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La Cause du Désir n°94

La Cause du Désir n°94

Revue de l’École de la Cause freudienne, novembre 2016

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16,00 € 

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SOMMAIRE
Éditorial

« Je ne suis appréhendable que dans mes cachotteries », Marie-Hélène Brousse

 Archives Lacan
De la structure comme immixtion d’une altérité préalable à un sujet quelconque,
d’après Jacques Lacan

 L’objet caché : une liste
L’image
L’image reine, Jacques-Alain Miller
Sur l’écran de nos fantasmes
Que reste-t-il de nos fantasmes ?, Christiane Alberti
Photographie
Objet, y es-tu ?, Philip Metz

 Une liste
Oral
Le sein lacanien, Clotilde Leguil
Anal
Une sortie de K, Sergio Caretto
Voix
Le réel du son, entretien avec Donatienne Michel Dansac
Sexué : phallus ou pas phallus ?
L’objet caché des femmes, Marie-Hélène Brousse
Annie Ernaux : la féminité comme transfuge, Virginie Leblanc
Enfant
L’objet Alice : De Lewis Carroll à Balthus, Ana-Maria Muñoz-Shiver
Exposé ou voilé
Itinéraire d’un objet coupé, Laurent Goumarre
D’amour
Barbey d’Aurevilly avec Lacan ou Don Juan au Second Empire, Hervé Castanet
Mais aussi…
Algorithmé
Les algorithmes du désir : que fait la raison numérique de nos traces ?, Jérôme Thomas
Toxique
Freud et l’objet hors norme, Laura Sokolowsky,

 Rencontres
Les objets de l’art, conversation avec Gérard Wajcman
Les objets durent plus longtemps que les gens, Philippe Katherine

La psychanalyse au xxie siècle
L’objet jouissance, Jacques-Alain Miller

 Restes – La trajectoire des objets
Cachés dans une analyse
Une anorexie quant à la parole, Caroline Doucet ; Le secret des avions, Fabian Fajnwaks ; Vu-e !, Hélène Guilbaud ; Être son objet, Jérôme Lecaux
Trouvés à Rio
Le risque d’une invention, Luiz Fernando Carrigo Da Cunha ; Faire du sinthome un escabeau, Ram Avraham Mandil ; Mon bestiaire, Debora Rabinovich ; Le parlêtre au-delà du binaire homme-femme, Jesus Santiago

Vers Barcelone 2018
Habeas corpus, Jacques-Alain Miller ; La substance jouissante, Miquel Bassols ; Aggiornamento, Guy Briole

La Cause Du Désir
est
l’objet caché

Des 46èmes journées de l’Ecole de la Cause Freudienne, vous y trouverez tout ce que vous voulez savoir sur l’objet et l’image en psychanalyse, et la conférence de Jacques Lacan Baltimore, éditée par Jacques-Alain Miller.

« Je ne suis appréhendable que dans mes cachoteries « (1)

Ce numéro de La Cause du désir a été orienté par le titre des 46es Journées d’étude de l’École de la Cause freudienne, « L’objet regard ». Ce thème a mobilisé toute une communauté de travail durant six mois. Il s’agissait pour la revue non de traiter le sujet en anticipant les avancées qui se produiront lors des Journées, mais d’en accompagner les recherches. Nous avons donc choisi de traiter la question de l’objet en psychanalyse.

L’objet, un mot du langage courant, une réalité quotidienne, un environnement nécessaire ou futile. Mais aussi, bien sûr, un terme du vocabulaire psychanalytique depuis Freud, que Lacan élève à l’invention, son invention en psychanalyse, selon ses propres mots, sous le terme formalisé de l’objet a. Il distingue en effet la multiplicité des objets désirés par le sujet de l’objet a qui cause tout désir chez un sujet. Cet objet est une des deux composantes du fantasme.

Jeune analyste en formation, j’avais rédigé et présenté un cas de ma pratique. Suite à l’exposé, mon contrôleur vint échanger quelques mots avec moi. Il eut cette phrase : « Ça manque d’objet. » Parlait-il de l’analysant ou de l’analyste ? Des deux sans doute. Je n’ai jamais oublié cette phrase. Elle constitue depuis lors un des principes fondamentaux de mon écoute.

En psychanalyse, on parle plus classiquement, Freud le premier, mais Lacan aussi bien, d’objet « perdu ». Alors pourquoi intituler ce numéro « L’objet caché » ? Parce qu’à être perdu, l’objet n’en disparaît pas pour autant. Il se métamorphose. Dans son cours « Les divins détails », que nous publions dans la rubrique « La psychanalyse au xxie siècle », Jacques-Alain Miller le suit pas à pas. C’est d’ailleurs là que nous avons trouvé cet objet caché !

L’objet, une fois perdu ou extrait, devient l’objet caché. Caché, à la façon dont l’est la lettre compromettante dans le récit d’Edgar Poe tel que Lacan le lit dans le texte d’ouverture des Écrits : en pleine lumière, cachée d’être simplement retournée. Bien visible donc. C’est pourquoi le dossier « Objet caché » ouvre par des investigations sur l’image et tout d’abord une conférence de J.-A. Miller donnée et publiée au Brésil, jusque-là inaccessible en français : « L’image reine ». Thierry Jacquemin en a fait la trouvaille et a pris l’initiative de la traduire pour la revue. À ce texte font suite l’article de Christiane Alberti, qui met l’écran du fantasme à l’heure de l’époque, et celui de Philippe Metz, à qui nous devons les deux images de couverture.

Et pourtant caché. Relisons ce passage du Séminaire x : « Dans le champ de l’appartenance, il y a deux sortes d’objets – ceux qui peuvent se partager et ceux qui ne le peuvent pas. Ceux qui ne le peuvent pas, je les vois quand même courir dans ce domaine du partage avec les autres objets. »(2) Oui, ils sont cachés parmi les objets cotables, devenus multitude dès lors que le marché, allié à la science et à la technique, nous ensevelit sous les lathouses. Des algorithmes tentent de les découvrir en mettant en série nos divers achats d’objets sur Internet. Les algorithmes détecteurs d’objets a ? Moins efficaces dans cette fonction que l’angoisse, le dégoût, l’horreur ou le ravissement.

Cachés et non partageables, quels sont-ils ? Ils constituent moins un catalogue qu’une liste jamais exhaustive, puisque tout objet commun en cache, momentanément, un autre. Ils font plutôt champ, un champ de force, de haute tension. Des collègues ont bien voulu en choisir un qui retenait particulièrement leur attention et une liste s’est constituée de ces rencontres. De cette liste surgit un savoir nouveau.

Mais on identifie aussi ces objets à leurs traces. Ces trajectoires des objets a, vous les trouverez dans les témoignages des Analystes de l’École comme dans les cas cliniques.

Il fallait cependant le savoir d’un poète pour parler de l’objet, selon une autre modalité. lcd est allée en rencontrer un. Il écrit des chansons, sa langue est, comme le dit Lacan, la langue que parlent les gens. Il la porte à la formule ou à l’épure. Le dernier album de Philippe Katerine, intitulé Le Film, nous a décidé à aller à sa rencontre. Une des chansons s’intitule en effet Les objets. Comme tout artiste, il nous précède dans le champ du savoir inconscient. Comme poète, son rapport à la langue est du côté de l’énonciation. Exemple : « Les objets durent plus longtemps que les gens [proposition universelle affirmative], pas toujours évidemment, pas la boite d’allumettes, pas la cigarette. » Décomplétude de l’ensemble. Jamais les objets ne constitueront un ensemble universel. L’objet est donc en affinité avec le féminin.

La fin, puis le début de ce numéro, maintenant. À Rio, en avril de cette année, l’envoi vers le prochain congrès de l’amp à Barcelone en 2018. À Baltimore, Lacan, en octobre 1966, prononça un exposé en anglais. J.-A. Miller, pour la rubrique « Archives Lacan », a bien voulu en établir le texte à partir d’une nouvelle traduction en français réalisée par les soins de la revue. Un objet a été perdu à Baltimore ! Mais le texte, ainsi établi « d’après Lacan », nous éclaire sur le lien du sujet à l’objet. Jugez-en : « Où est le sujet ? Il est nécessaire de poser le sujet comme un objet perdu. Plus précisément, cet objet perdu est le support du sujet, et souvent c’est quelque chose de bien plus abject qu’il ne vous plairait à considérer. » L’objet est le support du sujet, c’est sa première métamorphose. Ainsi transformé, il se cache dans le déploiement de la parole analysante, circule dans la chaîne des signifiants, dont la matérialité constitue, à proprement parler et en jouant sur l’équivoque, l’objet de la psychanalyse.

En guise de conclusion, une nouveauté et un cadeau. L’équipe de rédaction qui a assuré dix numéros de La Cause du désir permute et vous dit au revoir. Ce fut pour nous tous une aventure et un enseignement. Elle remercie les deux présidentes de l’ecf, Patricia Bosquin-Caroz et Christiane Alberti, pour leur soutien sans faille, et J.-A. Miller, pour ses conseils et sa générosité. Nous terminons par l’entrée de La Cause du désir dans l’ère du numérique et un cadeau à tous nos lecteurs abonnés ! Ils vont désormais, dès ce numéro 94, recevoir la version digitale de la revue, en plus de la revue papier.

Et maintenant, place à la nouvelle équipe, dirigée par Aurélie Pfauwadel, à laquelle nous passons le relai. Nous sommes impatients de lire leur version de la cause du désir…

Marie-Hélène Brousse.
(1) Lacan J., Le Séminaire, livre xix, … ou pire, Paris, Seuil, 2011, p. 116.
(2)Lacan J., Le Séminaire, livre x, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 107.