La lettre en ligne n° 31

La Lettre en ligne n° 31 - novembre 2006

Jacques Lacan 1957
Jacques Lacan, 1957
Photographie André Villers
Avec l’aimable autorisation de Judith Miller

Éditorial

Tu peux savoir…

Les trente-cinquièmes Journées d’études de l’ECF ont connu un succès exceptionnel, tant sur le plan du nombre, puisque plus de mille huit cent cinquante inscrits étaient présents ce week-end des 21 et 22 octobre à Paris, que sur le plan du travail scientifique. Ceci n’était pas sans lien avec l’intense préparation réalisée au sein des cartels et un peu partout en France et en Belgique, sous l’impulsion de Jean-Pierre Deffieux, directeur de ces Journées.

Il y a un an, Jacques-Alain Miller nous invitait à travailler sur « l’envers des familles », ce lien familial « qui a son origine dans le malentendu, dans la non rencontre, la déception, l’abus sexuel ou dans le crime ». Une famille « unie par le secret et le non dit », et donc avant tout aussi par l’inconscient. Cet inconscient est non seulement l’inconscient freudien, celui de l’Oedipe, mais aussi l’inconscient lacanien qui doit sa dynamique à l’objet a, et sa logique à la diversité des quatre discours qui font le lien social. L’objet cause du désir, le savoir aussi, sont présents dès le berceau du sujet, décidant du destin et des liens qu’il saura établir avec d’autres sujets. La famille contemporaine réalise la mise en question de la parenté classique, amorcée par l’anthropologie, comme le précisait Lilia Mahjoub, présidente de l’Ecole, dans son propos introductif

Dès les premiers instants de ces Journées, nous nous trouvions face à une clinique de l’inceste, cet « abus de corps et de langage » selon le mot d’un intervenant. Eric Laurent soulignait lui le découplage contemporain entre la naissance de l’enfant et la famille : ce n’est plus la famille qui fait l’enfant, mais l’enfant qui fait la famille. C’est lui, l’enfant, qui souvent nomme le père ou la mère, c’est lui qui invente de nouveaux noms correspondants aux nouvelles formes de la parentalité. Mais cette parentalité qui déploie le large spectre des fonctions parentales, isolées par Esther Goody il y a quarante ans, devient une idéologie moderne qui oublie un peu vite, dans un idéal fonctionnel, les fantasmes et les fantômes qui hantent les nurseries. Parmi ces fantasmes et ces fantômes, il y a surtout l’objet que constitue l’enfant lui-même dans le désir de l’autre. Ce n’est pas le moindre intrus à venir troubler ses rêves ! Surtout quand la science s’en mêle pour venir nous montrer le hiatus entre engendrement et généalogie. Qu’un embryon « congelé » produise un bébé que sa mère trouve « réfrigéré », voire un enfant qu’elle désignera d’un mot tendre évoquant la marque d’un produit « surgelé », tout cela est ce dont traite aujourd’hui la psychanalyse. La famille, on en parle beaucoup de nos jours et surtout en analyse, car la famille recueille les espoirs déçus par la polis pour réaliser le bonheur du sujet. Comme le rappelait Pierre Naveau dans la Lettre mensuelle 250, discutée dans ces Journées, pour la famille l’interdit n’est pas ce qui compte le plus, ce qui compte « c’est la scénographie et l’érotique de l’objet a ».

Le dialogue entre Claire Breton, journaliste, analysante et auteur d’un livre témoignant de l’expérience des enfants qui, comme elle, ont été élevés par un couple homoparental, et Gérard Miller avec d’autres psychanalystes de l’ECF, a permis à chacun de saisir la singularité d’une réalité subjective et sociale souvent passée sous silence. A travers ce témoignage, il devenait lisible pour tous que ce qui spécifie la psychanalyse est son rapport au sujet supposé savoir que Jacques-Alain Miller présentait, à la fin, comme la question même qui devrait nous mettre au travail pour 2007. Le sujet supposé savoir c’est l’analysant avant tout, rappelait-il, avant l’analyste, même s’il revient à l’analyste de montrer que ce sujet supposé savoir peut vaciller, voire montrer sa méprise et chuter comme supposition. Ce rapport au savoir institué par Freud se met en travers de tout ce qui tend aujourd’hui à soumettre le sujet à un savoir d’expert, voire au savoir « transparent » de l’évaluation des statistiques et des sondages qui mime la démocratie. L’envers des familles, c’est aussi hélas le contrôle social qu’on veut aujourd’hui leur imposer. La psychanalyse, c’est en effet « le respect de l’autre et le souci de la différence », selon les termes utilisés par Judith Miller dans sa présentation de PIPOL III, troisième rencontre européenne proposée par le Champ freudien, qui aura lieu à Paris sous le titre « Psychanalystes en prise directe sur le social, avec la contribution des CPCT et d’autres institutions de soins d’orientation lacanienne».

Les enseignements de l’ECF qui vont débuter en novembre rue Huysmans connaissent déjà un grand succès et beaucoup se pressent pour s’inscrire, par exemple, aux conférences.

Le dix-huit novembre, Pierre Sidon, responsable des cartels et de la recherche propose une après-midi de travail qui portera en particulier sur les cartels de recherche et l’issue sociale du produit du cartel. Un tirage au sort permettra aux nouveaux venus, et aux autres, de découvrir ce mode de travail.

A la fin du mois de novembre les membres de l’Ecole amorceront aussi une réflexion sur ce qui fait le vif de la formation.   

P. La Sagna

E-lecture

Marginalia de « Constructions dans l’analyse »

« Que scrutons-nous dans ces derniers textes de Freud ? Ils ont pour moi une fascination particulière. Freud se retourne sur ce qu’il a accompli. La psychanalyse existe, elle commence Ă  consister, elle s’Ă©tend. La psychanalyse commence Ă  ĂŞtre modifiĂ©e par la psychanalyse. La pratique inventĂ©e par Freud, et qui a Ă©tĂ© son apanage, est maintenant lancĂ©e dans le monde, et se modifie sur cette lancĂ©e mĂŞme. Par exemple, ici mĂŞme dans ce texte, Freud reproche discrètement Ă  ses Ă©lèves de ne pas parler de construction… » Jacques-Alain Miller

L’acte psychanalytique et ses paradoxes

« C’est pourquoi, il faut un acte dĂ©cisif pour que le sujet rompe avec cette mĂ©prise qu’il n’y a que semblant et se dĂ©prenne de sa première hypothèse sur le rĂ©el (Ă©crasante ou paralysante), Ă  savoir que le rĂ©el traumatique fera toujours plus le poids. De le croire mortifie le sujet nĂ©vrosĂ©, toujours prompt Ă  en souffrir… » Marie-HĂ©lène Roch

Evénements

3° rencontre européenne du Champ freudien

Les 30 juin et 1er juillet 2007 se tiendra à Paris, au Palais des Congrès, la troisième rencontre européenne du Champ freudien, PIPOL 3.

Elle aura pour titre : « Psychanalystes en prise directe sur le social ».

Troisième rendez-vous de formation du CPCT

« Isolement et prĂ©caritĂ© »

Le CPCT prĂ©caritĂ© reçoit des patients isolĂ©s. Les liens familiaux, amicaux, professionnels ou amoureux se sont, parfois brutalement, parfois petit Ă  petit, distendus ou dissous. Il s’agira d’examiner la fonction de l’isolement…

ATTENTION :
L ’adresse du rendez-vous a changé. Il se déroulera à l’Instituto Cervantes, 7 rue Quentin Bauchard, 75008 Paris.

Cartels

Rentrée des cartels

La rentrĂ©e des cartels 2006-2007 aura lieu le 18 novembre 2006 au local de l’ECF, 1 rue Huysmans, de 14h30 Ă  18h. Avant le traditionnel tirage au sort qui permettra, Ă  ceux qui le dĂ©sirent, de constituer des cartels le jour mĂŞme avec les participants prĂ©sents, l’après-midi permettra d’entendre et de dĂ©battre autour de plusieurs interventions…

Enseignements

Orientation lacanienne

Prochains cours de Jacques-Alain Miller les 15, 22 et 29 novembre,
au CNAM, 292, rue Saint Martin, 75010 Paris, de 13h30 à 15h30.

Conférence clinique - animĂ©e par Esthela Solano-Suarez

« Apprendre à lire la névrose obsessionnelle »

Séminaire d’étude 1 - animé par Yasmine Grasser

« Le séminaire sur la lettre volée »

Séminaire d’étude 2 - animé par Guy Trobas

« Un  essai… contre l’obscurantisme »

Pourquoi, dans le titre de cette Ă©tude, avoir qualifiĂ© d’essai contre l’obscurantisme le deuxième des trois essais de Freud sur la thĂ©orie sexuelle, lequel sera au centre de notre travail de lecture cette annĂ©e ? C’est ce que, notamment, nous expliciterons dans notre première soirĂ©e introductive…

Soirée de la passe - animée par Laure Naveau et Rose-Paule Vinciguerra

« Prendre le risque de la passe : La passe et ses suites »

Les enseignements des AE reprennent avec, pour cette soirée d’ouverture, deux interventions, celle de Laure Naveau et celle de Rose-Paule Vinciguerra, qui introduiront, chacune selon son point de vue, le thème de cette année.

DĂ©sir de passe / La pudeur de l’hystoire « […] l’audace d’aller au-delĂ  de la mise en jeu du dĂ©mon de la pudeur aux fins de transmettre un dĂ©sir qui pourrait avoir des consĂ©quences dans la rĂ©solution de certains problèmes cruciaux de la psychanalyse. Ce choix sera donc interrogĂ© sous l’angle de ce que Jacques-Alain Miller appelait “une Ă©thique des consĂ©quences” […], qui convoque un bien dire autre que formel… Â» Laure Naveau
Le dĂ©sir du psychanalyste / L’éros de l’analyste « […]tĂ©moigner au plus juste de ce qui a eu lieu et notamment du passage du “rien peut-ĂŞtre” autour duquel tournait la demande au “peut-ĂŞtre rien” du S de A barrĂ© qui est l’écriture de l’impossible. De cela reste une cicatrice, celle que Freud nomme de la castration ou encore un savoir-y-faire avec le ratage du RĂ©el… Â» Rose-Paule Vinciguerra

Soirée de psychanalyse appliquée - animée par Debora Rabinovich et Serge Cottet

« Le symptôme et le père »

Publications

La Cause freudienne n° 64

« Freud et la jeunesse »

« Le petit autre, au dĂ©but de l’enseignement de Lacan, c’est votre semblable, celui non seulement qui vous ressemble, mais… Â» Jacques-Alain Miller

« Un film attachant : "L’esquive" de Abdellatif Kechiche, décrit admirablement le contraste entre la permanence du sentiment amoureux et l’absence de tout discours dans lequel l’inscrire. Où l’action se situe, la rhétorique romantique ne court pas les rues. Le drame est que, d’une part, elle … Â» Serge Cottet

« Ces adolescents ne supportent pas la mortification propre Ă  la langue du sens commun. Pour eux, le mot est … Â» Philippe LacadĂ©e

« L’abord du père par le biais de son existence exige de considĂ©rer ses rĂ©alisations au cas par cas. Mais en quoi ce père-lĂ  peut-il garantir l’accès Ă  la jouissance, comme … Â» Eric Laurent

La Lettre Mensuelle n° 252

« Le père lacanien est celui qui accomplit la normalisation, l’humanisation du dĂ©sir dans les voies tracĂ©es par la Loi et cela suppose en effet qu’il ait cessĂ© de mĂ©connaĂ®tre la fonction que l’objet a tient dans son dĂ©sir … Â» Jacques-Alain Miller

« Cependant, comme le rappelle Lacan en 1956, le vĂ©ritable scandale de la psychanalyse n’était pas le sexe, mais l’inconscient … Â» Vicente Palomera

L’argument - Commentaire du SĂ©minaire XI de Lacan

Ca vient de sortir dans la très jolie Ă©dition de la Collection Rue Huysmans, L’argument de Graciela Brodski, nous dĂ©couvre son commentaire du SĂ©minaire XI, dĂ©veloppĂ© au cours de l’annĂ©e 1999, dans le cadre de l’ICBA (Instituto Clinico de buenos Aires) :

« Graciela Brodsky n’explique pas, ne dĂ©veloppe pas ; Ă  la limite mĂŞme du commentaire, elle rĂ©vèle le dire de Lacan : en suivant pas Ă  pas ses hĂ©sitations, ses allers et retours, ses dĂ©tours, ses pas de cĂ´tĂ©, elle en extrait la fulgurance. Â» Jean Luc Monnier

Mental n° 18 :: Psychanalyse et ordre public

Le salon de la Revue

Du Salon de la Revue auquel nous vous invitions le mois dernier, nous vous offrons de dĂ©couvrir l’exposĂ© qu’y a tenu HĂ©lène Bonnaud ainsi que le compte rendu de ValĂ©rie PĂ©ra.

“L’adolescence aime la parole. Elle s’y est abonnĂ©e. Elle est toujours connectĂ©e Ă  un autre, petit autre qui au bout de la ligne, parle lui aussi pour dire ce qui fait son quotidien, pour dire…” HĂ©lène Bonnaud
“Il revient aux psychanalystes, aux enseignants, aux travailleurs du champ social de crĂ©er des espaces oĂą les adolescents puissent s’entendre nommer, avec leurs mots Ă  eux, l’impossible Ă  dire du rĂ©el de la mort, du sexe…” ValĂ©rie Pera

A propos des CD-Roms

Le coffret des CD-Roms de la Cause Freudienne et de Quarto n’a pas pu, hĂ©las, ĂŞtre aux rendez-vous des JournĂ©es de l’ECF. Notre exigence de qualitĂ© pour sa numĂ©risation nous a conduit Ă  repousser sa sortie. Nous nous en excusons auprès des souscripteurs qui le recevront par courrier dès son Ă©dition, prĂ©vue au mois de dĂ©cembre. D’ici lĂ , les souscriptions se poursuivent aux mĂŞmes tarifs.