué à bavarder. Cette fois-ci, et comme depuis 1994, nous parlions comme deux amis qui se retrouvaient de temps en temps. C’était deux jours avant les Journées. Il n’aurait pas le temps de me voir car il y viendrait seulement pour y lire son texte et repartirait rapidement.

Après avoir réglé les boissons, il me donnait rendez-vous pour le début de la semaine suivante, déterminé à me revoir avant mon départ mais le réel n’a pas attendu de le faucher à la vie comme la réplique d’un tremblement de terre.