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La passe à l'ECF

On entend partout citer la formule de Lacan : « L’analyste ne s’autorise que de lui-même ». C’est une phrase souvent mal comprise, ou comprise dans le sens : « n’importe qui peut se dire analyste sans en référer à quiconque ». Il s’agit d’un mésusage d’une formule dont la signification est toute autre. Elle signale au contraire que, dans sa pratique, l’analyste n’a pas d’autre choix que d’assumer la pleine responsabilité de son acte.

On oublie aussi que Lacan, loin d’encourager une pratique anarchique de la psychanalyse, dès qu’il a fondé sa propre Ecole, après sa rupture avec l’Association psychanalytique internationale (IPA), s’est rapidement préoccupé de mettre en place des dispositifs innovants afin d’assurer le contrôle de la formation des analystes que cette Ecole admettait comme membres.

L’un de ces dispositifs a pour nom « La passe ». Il présente l’originalité d’être une épreuve visant à la fois la recherche sur le déroulement et surtout la fin des analyses – c’est en effet un point crucial de la théorie et de la pragmatique analytique – et la communication au public le plus large – dans les congrès mais aussi dans les publications écrites – des résultats d’analyses qui ont obtenu l’assentiment de l’Ecole.

 

Un jury dont la composition permute, est en effet mis à la disposition des analysants qui souhaitent faire valoir le point où leur analyse les a menés dans sa phase ultime.

Ce jury décide si le candidat à la passe a su ou non apporter du nouveau sur la fin de l’analyse et si le témoignage a pu convaincre que l’analysant avait atteint le point où il pouvait porter ce savoir au public et ainsi représenter l’état de la recherche dans l’Ecole, en rendant compte de la logique et de l’issue d’années d’analyse intensive qui sont quelquefois très nombreuses.

Le candidat devra ensuite, pendant trois années durant lesquelles il portera le titre d’Analyste de l’Ecole (AE), prendre la parole pour transmettre les points les plus aigus de sa propre expérience de la psychanalyse.

Pour éviter de reproduire les défauts des procédures de sélection qu’il avait connues dans l’IPA, Lacan a raffiné le dispositif de « passe » :

— Les candidats à la passe n’ont jamais directement affaire au jury. C’est par l’intermédiaire de collègues, désignés par des analystes membres de l’Ecole (AME) et considérés comme suffisamment avancés dans leur propre analyse, que leur témoignage est transmis au jury. Les passeurs, c’est ainsi qu’on les appelle, retransmettent devant le jury les points essentiels que le candidat à la passe leur a confiés. Ce raffinement du dispositif évite les effets de prestige d’un candidat qui pourraient faire tourner le témoignage à la plaidoirie. En outre l’exigence de deux passeurs qui entendent le candidat séparément mais se présentent ensemble devant le jury constitue une assurance que le passeur ne s’est pas laissé fasciner par la personne du candidat ou par ses propres préjugés.

— Le jury lui même, dont la composition est complexe, comprend d’anciens AE, des analystes membres de l’Ecole et d’anciens passeurs, ce qui assure une diversité de représentations et permet d’éviter les effets de clans ou de mutualisme qui existent dans tous les groupes (y compris dans les groupes analytiques qui pourtant, plus que d’autres, devraient en être débarrassés).

 

Cette présentation rapide est destinée à qui s’intéresse au dispositif sans en être familier. Les revues La Cause du désir et Quarto publient de nombreux témoignages de candidats qui ont été nommés AE et de fréquents articles sur le fonctionnement de la passe on pourra s’y reporter pour savoir ce qu’est une analyse aujourd’hui dans l’Ecole de la Cause freudienne. On pourra également entendre in vivo les AE en exercice rendre compte de leur expérience de l’analyse dans les divers congrès de l’Ecole, et lors des soirées d’enseignement sur la passe.

 

Secrétaire de la Commission de la passe 2016-2017 : Anne Lysy