Éditorial
La ligne de la lettre
Le Séminaire XVIII dont nous annoncions la parution dans la précédente Lettre en ligne est maintenant disponible. Lacan, à la page 114, évoque « ce que notre époque accuse d’un débridement du lien antique dont se contient la pollution dans la culture. » La pollution aujourd’hui est partout ; on la croyait accessoire elle devient essentielle. Dans le petit opuscule intitulé Mon enseignement, en 1967, Lacan écrivait déjà l’équation culture= égout. Cette équation souligne le fait que tout communique avec tout, grâce à la culture et aussi grâce à ce qui commençait à l’époque à s’appeler « société de consommation », sous la plume de Baudrillard.
Ce qui est au centre de ce séminaire de Lacan est la lettre en tant qu’elle ne fait pas communiquer le savoir et la jouissance du corps mais dessine entre eux un bord, un littoral qui n’est pas une frontière. A lire ce séminaire on hésite sur la lettre dont il est ici question. Est-ce celle qui fait les Lettres, celle qui fait l’écriture, la lettre volée, la lettre a, la petite lettre des formules de la science ou de la logique, le litter de James Joyce ? Le symbole réunit, voire met ensemble. La lettre, qui est un peu de chacune de ces lettres-là, sépare sans opposer savoir et jouissance. Avec elle le réel de la jouissance se maintient à travers la couche épaisse de la culture et celle de la révolte consommée, révolte qui est réduite aujourd’hui à un élément consommable. C’est sans doute pour cela qu’il existe encore des livres, des journaux, des romans, des logiciens et des poètes… Pour ne pas que le réel s’efface. C’est sans doute aussi parce que Freud écrivait que la psychanalyse ne saurait disparaître. Son Léonard nous le montre. Grâce à ces hommes s’impriment parfois des phrases qui font trou dans la compacité opaque du savoir qui nous entoure et nous tient chaud, endormis et protégés.
Le savoir du siècle n’est pas toujours fait pour être su, ce qui était le souci du siècle précédent, mais pour nous envelopper, nous éviter les chocs, nous séparer parfois du réel. Aujourd’hui la bureaucratie qui gère aveuglément les effets du savoir souhaite que le savoir nous déplace sans qu’on n’en sache rien C’est là le sens des campagnes d’opinion. Il n’est pas nécessaire d’inventer pour cela des images subliminales destinées à embrouiller les sujets. Plus la chose est visible, plus on la montre, moins on la voit, mieux on la cache. Par exemple, la santé est devenue un consommable, le meilleur. Chacun pourra directement en avoir plus en suivant les campagnes publicitaires ou les campagnes hygiénistes. La différence entre publicité et hygiénisme est de plus en plus invisible. Par contre, dans le même temps, le fait d’être reconnu malade avec la protection sociale et légale que cela suppose est de plus en plus contesté par le pouvoir politique.
C’est là, dans cette équivoque du cacher et du montrer, qu’est le sens de la Lettre volée, texte des Ecrits de Lacan où chacun méconnait la place de la lettre déplacée par un des participants du petit conte d’Edgar Poë. Parce que la lettre, volée ou non, est déplacée, mais surtout elle déplace tout le monde, tout le monde dans un monde où il y a des hommes et des femmes. Comme dans les rêves le roi et la reine de la nouvelle sont aussi un homme et une femme et, comme dans la réalité, chacun méconnait que la reine, qui est une femme, est ailleurs ! Elle est ailleurs parce qu’elle ne se dissout pas dans les semblants et les paillettes mais leur ex-siste, sans forcément le savoir. Quand on perd une femme on est sûr de perdre un bout du réel : alors on fait parfois semblant de rien si on est un homme.
La lettre nous permet de resserrer ce qui sans elle serait lâche, laissant glisser les choses qui comptent. Comme un nœud ou une formule de la science la lettre ne représente pas le réel mais le tient dans ses rets. Le réel de la différence sexuelle, par exemple, que serre cette phrase de Jacques-Alain Miller présentant le livre XVIII : « D’où il ressort : que, contrairement au sens commun, l’homme est l’esclave du semblant qu’il supporte, tandis que plus libre à cet endroit, la femme est aussi plus proche du réel ; que rencontrer sexuellement la femme est toujours pour l’homme mettre le semblant à l’épreuve du réel, et vaut comme « heure de vérité » ; que, si le phallus est apte à signifier l’homme comme tel, « tout homme », la jouissance féminine, pour n’être « pas-toute » prise dans ce semblant, fait objection à l’universel. »
Mais nous ne sommes pas au bout des surprises que nous réserve la lettre et l’écrit en ce mois de novembre…
P.L.S.
3 questions Ă …
… Marie-HĂ©lène Doguet
« Au-delĂ de ces dĂ©clarations, il faut bien constater que pour un certain nombre d’experts psychiatres, la pĂ©nalisation de la folie aurait une “vertu thĂ©rapeutique”, rĂ©intĂ©grant le malade “citoyen” dans la “communautĂ© humaine… » Marie-HĂ©lène Doguet
Enseignements
Orientation lacanienne
Le premier cours de Jacques-Alain Miller aura lieu le 14 novembre. Puis, les 21 et 28. En décembre, il se tiendra les 5 et 12. Le cours se tient au CNAM, 292, rue Saint Martin, 75010 Paris, de 13h30 à 15h30.
- Page de l’Orientation lacanienne
Conférences cliniques
« La névrose hystérique, hier et aujourd’hui »
- Conférence animée par Marie-Hélène Brousse
« La nĂ©vrose hystĂ©rique est la partenaire historique de la psychanalyse. Freud s’est instruit Ă son discours, Lacan aussi, sans rĂ©pit, des premiers sĂ©minaires aux derniers. Qu’elle soit historique, ne la rend… »Marie-HĂ©lène Brousse
- Page des Conférences cliniques
Séminaire d’étude 1
« L’homme Léonard, un souvenir, une vie »
- Étude animĂ©e par Nathalie Georges-Lambrichs
« En prĂ©cisant ce que fut la constellation propice Ă l’écriture par Freud du Souvenir d’enfance de LĂ©onard de Vinci, nous prendrons nos marques pour dĂ©chiffrer les secrets de ce premier grand tĂŞte-Ă -tĂŞte… »Nathalie Georges-Lambrichs
- Page de l’Étude du lundi 19 novembre 2007
- Page du Séminaire 1, « Etudes freudiennes » 2007-08
Séminaire d’étude 2
« Etude du texte de Jacques Lacan : Variantes de la cure-type »
- Étude animĂ©e par Yves-Claude Stavy
« Une question chauve-souris : l’examiner au jour »
« Paru en 1955 dans l’EncyclopĂ©die mĂ©dico-chirurgicale, puis retirĂ© par ses commanditaires, “au compte du renouvellement ordinaire au maintien de l’actualitĂ© en cette sorte d’ouvrage”, cet Ă©crit de 1953 n’est pas seulement un texte majeur de la pĂ©riode “classique” de l’enseignement de Lacan; c’est un… »Yves-Claude Stavy
- Page du Séminaire du 20 novembre 2007
- Page de présentation de ce Séminaire 2
Soirée de psychanalyse appliquée
Le CPCT-Chabrol invite les CPCT : Particularités du transfert et de l’interprétation dans la pratique du CPCT
- Soirée animée par Fabien Grasser et Victoria Horne-Reinoso
Invités : Catherine Lazarus-Matet du CPCT rue Chabrol et Sylvie Goumet du CPCT de Marseille
« Dans la hâte du CPCT, quelque chose du rĂ©el peut ĂŞtre nommĂ© par le signifiant qui relance le sujet dans son usage du langage. Il s’agit de cerner au… » Fabien Grasser et Victoria Horne-Reinoso
- Page de la Soirée du jeudi 22 novembre
- Page de présentation de ces Soirées de psychanalyse appliquée
Soirées de la bibliothèque
« Un miroitement en dessous »
Dans l’« Après-coup de la soirĂ©e de la bibliothèque du 17 octobre 2007 autour du livre de Joseph AttiĂ©, MallarmĂ© le Livre », Marie-Claude Sureau nous livre son compte-rendu :
« Cette soirĂ©e a aussi laissĂ© chez les auditeurs le miroitement de l’érudition prĂ©cise et vivante de tous les orateurs et intervenants et nous les en remercions et particulièrement Jo AttiĂ© qui a fait se rencontrer MallarmĂ© et la psychanalyse de la bonne façon… » Marie-Claude Sureau
- « Un miroitement en dessous », Marie-Claude Sureau
« L’éveil et l’exil »
Invités : Philippe Lacadée, Dominique Miller et Laure Naveau.
« Autour du livre de Philippe LacadĂ©e « L’éveil et l’exil » (Editeur CĂ©cile Defaut) sur le thème de l’adolescence, Dominique Miller et Laure Naveau psychanalystes feront une lecture croisĂ©e de ce livre, lecture qui sera suivie d’une discussion avec Philippe LacadĂ©e et des membres du CIEN. Les questions du corps Ă l’adolescence et celle… »
- Page de la Soirée du jeudi 29 novembre
Publications
Sortie le 8 novembre du Séminaire XVIII de Jacques Lacan
Le Seuil annonce la parution le 8 novembre d’un nouveau SĂ©minaire de Jacques Lacan: Le SĂ©minaire – Livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant
PubliĂ© aux Editions du Seuil dans la Collection du Champ Freudien dirigĂ©e par Jacques-Alain et Judith Miller, cette sortie exceptionnelle sera accompagnĂ©e de celle d’un nouveau volume de la Collection Paradoxes de Lacan : Le mythe individuel du nĂ©vrosĂ© de Jacques Lacan, Ă©galement au Champ freudien.
Ces publications seront bien évidemment disponibles sur ECF-Echoppe dès leur parution.
- D’un discours qui ne serait pas du semblant, PrĂ©sentation par Jacques-Alain Miller
- Le mythe individuel du névrosé, Présentation par Jacques-Alain Miller
A paraître : La Cause freudienne 68
« Il va sans dire que l’idĂ©e selon laquelle le saint chinois et le saint chrĂ©tien, du moins celui de “la civilisation occidentale” aient le mĂŞme sens, soient synonymes, est hautement invraisemblable. C’est donc parce que Lacan l’affirme, que… »François Regnault
- Sainteté, François Regnault
Lettre Mensuelle 262
« Apparemment pour TolstoĂŻ, la guerre et la paix sont Ă deux places parallèles, celle du champ de bataille et celle de la vie dans la citĂ©, selon le point de vue de l’historien. L’artiste, lui, nous dit que la guerre et la paix sont dans les deux camps, dans la joie rencontrĂ©e chez un riche aristocrate fait prisonnier de guerre ou dans la haine qui peut fleurir dans la paix, dĂ©montrant qu’un homme peut aller au front Ă la recherche de la paix, loin de sa guerre conjugale, tandis qu’un autre choisit le paysage bucolique pour continuer la guerre avec lui-mĂŞme ou avec son voisin.Dans cette perspective, l’analyste est… »Ana Lucia LĂştterbach Holk
« Le psychanalyste du CPCT est un analyste qui est descendu dans la rue, avec une proposition. Il se fait responsable des effets du discours qu’il promeut. Il sait que le destin de la psychanalyse n’est pas assurĂ© une fois pour toutes, qu’il dĂ©pend de l’action de chaque analyste… »Esthela Solano-Suarez
- Sommaire
- Psychanalyse dans la cité - Une expérience à Rio de Janeiro, Ana Lucia Lútterbach Holk
- En défense des CPCT, Esthela Solano-Suarez
- La Lettre Mensuelle est disponible sur ECF-Echoppe








