Les CPCT sont aux avant-postes de la Politique de l’Ecole quant à la diffusion de la psychanalyse appliquée. Rappelons qu’ils le sont pour une grande part grâce aux AE qui n’ont pas hésité à s’engager dans l’invention de cette application particulière de la psychanalyse pure dès les débuts du CPCT-Paris. Beaucoup de leurs travaux témoignent de leur contribution à l’orientation analytique de ces traitements brefs qu’on y pratique.
Ainsi, tous les efforts des multiples intervenants du CPCT-Paris et des autres ont permis à cette invention d’acquérir une consistance indéniable aujourd’hui.
Pourtant, et depuis le début, cela implique aussi de se battre quotidiennement contre de nombreux détracteurs. Contre les praticiens des TCC, évidemment, mais aussi, et tout autant, contre les prétendus défenseurs du système public contre le privé, ignorant, après tout, qu’ils sont tout à fait infiltrés par ces pratiques des TCC tant dans leur fonctionnement institutionnel que dans leur pratique. Pour exemple, le CPCT-Paris n’essuie-t-il pas des attaques vives de l’intersecteur infanto-juvénile de psychiatrie, associées à des compte rendus de Conseils municipaux transparents sur le site de la mairie du X° montrant des propos proches de la diffamation à notre égard quand il s’agit de refuser certaines de nos demandes de subventions.
Mais comment se bat-on ? Certes pas sur le mode des affrontements directs. Notre premier front, c’est la clinique, dans ce cadre de gratuité et de hâte de la pratique que nous avons mis en place, ce dispositif clinique nouveau qui engendre nos incessantes activités de recherche et de formation, toutes deux centrées sur la particularité de cette pratique de l’application de la psychanalyse et sur la démonstration de son opérativité.
En somme, pour en parler brièvement, notre pratique au CPCT commence avec l’acte, celui de cette offre d’une rencontre avec un analyste, qui ne peut pas dépasser 16 séances*, suivi immédiatement après par notre propre « évaluation » d’après coup des effets de l’acte ainsi cadré. Il y a enfin la transmission de nos avancées sur cet usage de la psychanalyse au CPCT, sur la qualité de l’objet clinique à cerner, ou à nommer. RIM (Réunions institutionnelles mensuelles), séminaires de recherche clinique, groupes de supervisions de cas participent chacun à la Formation à cette pratique clinique du CPCT. Tous ces dispositifs d’études des cas, un par un, participent à l’un de nos soucis premiers, celui de démontrer grâce aux effets, aux conséquences de cette pratique, que la psychanalyse a « droit de cité », face aux « thérapies » toujours plus « accréditées », et qu’à être en prise directe sur le social, elle est un gain considérable pour ceux qui sont authentiquement soucieux de la collectivité. L’Unité Dépression, comme vous le savez déjà, a été créée récemment pour mettre en évidence une telle démonstration. Elle a d’ailleurs déjà commencé à fonctionner. Une nouvelle Unité ayant pour objet la maltraitance des femmes est en cours de création, au début de cette année 2008 qui est celle des « femmes maltraitées ».
Voyons un peu où nous en sommes du repérage du point clinique avec lequel nous opérons au CPCT-Paris :
Qu’il s’agisse d’adultes, d’enfants, de dits déprimés, de femmes maltraitées c’est presque toujours une précarité « symbolique » du lien à l’Autre qui les mène au CPCT, la crainte d’un décrochage, d’une errance, d’une désinsertion, voire d’une exclusion. L’analyste, au CPCT, accueille des jouissances singulières qui ne trouvent pas à se loger dans ce monde de la quantification et désarriment toujours plus le sujet qui voit son symptôme, son lien social, se déliter, se dénouer sans trouver de point d’arrêt malgré de multiples modes de traitement proposés auparavant. Comme je le disais déjà, c’est chaque fois dans la hâte, dès la première rencontre, qu’il s’agit de repérer l’au-delà d’une demande, d‘une simple plainte. Il s’agit de cerner une jouissance, un réel innommable, innommé, mal nommé, afin d’y ré-arrimer du signifiant par une extraction signifiante, par une nomination qui permette au sujet de se relancer dans un usage de l’Autre du langage.
Ceci ne peut se faire sans la prise en compte du transfert, qui s’il est d’une autre nature est tout aussi indispensable que dans la cure. C’est sous transfert au lieu, à l’adresse à laquelle le sujet vient présenter ce réel qui se manifeste de l’instabilité d’un nouage que l’analyste permettra de rafistoler le symptôme, le recoudre…, selon son état. Au CPCT est devenu supposé ce savoir, ce savoir faire avec le lapsus, l’instabilité, du nœud, du lien…
Le CPCT est-il devenu l’ultime petite boutique de bricolage possible du symptôme, alors que par ailleurs, on veut le forcer dans un carcan standard, ou le refaire à neuf sans tenir compte de ce qui le constitue ? Est-ce un lieu alpha ? C’est en tout cas un lieu de « reprise », de reprise sociale qui traite avec le fil du sujet, ce qui conditionne évidemment, dans une telle hâte, les modalités d’intervention de l’analyste. Et comme l’indiquait Jacques-Alain Miller, l’analyste y est l’instrument du savoir supposé lorsqu’il est ignoré, ou du savoir faire supposé avec un réel cette fois à ciel ouvert. Au CPCT, le lieu même est instrument, adresse de transfert donc, tel une boutique de repriseurs pas si quelconques qui travaillent chacun au lien social.
De l’institutionnel !
Un peu de nombre
1231 demandes ont été traitées en 2006 dont 1037 nouvelles demandes. Le rapport 2007, en cours de réalisation, laisse prévoir davantage.
Le bouche-à-oreille reste la source essentielle d’orientation vers le CPCT, suivie de près par les demandes adressées au CPCT par des professionnels de la santé, du champ social ou éducatif, reflet du développement de notre réseau.
Mais il y a une rançon à un tel succès. L’augmentation des demandes a engendré liste et temps d’attente.
Un fonctionnement toujours plus complexe
Face à cette croissance constante, il a fallu remanier le fonctionnement du CPCT Chabrol.
Depuis la rentrée, une double équipe de Direction, administrative et clinique a été constituée, composée d’une une vingtaine de collègues.
82 analystes, dont 40 en stage de formation, participent désormais aux consultations, aux traitements, et à une véritable permutation dans les groupes de supervision clinique, les commissions et séminaires de recherche.
À côté de la réunion institutionnelle mensuelle (RIM), moment d’élaboration collective de cas obligatoire depuis le début du CPCT, plusieurs séminaires de recherche clinique sont au travail sur les spécificités de l’accueil des enfants et de leur famille, sur la désinsertion, les modalités d’intervention de l’analyste dans la pratique au CPCT. Dès janvier, un nouveau séminaire de recherche traitera de la clinique de la dépression.
Les groupes de supervision clinique, lieu d’élaboration et d’estimation pour chacun de la pratique clinique au CPCT sont au nombre de 16. Composés d’un superviseur et de quatre analystes, ils se réunissent une fois par mois pour y débattre du plus grand nombre de traitements, de leur fin et des éventuelles orientations.
Cette organisation permet fonctionnement clinique et « évaluation » de cinq unités :
l’Unité Adolescents, l’Unité Précarité, l’Unité Familles (enfants), l’Unité Générale, et la toute nouvelle Unité Dépression qui vient de débuter avec à son actif déjà une estimation de 30% de la file active. Il faudra très bientôt y adjoindre la nouvelle Unité ayant pour objet la maltraitance des femmes qui est encore en cours de constitution.
L’Autre socio-financier !
Notre reconnaissance sociale est en voie d’amélioration. Après Préfecture et Conseil Régional, la Ville, ainsi que des organismes d’État (DASES, DFPE et DASS) ont consentis depuis peu à s’intéresser et à soutenir notre expérience, et contribuent à une relative stabilité de nos financements. L’INHES du Ministère de l’intérieur a signé une convention avec le CPCT pour un projet de recherche sur le passage à l’acte criminel. Nous venons d’être agréé par la DASS pour réaliser un point d’accueil écoute jeunes (PAEJ), mais sous la condition impérative que nous puissions disposer d’un local indépendant en rez de chaussée.
Nous sommes toujours plus sollicités pour des supervisions d’équipes de travailleurs sociaux rémunérées, notamment par la DDPJJ et par l’Association Aurore. Toujours avec la DASS, nous tentons de construire un projet de supervisions du personnel de foyers de travailleurs. Une convention de supervision des intervenants est en cours de réalisation avec la PLIE de Clichy. D’autres recherches de subventions sont en cours, ainsi qu’un local mieux adapté avec le concours du Ministère de la Santé.
Fabien Grasser
* Depuis la rentrée, le nombre de séances de traitement au CPCT a été systématisé à seize séances au maximum sauf cas de réelle exception estimée en groupe de supervision clinique.








