La lettre en ligne n° 34

La Lettre en ligne n° 34 - fĂ©vrier 2007

Freud à 70 ans

Éditorial

La psychanalyse, le député et les « doctes » du siècle

Il y a bientôt cinquante ans un sociologue américain, Riesman, remarquait que nos relations sociales (humaines) se réduisaient de plus en plus à des relations « professionnelles » et qu’en retour on avait tendance à « professionnaliser » toujours plus les relations humaines.

Faute d’imposer au monde les bonnes mœurs nos modernes radicaux de la sécurité veulent légiférer par voie de « professionnalisation » sur cette influence singulière qu’un homme exerce sur un autre par le seul moyen de la parole et qui s’intitule psychothérapie, d’après la définition même de Freud. Après de multiples échecs dans ce domaine, un député de la majorité vient encore de voir recaler ses propositions d’amendements à la fameuse loi de santé publique par le sénat. Il était dans la hâte de réserver, à terme, à un jury composé des  « professionnels » que sont psychiatres et psychologues, la décision de qui pourrait porter ou non le titre de psychothérapeute ! Les mêmes professionnels devenant aussi, par là, les seuls à être autorisés à former les praticiens dans ce domaine ! L’Université qui a toujours, jusqu’à présent, eu la prudence de ne pas autoriser d’elle même ses diplômés à exercer dans le domaine de la psychothérapie se trouve convoquée à cette fonction par quelques radicaux de la protection sécuritaire des citoyens. Espérons que les universitaires ne suivront pas ces mauvais conseils ! L’argument excipé par ceux qui veulent réglementer est souvent celui du danger sectaire. La psychothérapie serait l’antichambre de la secte. Un article récent du journal Le Monde nous  montre le déclin contemporain des pratiques religieuses. Les religions universelles cèdent le pas aujourd’hui  à une religion privée où chacun définit dans un dialogue avec soi ce qu’est Dieu, le vrai et le bien en  accomplissant par là le projet d’autonomie du sujet des lumières. Les valeurs religieuses sont construites par le sujet et quelques autres. Ceci tend inexorablement, comme le souligne le journaliste, à multiplier les microgroupes religieux, que d’aucuns appellent sectes, et à pousser vers le déclin la religion « officielle et universelle » qui lutte pied à pied pour retarder sa déroute.

La place que le scientisme et la religiosité classique réservent de nos jours, au dialogue psychothérapeutique semble souvent la même : un complément le plus technique possible (le plus désubjectivé ?) à la technique souveraine, celle du médicament. Le même journal Le Monde évoquait il y a peu le débat européen sur le Prozac : faut-il l’autoriser pour les mineurs malgré le danger de passage à l’acte ? Le New-York Times montrait récemment que prés de 300 000 enfants et adolescents aux EU prenaient des cocktails de psychotropes dont aucun scientifique ne pouvait évaluer les effets croisés et surtout les conséquences à long terme…

La soirée consacrée rue Huysmans à la psychanalyse appliquée nous permettra de montrer que l’enfant du désir que pose la psychanalyse fait le poids face à la chimie. Le mercredi 7 février la soirée de préparation à la rencontre Pipol 3 sera l’occasion de se pencher sur la façon de traiter  de la difficulté du désir des ados dans un centre psychanalytique ou celle par laquelle un autre centre répond à la précarité sociale des adultes au un par un.

Le samedi vingt janvier à Paris, le siège de l’Unesco a accueilli une foule nombreuse lors du vernissage de l’exposition consacrée à la Maison d’édition de Freud, le Verlag, sous le titre «  Are you a Doctor, Sir  ?  », organisée par l’Unesco et l’ECF. L’ambassadeur de la délégation autrichienne auprès de l’Unesco, Harald Wiesner, et le représentant de l’Argentine ont montré avec la présidente de l’ECF   la place cruciale de Freud dans la civilisation et la paix qu’elle suppose. Pour l’Argentine, Luis Maria Sobron qui remplaçait Miguel Angel Estrella, a fait valoir le mot de Thomas Mann : «  Jamais plus on ne pourra occulter les questions que Freud pose à l’humanité… »

Ceux qui, les premiers, visiteront cette exposition émouvante,  pourront en repartir, après avoir reçu un mystérieux coup de téléphone, avec, en poche, une lettre « suspendue » et inédite de François Regnault et surtout un objet a sonore…

Une Conférence de Serge Cottet clôturera l’exposition le jeudi 8 février à 18h, elle aura pour titre : « Freud et l’actualité du malaise dans la civilisation ».

PL

 

3 questions Ă …

Jacques-Alain Miller

« Tout ce dont les psychothĂ©rapeutes ont Ă  souffrir aujourd’hui, les analystes pourraient bien avoir Ă  le subir Ă  leur tour dans quelque temps… »

ÉvĂ©nements

L’exposition : « Are you a Doctor, Sir ? »

« Sous les hauts auspices de l’Unesco et des deux dĂ©lĂ©gations permanentes de l’Argentine et de l’Autriche, l’École de la Cause Freudienne a inaugurĂ©, le lundi 22 janvier, l’exposition “Are you a Doctor, Sir ?”, pour cĂ©lĂ©brer le 150e anniversaire de la naissance du père de la psychanalyse, Sigmund Freud… »

Une soirĂ©e PIPOL Ă  l’ECF

L’ECF participe à la préparation de la Rencontre Pipol3 lors d’une première soirée qui se tiendra le mercredi 7 février à 21h15.

Elle recevra le CPCT-prĂ©caritĂ© et le CPCT-ado de la rue de Chabrol sur le thème «De la consultation au traitement».

Débat animé par Fabien Grasser et Philippe La Sagna.

Interventions de Hugo Freda, Daniela Fernandez, Camilo Ramirez et Marina Frangiadaki, pour le CPCT précarité, et de Dominique Carpentier, Dominique Miller, pour le CPCT ados.

« De l’isolement à la solitude »

La LEL vous propose ce mois-ci la transcription de l’intervention de Philippe La Sagna lors du 3° rendez-vous de formation du CPCT sur «Isolement et précarité», le samedi 2 décembre 2006.

« On peut s’isoler grâce à la stimulation et au  fond ma thèse, c’est que la solitude n’est pas l’isolement. S’isoler  c’est éviter la solitude. S’isoler ça peut très bien se faire avec un  objet qui vous stimule, un toxique, un fantasme ou un délire, sans  qu’il y ait la moindre réalisation de la solitude. La solitude n’est  pas en effet exclusion de l’Autre, ce qu’est l’isolement, mais  séparation de l’Autre… » Philippe La Sagna

Enseignements

Orientation lacanienne

Le cours de J.A. Miller ne reprendra pas comme annoncé le dernier mercredi de février, mais en mars, le 7 mars.

Séminaire d’étude 1

« Le sĂ©minaire sur la lettre volĂ©e Â» - animĂ© par Yasmine Grasser

« En fait, en 1956, que la lettre soit nulle part signifie simplement qu’elle manque Ă  sa place. Mais ce n’est qu’à l’intĂ©rieur du symbolique, prĂ©cise Lacan, que la lettre manque Ă  sa place. Dans le SĂ©minaire D’un Autre Ă  l’autre, Lacan rĂ©evoquera cette “vieille nullibiĂ©tĂ©”. Mais … Â» Yasmine Grasser

Séminaire d’étude 2

« Un  essai… contre l’obscurantisme Â» - animĂ© par Guy Trobas

« En abordant Ă  prĂ©sent la deuxième partie de l’essai de Freud, intitulĂ© “Les manifestations de la sexualitĂ© infantile”, nous allons…» Guy Trobas

Soirée de psychanalyse appliquée

« Avec les grandes avancĂ©es scientifiques et les importants changements sociaux, la variĂ©tĂ© des formes familiales ne cesse de se multiplier. Cela peut parfois nous mener Ă  nous interroger, par exemple, sur ceci : celui qui est biologiquement… Â»Debora Rabinovich

Publications

La Cause freudienne n°65

Du 4 au 8 septembre 2006, Jacques Munier a consacrĂ© son Ă©mission « Les chemins de la connaissance Â» Ă  la clinique psychanalytique contemporaine, invitant successivement Eric Laurent, Marie-HĂ©lène Brousse, Carole Dewambrechies-La Sagna, Francisco-Hugo Freda et Philippe LacadĂ©e.

La Cause freudienne va faire paraĂ®tre, dans son numĂ©ro 65, les textes de ces interventions. Nous vous proposons, en avant-première, celui de Philippe LacadĂ©e, intitulĂ© « Le passage Ă  l’acte chez les adolescents Â».

La Lettre Mensuelle n° 255

La lettre mensuelle 255
« On lit dans une lettre Ă  Lucilius qu’il est indigne de compter sur le temps pour cesser de s’affliger : “pour l’homme de bon sens, dans le chagrin la plus honteuse manière de guĂ©rir, c’est de guĂ©rir par lassitude”. La publication de l’édition complète des Lettres Ă  Wilhelm Fliess est… Â» François Leguil

« La dimension imaginaire du roman familial accompagne l’époque et la dimension symbolique y est sans cesse attestĂ©e dans le recours aux diffĂ©rentes fictions (dissociation sexualitĂ©, conjugalitĂ© et filiation). MĂŞme dans les cas les plus atypiques de l’ère post-paternelle, on a…… Â» Christiane Alberti

CD-Roms

La souscription au coffret de CD-Roms des collections Cause freudienne et Quarto est suspendue jusqu’à la mise en vente.