L'orientation lacanienne

Le sujet entre les langues

Cartel de recherche n° 3
Suzanne Hommel :: Le sujet entre les langues

De nombreuses langues sont pratiquées à l’Ecole de la Cause Freudienne et dans l’Association Mondiale de Psychanalyse. Pouvons-nous théoriser le fait que beaucoup font leur analyse en français, alors que leur langue est l’espagnol, l’italien, le portugais, l’anglais, le roumain, le hongrois, le russe, l’allemand ? Une perte est inévitable. Qu’en fait le sujet ? Les signifiants perdus, les lettres contournées, les choses non dites, sont-ils refoulés ? Quel est leur statut ?

Ne pas parler dans sa première langue, dite langue maternelle, constitue une perte. Lalangue, telle que Lacan l’a conceptualisée, se situe hors la langue maternelle. Je cite un passage du séminaire « Le sinthome », leçon du 9 mars 1976. « L’homme est porteur de l’idée de signifiant. Cette idée, dans lalangue, se supporte essentiellement de la syntaxe. Il n’en reste pas moins que ce qui caractérise lalangue parmi toutes, ce sont les équivoques qui y sont possibles, comme je l’ai illustré de l’équivoque de deux avec d’eux. Si quelque chose dans l’histoire peut être supposé, c’est bien que c’est l’ensemble des femmes qui a engendré ce que j’ai appelé lalangue, devant une langue qui se décomposait, le latin dans l’occasion, puisque c’est de cela qu’il s’agissait à l’origine des langues. »

Il y a la traduction écrite. L’analysant qui parle dans une langue étrangère, traduit-il ? « Ce que lalangue articule va beaucoup plus loin que ce que l’être parlant supporte de savoir énoncé. »

Le sujet qui parle dès le début de son analyse dans une autre langue que la sienne, en général dans plusieurs langues qui se croisent, est-il plus brutalement confronté à lalangue ? Est-il moins protégé ? Une analysante me dit : je suis très inhibée quand je parle en français, je suis désinhibée quand je parle dans une langue étrangère. Et comment aborder l’érotisme de lalangue ? Quel est l’effet de cette diversité des langues sur le déroulement de la cure analytique ? La réduction du symptôme au sinthome se produit aussi par la réduction de la chaîne signifiante à la lettre, mais comment le sujet fait-il avec ces pertes répétitives ? Quelle différence avec les cures analytiques qui se passent dans une langue, la première, la maternelle ? Toutes ces questions, et beaucoup d’autres pourront être posées, élaborées, élargies. Je propose comme lecture :

>