Penser la formation de l’analyste dépend de la façon dont on définit celui-ci. L’analyste est-il l’analysé, le résultat d’une analyse, ou est-ce le praticien, celui qui conduit des cures ? L’effet de formation d’une cure se distingue de son effet thérapeutique. Cet effet de formation n’étant pas prévisible à l’avance il se juge au résultat, soit à la conclusion d’une cure.
L’effet de formation de l’analyse du sujet est apprécié pour chaque personne qui en fait la demande au sein d’un dispositif inventé par Jacques Lacan : le dispositif de la passe
Cependant les mutations subjectives qui se sont produites dans la cure du sujet et le savoir qu’il en a acquis, suffisent-ils à garantir sa formation ou faut-il l’acquisition d’un savoir extérieur à l’expérience même : celui de la pratique clinique, de la lecture des textes analytiques et de ceux des sciences affines à la psychanalyse ?
L’Ecole de la Cause Freudienne et l’institut du Champ Freudien dans le domaine de la psychanalyse appliquée dispensent des enseignements de ce type. Mais chacun enseigne à ses risques, il est responsable de ce qu’il enseigne et des conséquences de cet enseignement.
L’enseignement ne consiste pas dans un programme mais s’opère par un effet d’immersion du sujet dans le travail de l’Ecole, et de participation active à ce travail pendant un temps suffisant. Cette formation n’est pas seulement clinique mais aussi éthique et politique, elle interroge le rapport du sujet au discours analytique.
À suivre l’enseignement de Lacan, on ne peut penser la formation de l’analyste qu’en maintenant une tension entre le savoir acquis dans une analyse personnelle et le savoir acquis à l’extérieur de celle-ci. A condition de penser leur articulation d’une manière bien particulière.
Nous dirons ainsi, d’une part, qu’il n’y a pas d’analyste sans l’analyse personnelle qui est une condition sine qua non à la formation de l’analyste - et que, d’autre part, les savoirs acquis à l’extérieur de la cure sont certainement nécessaires à la formation du psychanalyste. Toutefois, ces savoirs doivent être parcourus à nouveau et subvertis par le point de ” non-savoir ” appréhendé dans une analyse personnelle.
Notons encore que, dans notre École, nous situons, comme nécessaire
à la formation de l’analyste, le contrôle, où un analyste en formation
parle de son travail clinique à d’autres analystes. Ce contrôle est
sans doute à ranger parmi les savoirs qui s’acquièrent à l’extérieur de
la cure, mais est, parmi ceux-ci, le plus proche de l’analyse.








