J.-A. Miller a été interviewé par Frédéric Bonnaud, à Charivari, sur France Inter, entre 18 et 19 heures, le 12 avril 2006. On en lira ici un écho.
Quelle surprise ! Une voix amie au téléphone m’annonce que, dans cinq minutes, Jacques-Alain Miller interviendra en direct sur France-Inter. Il est 18 h et quelque, ce mercredi 12 avril 2006. Tâtonnements sur mon pick-up moderne — la station ne m’est pas familière —, j’y suis. C’est bien vrai. Aucune de nos listes ne l’a annoncé, ni ne s’en fera l’écho.
Et pourtant, l’événement, si minime soit-il, mérite d’être rapporté. Dans une ambiance dès plus amicale — du jamais entendu sur une de mes radios favorites, France-Culture —, J.-A. Miller déroule pour nous ses idées les plus limpides sur la prévalence de la psychanalyse sur les thérapies comportementales. L’interviewer est sympathique, ignorant à souhait, et en même temps si dans le ton !
La « réplique » est le premier signifiant que nous pouvons mettre en exergue.
L’anti-livre noir est une réplique à un certain Livre… Noir, oui. Au Noir, répond non pas la colère, mais la gaieté, voire le rire. Donc, pas de symétrie. La psychanalyse est annoncée, dévoilée, quoi ?, dénoncée comme une conspiration vieille d’un siècle. Oui, et après ? On propose, pour la remplacer, les TCC. C’est-à -dire quoi ? Proposer au souffrant un… apprentissage — là , une légère hésitation pour marquer que le terme originel de conditionnement a été escamoté par eux — pour cerner son mal. Et l’on remettra cent fois, voire mille, ad vitam aeternam, son travail sur le métier. Pour guérir des mauvais schémas emmagasinés. Exemple peut être pris d’une malheureuse araignée qui vous veut du mal, pensez-vous — à juste titre, dirait le psychanalyste, puisqu’elle représente votre… —, mais il s’agit ici de faire ami, ami avec ladite bestiole, se reconnecter avec la bonne image de l’araignée. Tout cela dans un temps bref, qui plaira aux payeurs (assurances et tutti quanti).
Un autre signifiant à relever de cet entretien est sans doute celui d’« administrateur », de sa montée en puissance dans la société contemporaine, et surtout de sa mainmise sur le psychisme (cf. entre autres le dernier rapport de l’Inserm sur le trouble des conduites). L’administratif dominera par l’évaluation, le quantificatif.
C’est une guerre, sans doute, mais pas entre psys, bien plutôt contre le « sujet » qui est évacué par les TCC alors qu’il est le centre de la pratique psychanalytique.
Et terminons sur cet autre signifiant marquant, celui de « stupéfaction » à voir des personnes des plus compétentes s’engager dans l’autopiège de la prévention en avant toute : on en est maintenant à « prévoir », en raison de certaines coordonnées sociales ou autres, que l’enfant-fœtus pourrait devenir un délinquant en puissance, ce qui conduira à une surveillance. D’où un appel revigorant au réveil de ces somnambules.
Catherine Bonningue









