Nathalie Jaudel pour la LEL : Sans tenir compte des négociations en cours entre les diverses associations professionnelles et le Ministre de la Santé, Xavier Bertrand, sur le projet de décret d’application de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 visant à encadrer l’usage du titre de psychothérapeute, l’Assemblée Nationale a brusquement voté le 11 janvier un amendement prévoyant notamment que la formation des psychothérapeutes devrait, de façon obligatoire, relever de l’université. Que s’est-il passé ?
Jacques-Alain Miller : Il s’est passé que M. Accoyer n’a pas apprécié le projet de décret d’application mis au point par le ministre de la Santé avant Noël, et qui partait au Conseil d’Etat. Fort de sa position de chef de la majorité UMP à l’Assemblée, il a fait voter par surprise 2 amendements. Il rêve que seule l’Université stricto sensu puisse former à la psychopathologie obligatoire prévue par sa loi, et il voudrait que les commissions régionales provisoires d’habilitation soit réservée aux médecins et psychologues. M. Accoyer s’est vu appuyer par les psychologues, syndicalistes et universitaires, ainsi que par l’inévitable Melman.
NJ : Quelle est la position du Sénat ? Que va-t-il se produire maintenant ?
JAM : La commission des affaires sociales du Sénat s’est prononcée à l’unanimité pour la suppression des amendements Accoyer. Le Sénat a voté dans ce sens-là le 24 janvier. Il va y avoir concertation entre députés et sénateurs. Enfin, l’Assemblée aura le dernier mot. Si M. Accoyer conserve son ascendant sur ses troupes, il gagnera. Mais ce sera de peu de conséquence. On n’arrête pas un mouvement de société avec une loi.
NJ : En quoi les psychanalystes sont-ils concernés par ces dispositions ?
JAM : Tout ce dont les psychothérapeutes ont à souffrir aujourd’hui, les analystes pourraient bien avoir à le subir à leur tour dans quelque temps. Déjà, les syndicalistes de la psychologie se sentent pousser des ailes, sur le thème: “la psychologie, on sait ce que c’est; la psychanalyse, non ; on ne doit rien à personne, et surtout pas à Lacan ; etc. » Il faudra leur rabattre le caquet.
Paris, le samedi 27 janvier 2007








