Extraits du cours "Les us du laps" sur le thème de la séance analytique. Texte établi par Catherine Bonningue.
La sĂ©ance analytique dans “Les us du laps”
- La séance comme laps de temps
- La secte de la séance
- Scène et séance
- Structure et événement
- Le laps psychanalytique du langage
- L’inconscient-événement
- Séance analytique et réalisation
- Événement imprévu et réel
- La séance et le baptême
- Le lieu de l’événement de l’interprétation
- Le sacrement et la séance
- Une mutation de l’inconscient
- La séance analytique vise le réel
- Le réel défini à partir de l’événement
- Le siège d’un dédoublement temporel
- La séance logique
La séance comme laps de temps
Le 17 novembre 1999, J.-A. Miller introduit le thème de son cours 1999-2000 : “ Les us du laps ”, soit les usages du temps. C’est la question actuelle, celle du bon usage du temps. Comment se sert-on du temps ?
La question tombe évidemment pour nous sur la pratique de la psychanalyse. Qu’est-ce qu’on fait du temps en psychanalyse ? On en fait essentiellement des séances, des séances qui sont autant de laps de temps distribués sur l’unité de la semaine, du mois, de l’année, de la décade. Il est remarquable après tout qu’une psychanalyse s’effectue par séances, s’effectue sous la forme de séances. J.-A. Miller commente ensuite le titre de la prochaine Rencontre internationale : Il est tout cru “ La séance analytique ”, avec un sous-titre, qui précise et complexifie, et peut-être opacifie, “ Les logiques de la cure et l’événement imprévu ”.
Les us du laps, c’est aussi l’usage que l’on fait en analyse de ce qui glisse, de ce qui tombe, de ce qui lapse. On interprète le laps. Laps ne serait pas une mauvaise façon de dire l’inconscient pour lequel Lacan cherchait un nouveau mot. C’est aussi par là la question qui est introduite par ce titre, dont les mots paraissent tronqués, précipités, amputés de suffixes reposants : qu’est-ce que l’inconscient ? C’est bien ce que je compte demander, le rapport de l’inconscient et de la séance. De quel type est ce rapport ? Contingent, nécessaire ? Que dire de l’effectuation d’une analyse sous la forme de séances. Y a-t-il un rapport essentiel entre l’inconscient et la séance et la série de séances ? Et donc, quel est le rapport de l’inconscient et du temps ? Ce temps dont Freud disait que l’inconscient ne le connaissait pas.
J.-A. Miller poursuit en se repérant sur l’expression de Lacan du sujet supposé savoir qui est celle qui nous conduit au plus près de la problématique de l’inconscient et du temps.
La secte de la séance
Le 24 novembre 1999, J.-A. Miller développe une courte référence du cours précédent sur Borges, disant son intention d’énigmatiser la séance analytique comme Borges énigmatise le coït dans “ La secte du Phénix ” (la partie sur Borges paraîtra dans la Revue Quarto début 2000).
De façon ensuite décidément un peu énigmatique, J.-A. Miller passe de “ La secte du Phénix ” de Borges à la secte de la séance. Il s’en explique. Il y a matière à sectarisme dans la psychanalyse, mais aborder ce sectarisme à partir du groupe analytique est limité, car ce sectarisme n’est que conséquence du rapport au savoir qu’il y a dans le discours analytique. Le phénomène ce sectarisme est à saisir dans sa racine, c’est-à -dire dans la séance analytique elle-même. Il y a une appartenance essentielle de la psychanalyse et de la séance. La séance est la forme majeure de sa pratique. Une séance de psychanalyse, c’est une rencontre, que l’on pourrait qualifier sur le fond de la secte du Phénix, de rencontre entre Gens du Secret, Gens de l’Inconscient, Gens du Savoir supposé.
Il évoque ensuite le lieu propice à la séance analytique qui est le cabinet de l’analyste, puis la liberté que Freud avait avec cela (il lui arrivait, exceptionnellement, de faire des promenades avec tel analysant. Dans cette “ rencontre ” de la séance analytique, on s’abstient de se livrer au rite sexuel (toujours en référence à la secte du Phénix de Borges).
Pour J.A. Miller, cela met en évidence la relation essentielle qu’il y a entre la séance et le rapport sexuel. La règle d’abstinence, qui complète la règle de l’association libre, veut dire que la relation sexuelle est possible pour qu’elle n’ait pas lieu.
Scène et séance
Le 1er décembre 1999, J.-A. Miller évoque que la séance analytique se fait, s’ “ entrefait ” (ravivant par là un verbe ancien) dans l’intervalle, ce qui met en valeur “ l’entre parenthèses ” du temps de ces laps (séances).
La soirée avec Monsieur Teste ” de Paul Valéry est alors commentée comme une curieuse séance, une séance qui s’arrête cependant au seuil de la Traumdeutung, soit des pensées du rêve de Mr Teste.
J.-A. Miller souligne que Freud, dans ses Conférences d’introduction à la psychanalyse (Paris, Gallimard, 1999), présente l’inconscient hors la séance analytique, soit par l’action compulsive. Nous ne sommes pas là dans la séance analytique, mais sur la scène où on se déplace de chambre en chambre (pp. 334-338) et où va regarder l’état de propreté des napperons. Voilà où Freud assure sa conviction : dans l’action sans pourquoi. Et l’analyste fera admettre au patient l’intention inconsciente qui préside à l’action.
En un éclair, J.-A. Miller évoque l’articulation qu’il y aurait à faire entre l’inconscient comme “ l’Autre scène ” (Fechner) et la séance.
Structure et événement
Évoquant un court texte de Vicente Palomera à paraître, J.-A. Miller commente le sous-titre le la Rencontre internationale 2000 : “ Les logiques de la cure et l’événement imprévu ”. On a mis “ événement imprévu ” surtout parce qu’en espagnol acontecimiento n’a pas la même valeur qu’événement en français : il valait mieux le préciser par imprévu, et du coup on a rapatrié imprevisto en français. Palomera a décelé dans ce sous-titre l’opposition de la structure et de l’événement (cf. La pensée sauvage de Lévi-Strauss, chapitre 1). L’inconscient “ tuché ”, phénomène de la séance analytique Plus loin dans ce cours, J.-A. Miller fait une distinction, qui nous paraît capitale, entre l’inconscient comme savoir et l’inconscient comme sujet.
Le sujet supposé savoir, c’est l’inconscient sans doute, mais l’inconscient qui n’est pas abordé comme le fait Freud dans son Introduction à la psychanalyse. C’est l’inconscient qui n’est pas abordé comme savoir préalable, inscrit, déjà là , producteur des faits. Le sujet supposé savoir, c’est l’inconscient en tant qu’on lui donne son statut dans l’expérience analytique, au sens propre, c’est-à -dire dans la séance, en tant qu’on lui donne son statut proprement phénoménologique. Puis il enfonce le clou, oserons-nous dire : Il s’agit avec le sujet supposé savoir du statut d’inconscient dans la séance analytique. C’est l’inconscient défini comme sujet et non pas comme savoir déjà là .
L’inconscient comme sujet n’est pas automaton, mais tuché. Il se présente comme lacune, discontinuité, et non pas comme ce qui comble la discontinuité. Lacan privilégie comme inconscient, non pas ce qui revient à heures fixes (cas de la dame à la tache), mais ce qui apparaît quand ça veut… C’est l’inconscient comme phénomène, l’inconscient tel qu’il apparaît dans la séance analytique. Et en plus, c’est un sacré phénomène.
Le laps psychanalytique du langage
Le 8 décembre 1999, J.-A. Miller ouvre le thème du temps et de la langue. On en retiendra ici une seule phrase qui concerne la séance analytique. C’est dans ce laps de temps de la séance analytique qu’autorisation est donnée au laps psychanalytique du langage, qui est entre le mot et l’idée, qui est entre le signifiant et le signifié, le laps qui est entre le signifiant et le signifiant. C’est ce laps que vient habiter l’interprétation psychanalytique.
L’inconscient-événement
Le 15 décembre 1999, J.-A. Miller part de la nouvelle alliance conceptuelle de l’inconscient et du temps chez Lacan pour poser ce qu’il nomme l’inconscient-événement, soit l’inconscient en tant qu’il s’inscrit comme événement dans la trame du temps (Cours publié dans La Cause freudienne n° 45). Définir l’inconscient comme sujet et non comme savoir, comme le fait à un moment Lacan, c’est mettre l’accent sur la tuché, l’imprévu, sur l’imprévisible, soit le prendre au niveau de l’effet, comme quelque chose qui se produit et se manifeste de façon aléatoire. En ce sens, le sujet est, dans les formations de l’inconscient, l’événement de l’inconscient.
Il met en évidence le contraste entre la séance analytique et les événements de l’inconscient. La séance analytique est prise dans l’automaton (une régularité quasi bureaucratique), un ordre supposé invariable, une constance admirable pour que, imprévisible à son heure, comme l’esprit qui souffle où il veut, on cueille une manifestation symptomatique de l’inconscient, un petit mot d’esprit, un petit lapsus. La séance analytique est ainsi le lieu prévu pour que s’y produise l’imprévisible.
La séance lacanienne ne renie pas l’automaton, mais elle glisse à se structurer comme l’inconscient-sujet. A l’intérieur de la régularité quasi bureaucratique se logent au moins des indices et des marques d’imprévisible.
Émergence disruptive de l’inconscient dans la séance L’inconscient-sujet, c’est l’inconscient-phénomène qui apparaît dans la séance, ou celui dont on rapporte dans la séance l’émergence disruptive.
Quelle est la conséquence de donner le pas à l’inconscient-sujet sur l’inconscient-savoir ? Premièrement, l’inconscient-savoir, celui que nous inférons, vient de ces petits accrocs imprévisibles. Et Lacan le lui rappelle : tu n’es fait que de ces manifestations contingentes, de ces petites discontinuités, ces petits glissements. Deuxièmement, l’inconscient n’a pas statut de semblant. L’inconscient est affaire de réel, vise un noyau de réel, non assimilable, dont le modèle est le trauma, de telle sorte que la répétition est conceptualisable comme la répétition de l’évitement d’un noyau de réel.
L’inconscient-sujet, l’inconscient indéterminé, l’inconscient virtuel ne peut pas se réaliser d’un seul coup. Il se réalise un par un sous forme signifiante. C’est là que s’inscrit la séance analytique.
Séance analytique et réalisation
Le 12 janvier 2000, J.-A. Miller aborde la séance analytique à partir de la notion d’un inconscient désontologisé, c’est-à -dire l’inconscient qui n’est pas un être, qui est du non-réalisé, et donc qui a à se réaliser.
Le thème de la séance analytique introduit celui de la série, où il s’agit moins du passé et de la remémoration que du futur et de la réalisation. Freud a eu le passé et la remémoration, et Lacan a eu le futur et la réalisation.
Il s’agit que l’inconscient se réalise comme savoir, mais il ne se réalise pas comme savoir d’un seul coup. Il tombe sous le coup du “ il faut le temps ”. C’est à partir de là que s’inscrit le sujet supposé de Lacan, pour autant que, d’être savoir réalisé, l’inconscient est savoir supposé.
J.-A. Miller renvoie alors au texte de Lacan “ Fonction et champ de la parole et du langage ”, où le terme de réalisation apparaît essentiel.
Le 19 janvier 2000, J.-A. Miller se demande comment formuler le rapport du discours analytique et de la séance analytique. Il propose un petit repère, une définition simple comme bonjour, sur cette question : la séance analytique est l’événement régulier. Il traite alors de l’événement de discours dans les différents discours : hystérique, du maître, de l’université. Il rappelle, de façons diverses, ce qu’est l’ordre des discours, l’ordre des cérémonies, la disposition de ces cérémonies par rapport à la vérité, pour saisir ce qu’est le scandale de la séance analytique. La séance analytique est notamment qualifiée par excellence d’ événement prescrit. Il s’agit de s’assouplir un peu les méninges sur les rapports du discours et de l’événement, pour arriver au discours analytique et son événement, la séance analytique.
Événement imprévu et réel
Le 26 janvier 2000 (à paraître dans Quarto n° 71), après avoir parlé du caprice, J.-A. Miller évoque l’événement imprévu comme un des noms du réel. L’événement imprévu fait du sujet un dépourvu, il le met à nu. Dans la séance analytique, grâce à l’événement imprévu, le réel a une chance d’apparaître.
Dans le discours analytique, le semblant n’est pas appareillé dans des cérémonies. Quand le psychanalyste se rallie au semblant, il est laps et relaps, dit Lacan, et c’est alors le semblant de la régulation quantitative des séances : la durée, le nombre des séances.
La séance et le baptême
Le 2 février 2000, J.-A. Miller n’aborde pas directement la question de la séance analytique, mais, à la surprise générale, il recommande, in extremis, à la fin de son cours la lecture de Tertullien — un fier lascar ! —, Le baptême, premier traité chrétien, sans oublier la préface du Père Refoulé Éditions du Cerf, Foi vivante. Cette référence permettra à J.-A. Miller d’introduire la séance analytique.
Le lieu de l’événement de l’interprétation
Le 1 mars 2000, J.-A. Miller pose que la séance analytique n’est en aucun cas une question secondaire, accessoire. Opposant deux registres, celui de la répétition et celui de l’interprétation, il se demande de quel côté s’inscrit la question de la séance analytique. Elle s’inscrit d’abord du côté de la répétition. La séance analytique reproduit, parodie, essaye de s’égaler à la répétition. L’analyste est là à l’occasion pour s’inscrire comme S1, celui qui commande que la séance analytique soit de l’ordre de la répétition, et même de l’automatisme. Mais la séance analytique, assise sur la répétition, spéculant sur la répétition inconsciente, est aussi le lieu, le lieu merveilleux, où s’accomplit l’inversion du statut de l’inconscient de la répétition à l’interprétation, l’inversion de la nécessité à la contingence. Elle est ce lieu où se produit l’événement de l’interprétation. La séance analytique est un événement régulier — soit un événement attendu — institué par le discours analytique (Cf. Les us du laps, 19 janvier 2000), mais “ le paradoxe de la séance analytique, c’est qu’on attend et même qu’on espère la surprise, que l’on attend l’imprévisible.
Le sacrement et la séance
J.-A. Miller propose alors une comparaison entre le discours analytique et le discours de la religion, comparaison à laquelle Lacan procède dans le Séminaire XI — il situe la comparaison au niveau de cet événement spécial, codé, qui s’appelle un sacrement. Il renvoie alors au traite de Tertullien Le baptême, s’intéressant à la différence entre le sacrement et la séance analytique. Un sacrement, c’est une sorte de séance religieuse dont on attend un effet mutatif sur le sujet. Cet effet mutatif est toujours de l’ordre d’une transsubstantiation. On change quelque chose à la substance de l’être. C’est l’occasion de rappeler que la séance analytique est un rendez- vous des corps en présence. Ce rendez-vous des corps “ prête d’autant plus à un virage à la cérémonie, même si la psychanalyse n’accomplit aucune transsubstantiation de la jouissance, mais plutôt ce que l’on pourrait appeler une transubjectivation, pour qualifier la mutation subjective.
La référence à l’opération du sacrement nous aide peut-être à ériger la séance analytique comme un événement essentiel du discours analytique et tenter de lui donner le statut qu’elle mérite.
Une mutation de l’inconscient
Il s’opère, dans la séance analytique, une mutation de l’inconscient sous la forme suivante : les effets de sujet sont mis au travail, c’est-à -dire invités à s’accumuler, à se constituer en savoir.
La séance analytique vise le réel
Le 8 mars 2000, J.-A. Miller reprend la question de la séance analytique qui est déterminée, conditionnée par un appareil de semblants, pour préciser qu’elle n’est pas une cérémonie. Au sein même de son cérémonial, la séance analytique vise le réel. L’inconscient n’est pas déjà réel, il n’est qu’un virtuel qui se trouve actualisé dans la série des séances. C’est l’indétermination qui fait la place à l’événement imprévisible. Aucun calcul ne délivre l’événement imprévisible, même si le discours analytique est fait de telle sorte qu’il admet l’événement imprévisible, c’est-à -dire la défaillance du calcul.
La cure analytique répartie dans la série des séances consiste à plonger l’inconscient-répétition dans l’interprétation, à insérer le réel de l’inconscient-répétition dans la cure.
Le réel défini à partir de l’événement
Est-ce que l’événement s’inscrit dans le temps ou est-ce que l’événement crée le temps ? Le grand graphe de Lacan comporte un schéma temporel centré sur l’événement.
Dans la psychanalyse comme pratique, le réel est défini à partir de ce qui a lieu, c’est-à -dire à partir de l’événement.
L’événement imprévisible, c’est la présence de la causa sui, ce que l’on ne peut pas rapporter à un Autre, pour le déduire, pour le démontrer, pour le déterminer.
Le siège d’un dédoublement temporel
Le 15 mars 2000 (à paraître dans La Cause freudienne n° 46), J.-A. Miller nous présente la séance analytique comme un rendez-vous qui concerne deux mobiles — deux corps occupent le même espace durant un laps de temps — qui ne sont pas animés d’un mouvement réciproque. L’analyste prend figure de moteur immobile, c’est-à -dire qu’il anime l’autre à se mouvoir et à venir.
Mais les deux qui sont là en présence ne répondent pas au même temps. La séance est le siège d’un dédoublement temporel. L’analysant est livré à un temps tout à fait subjectif qui est son temps singulier, tandis que l’analyste reste dans le temps objectif.
La séance analytique est organisée pour découper dans le continuum temporel une durée tout à fait spéciale ménagée à l’analysant : c’est un laps sans événement extérieur. La séance est organisée pour assurer une neutralisation, une banalisation du champ perceptif, soit qu’il n’y ait rien qui attire l’attention. Il se dégage alors le fait qu’il existe des événements de pensées, des pensées qui ne sont pas provoquées par le monde extérieur.
La séance analytique induit une expérience de l’extimité, à savoir qu’au sein même de ce qui m’est le plus intérieur apparaissent des éléments dont je ne peux pas répondre et qui sont là , éventuellement qui s’enchaînent, qui me manquent ou qui au contraire affluent et qui me dépossèdent de mon initiative.
Quoi qu’il en soit, la séance analytique est aussi un lieu d’assujettissement. C’est essentiellement une mise en contact transitoire du sujet avec ce que Freud appelait la réalité psychique. En même temps qu’elle met le sujet en contact avec cet ensemble détemporalisé, l’inconscient-disque, la séance analytique constitue une opération de retemporalisation, parce que, là , on écoute le disque.
Le standard a mis l’accent sur le fait que le temps de la séance analytique était le temps de l’Autre, et l’indépendance de la durée de la séance par rapport à votre temps comme sujet a mis l’accent sur l’altérité du temps. On a ainsi souligné la régularité aveugle du temps, absolu. La succession des séances pourrait être présentée comme une bande de Turing, où l’unité centrale serait contrainte d’aller toujours de l’avant et de marquer + 1. C’est une perspective qui justifie qu’une séance manquée soit considérée comme une séance faite. C’est vrai que vous consacrez le plus souvent le temps de la séance que vous manquez, à un moment ou à un autre, à penser à cette réalité psychique à quoi vous auriez été voué pendant, auprès de l’analyste. Mais si une séance manquée est considérée comme une séance faite, c’est parce qu’on dédouble le temps, que l’on distingue tout à fait le temps empirique et le temps comme tel de l’analyse où la petite case inscrite sur la bande de Turing reste là , que vous y ayez inscrit des signifiants ou que vous ne les ayez pas inscrits.
La séance logique
Le 29 mars 2000, J.-A. Miller, montre qu’il n’y a pas lieu de considérer le problème de la séance analytique à partir de la durée, puisque le temps logique se distingue de la durée psychologique. Faire la différence entre le temps et la durée est tout à fait opératoire et essentiel. La séance analytique, c’est la séance logique pour Lacan, c’est-à dire qu’une séance va d’un déplacement logique vers une conclusion. C’est un déplacement orienté par ce qu’il a appelé la passe, ce qui veut dire qu’une analyse se conclut, comme un problème. Lacan avait sans doute l’idée qu’il fallait d’abord rassembler les données dans les entretiens préliminaires, puisqu’il a mis l’accent là -dessus.
La séance est à penser sous son aspect de temps logique. La séance longue et fixe amoindrit, tamponne, diffère l’effet logique de la séance pour le sujet. Ça le précipite, pour remplir le temps, dans une expérience de la durée qui est à ce moment-là décorée de manifestations narratives, d’embarras psychologiques. C’est une expérience d’ordre psychologique qui amortit la logique du parcours, et la modulation du temps logique alors mise en valeur c’est “ je patauge ”. La séance longue est aussi antihygiénique pour le praticien.









