La lettre en ligne n° 48
Les échos du congrès de Buenos Aires et du souffle impulsé par la conférence de Jacques -Alain Miller qui a succédé nous parviennent portés par nos collègues Christiane Alberti, "Vers Paris" et Catherine Lazarus-Matet, "Jacques-Alain Miller au Teatro Coliseo" .Ce fût, de l'avis de tous, des moments intenses pour la psychanalyse, elle faisait entendre là, la réponse en acte à la dissolution actuelle des autres discours. Cet élan continue de nous faire penser, parler, tisser la toile d'un réel actif résistant aux tentatives de son effacement. Ecoutons donc ces échos.
Francesca Biagi-Chai
Le VIème Congrès de l’Association Mondiale de psychanalyse vient tout juste de s’achever. Voici déjà plus d’un an, Ricardo Seldes, qui a présidé l’organisation de cet intense rendez-vous pour la communauté psychanalytique d’orientation lacanienne, avait promis à ses participants un congrès logé au cœur d’une Buenos Aires mystérieuse, celle du monde insolite du tango « qui réveille les sensations d’angoisse, de solitude, ….gris paysages d’automne, voiles d’endroits lointains, vapeurs d’alcool, …immobilité dans la pénombre ». Il ne savait pas alors que c’est depuis les brumes d'un balcon porténo, au cœur d’une Buenos Aires nimbée de fumée (humo), que nous serions conviés à examiner les objets a dans l’expérience analytique. La fumée dans notre champ n’est pas sans évoquer ce dire de Lacan, dans son Séminaire Encore, qu’elle est toujours par essence le signe du fumeur. Elle est le signe moins de quelque chose que d’un sujet, signe susceptible de provoquer le désir.
L’organisation du Congrès aussi précise que discrète, peuplée d’attentions délicates, était assurément porteuse d’un désir, propice à l’affectio societatis que nos collègues et amis argentins ont suscité tout le congrès durant, de par leur accueil si attentif, et ce notamment, dés le cocktail d'ouverture, au cours de soirées amicales ou lors de la fête de clôture si joyeuse.
C’est en s’orientant du désir de l’analyste, ce désir si particulier, qualifié par Lacan de « désir plus fort » qu’il s’est agi de considérer la pratique contemporaine de la psychanalyse, au lieu d’une civilisation où l’inexistence de l’Autre se fait toujours plus présente et se répercute très concrètement sur la pratique des psychanalystes. La responsabilité qui leur revient dans le monde actuel, ce monde dématérialisé, sans réel, où la vie est donnée comme un songe, bref, un monde sans objet a, a tout particulièrement avivé les débats. Résolument moderne, l’organisation du congrès s’est trouvée en phase avec cette expérience même : un dispositif de conversation, qui ne sépare pas la tribune de l’auditoire et rend d’autant plus présente la rencontre des corps, via les images capturées par la technique, via les impromptus chorégraphiques.
A explorer les contours de l’objet a, dans la passe (procédure qui authentifie le trajet d’une cure ayant produit un analyste), dans la pragmatique de la cure, et aussi bien dans l’expérience inédite des Centre de consultations et de traitements à durée limitée (CPCT), est apparue de façon plus visible sa nature de semblant. C'est à Rome (hommage au lieu où se tenait le Congrés en 2006) qu'ont pâli les feux du Nom du Père (première partie de l’enseignement de Lacan), que se sont estompés les mirages de la vérité, les moires du sens, pour ouvrir la voie à un objet, reste du symbolique (deuxième partie de l’enseignement de Lacan), reste du déchiffrage de l’inconscient. C’est sur la terre argentine, spécialement porteuse des résonances de l’objet kleinien, que sa fonction trop signifiante (pour désigner le non sens de la jouissance) a été rendue visible. Dés lors, un autre médium, un autre concept s’est avéré nécessaire dans le rapport au réel : le sinthome, autrement dit le symptôme définitivement affranchi de ses adhérences au discours médical et rendu à ce qu’il est, soit un évènement de corps, lieu d’une jouissance opaque que le père ne suffit pas à résorber. La pragmatique de la cure admet comme visée moins l’atteinte d’une vérité que l’obtention d’une satisfaction qui convienne. On doit à Jacques-Alain Miller, dans sa présentation du thème du prochain congrès de l’AMP, d’avoir inséré ce trajet de Rome vers Paris, via Buenos Aires, dans une logique qui l’interprète ainsi et dessine un programme de travail pour les deux années à venir sur la thématique des semblants et du symptôme.
A considérer l’intérêt constant qu’elle a suscité, l’assemblée générale de l'AMP s’est révélée particulièrement en phase avec le congrés lui-même. Les questions traitées, comme vidées de leur contenu purement institutionnel, ont fait place à la politique de la psychanalyse, dans un lien toujours plus étroit à la clinique et au réel qui l’oriente. Qu’il s’agisse des rapports des présidents des Ecoles, qu’il s’agisse tout spécialement, last but not least, des interventions du délégué général de l’AMP, Eric Laurent, tant dans le rapport de son mandat que dans son discours de candidature aux fonctions de délégué général. Son élection renouvelée annonce une action lacanienne engagée dans la politique du symptôme et les usages des semblants.
28 avril, 2008
Christiane Alberti
Le Teatro Coliseo de Buenos Aires fut, le samedi 26 avril 2008, le lieu d’un one man show inoubliable, d’un moment exceptionnel pour la psychanalyse. Situé au 1125 de Marcelo T. de Alvear, il fut inauguré en 1905 par un spectacle de cirque très prisé. On put y admirer le célèbre clown Frank Brown, « le roi des clowns » qui s’y produisit souvent, lequel était aimé des grands et des petits, et apprécié des intellectuels, pour la qualité de ses textes, son érudition et son humour délicat. Puis le Teatro Coliseo devint un théâtre lyrique d’où fut diffusé à la radio en 1920, pour la première fois dans le monde, un opéra complet. Clown, transmission…tout se prêtait donc à accueillir un psychanalyste, surtout à Buenos Aires ! Le Congrès s’était terminé la veille, et la chaleureuse ambiance de la ville, des rencontres de travail et de l’accueil de nos amis argentins ne donnait pas envie de se séparer. Nous savions que cette journée nous réunirait encore une fois pour une conférence de Jacques-Alain Miller, à 13h30. Nous avions réservé nos places et nous y rendions d’un pas nonchalant. Arrivant à la hauteur du théâtre, nous fûmes surpris de voir une très longue file d’attente où nous avons d’abord cherché en vain des visages connus, pensant qu’un événement musical, peut-être la venue d’un artiste en vogue, devait être la raison de cette foule de jeunes gens. Mais la présence de collègues argentins au début de cette file nous fit comprendre qui était la vedette et aussi que nous serions nombreux. En effet, le théâtre offre 1700 places qui furent toutes occupées. Jacques-Alain Miller, avec, à ses côtés Ricardo Seldes, déroula en espagnol le fil de son propos, à partir du titre de sa conférence, « Conferencia de Jacques-Alain Miller », fruit d’un blanc survenu alors que les organisateurs lui demandaient un titre, jusqu’à sa ponctuation finale comme « symptôme de Lacan ». Quelques lignes d’ambiance – on a écouté gravement, on a ri, on n’a pas vu le temps passer- ne suffiront pas à résumer près de quatre heures passionnantes dont une partie fut consacrée à des réponses aux questions de la salle. Nous sommes sortis légers, joyeux, sérieux.
Catherine Lazarus-Matet
"Quelques préliminaires au rapport sexuel du XXIème siècle"
Le fait est qu'il y a des rapports sexuels. Mais il n'y a pas Le rapport sexuel. C'est pourquoi les rapports relèvent de la contingence, de la singularité et de l'invention, comme l'a indiqué Jacques-Alain Miller dans sa présentation des Journées.
Irons-nous ce soir au-delà des préliminaires ? Je ne sais. Mais ce ne sera pas sans être passés par l'un ou l'autre d'entre eux.
En avril, le cours de Jacques-Alain Miller aura lieu les :
les 14, 21 et 28 mai.
Le cours se tient au CNAM, 292, rue Saint Martin, 75003 Paris, de 13h30 à 15h30.
« La névrose hystérique, hier et aujourd’hui »
- Conférence animée par Marie-Hélène Brousse
L’homme Léonard, un souvenir, une vie
- Séminaire animé par Nathalie Georges-Lambrichs
Ce troisième lundi de mai, nous avons invité François Leguil qui interviendra sur le thème suivant: Le Léonard de Freud devant la critique d'art.
« Etude du texte de Jacques Lacan : Variantes de la cure-type »
- Étude animée par Yves-Claude Stavy
Pour notre RDV de mai, nous aurons le plaisir d’accueillir notre ami Hervé Castanet, Directeur scientifique des prochaines Journées de l’Ecole qui se dérouleront en octobre 2008.
Avec Hervé Castanet, nous aborderons la fin du chapitre III (pages 341-349), de Variantes de la cure type ; - chapitre intitulé : Du Moi dans l’analyse et de sa fin chez l’analyste. Deux références majeures de Lacan, retiendront notre attention : celle, accordée à Reich et son ‘analyse du caractère’, (- Lacan n’hésitant pas à consacrer trois pages entières à cet auteur au sujet duquel il précise que « personne n’a jamais su bien formuler en quoi Reich avait tort » E 341-) ; et celle, accordée à Balint.
Le CPCT-Chabrol invite les CPCT : Particularités du transfert et de l’interprétation dans la pratique du CPCT
Invités : Hilario Cid Vivas du CPCT Malaga et Pierre-Régis Forestier du CPCT Lyon
Hilario Cid Vivas s’appuiera sur les travaux du CIEN et sur l’expérience des Conversations cliniques au sein de l’AMP, pour montrer comment le Cpct-Málaga a inauguré un Projet expérimental, le Cpct- Conversation, et comment cette expérience a pour objectif d’aborder par le discours psychanalytique deux champs qui questionnent tous les discours, et même contemporains : ceux de l’éducation et de l’immigration.
Pierre-Régis Forestier : Un jeune homme de 23 ans s'est présenté adressé par l'ANPE "parce qu'il bloquait sur ses démarches de recherche d'emploi". Il se dit dépressif, et fera rapidement l'aveu d'une addiction au cannabis quotidienne et sans cesse croissante. Il eut une formulation très particulière reliée à la rechute d' une maladie grave apparue dans l'enfance pour laquelle le traitement avait permis une rémission d'une dizaine d'années : "sa capacité à vivre à l'horizontale". Il s’agira de démontrer comment l’intervention de l’analyste a pu avoir valeur d'interprétation par la simple extraction d'un des dits du sujet touchant à sa modalité de sa jouissance, et comment elle a pu servir de point d'appui au passage au traitement.
L'objet a et les suites du Congrès mondial de Buenos-Aires.
Interviendront le Mardi 27 Mai Lilia Mahjoub et Philippe La Sagna.
Bernard Seynhaeve, nouvel AE et Rose-Paule Vinciguerra animeront cette soirée.
Imprimé sur le site de l'Ecole de la Cause freudienne: http://www.causefreudienne.net
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