Psychanalyse et politique, le blog

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mardi 23 février 2010

Identité - Adelaïde Ortega

Adélaïde Ortega – psychanalyste, membre ECF

 Il y a un débat qui a fait la Une de tous nos journaux. Ne pas lire les articles des journaux qui traitent de cela, ni entendre ce qui s’en dit à la radio, ne pas parler de cela avec les autres. Ne rien penser à ce propos, ne rien vouloir ou ne rien pouvoir en savoir.
Dans ce domaine, tout n’est qu’opinions, préjugés, fictions creuses. C’est la chose dont il ne faut pas parler dans le monde civilisé au risque de tomber dans le sans fond de la bêtise. S’agit-il de résistance? De dénégation ? Forclusion ? D’où me venait cet interdit qui me conduisait au mutisme ? Chose trop intime pour être extirpée des limbes où elle se tient ? L’Extime en personne ! L’horreur est proche. Impossible de ne pas m’en mêler.
Donc j’écris. C’est devenu LE débat national pour l’année 2010 ! Pourquoi avoir réveillé le monstre, pourquoi vouloir le démasquer, le montrer ? Que nous veut-on avec cette politique qui parie pour le pire ? Au XXIème siècle, à la fin de la première décennie, un débat, sans mémoire et sans histoire(s), sur quelque chose qui n’existe pas : l’identité nationale. On veut la faire exister, consister. On nous assure qu’il ne faut plus avoir peur de dénoncer, de trahir, des valeurs et des personnes, on peut tout dire à propos de ceux qui sont nos étrangers. Sont-ils encore nos prochains ? Oui, nous dit le pape. Ils mendient aux portes des églises. Trop proches, alors ? Trop nombreux ? Ces êtres qui nous collent au regard, et nous mettent sous le regard des réalités inhumaines, des corps fatigués, sans abris, parlant des langues ignorées de nous, comme des bêtes. Jouissances ignorées de… nous-mêmes.
Pas beau à voir ? L’art contemporain nous a habitué à ce défaut de beauté qui caractérise notre époque. On a levé les voiles de la pudeur pour les besoins de la globalisation. Marché absolu : tout se vend, tout s’achète à n’importe quelle condition, et il n’est plus nécessaire d’envelopper les objets de jouissance dans des belles formes, là comme ailleurs. Jusqu’à nous faire admettre qu’il est bien –politiquement correct- de pouvoir montrer pour des bonnes causes, ce qui d’habitude, de par la tradition, ne se dévoilait que pour le pire. A la Biennale de Venise et dans une galerie parisienne, en 2009, des installations et des films montraient ces réalités…mais comment en parler ? Il semblerait que ces images de l’art empruntant leurs sujets aux images télévisuelles (documentaires montrant « le réel ») ne soient pas appréciées des amateurs. Il n’y avait pas de ça à la Dogana, à Venise chez un collectionneur mondialement connu ! Trop réaliste ? Pas assez fantastique ou spectaculaire ?
Ces œuvres portent une intention au-delà du monde de l’art, au-delà de la laideur, et de l’horreur « visible », au-delà du « faire pitié », elles montrent des paysages et des architectures bizarres, des zones étranges à la frontière de la vie humaine, des hommes qui vivent là, qui parlent, sans commentaires. Ces œuvres, en tant qu’art, demeurent là sous nos yeux dans des lieux paisibles, elles insistent, elles reviennent en boucle au lieu de filer derrière une autre info insipide. On croit avoir déjà vu, on croit savoir de quoi il s’agit, mais l’art ne dit rien de ces significations déjà là, il nous laisse dans la perplexité devant ce que produit notre monde : l’inquiétante étrangeté.
De quelque bord que l’on soit : de gauche, de droite, au centre, aux extrêmes, on dénonce : c’est insupportable, il faut faire quelque chose, il faudrait que leurs pays respectifs fassent en sorte de ne pas les laisser sortir. Fermer les frontières ! Selon la couleur politique, les moyens invoqués diffèrent, mais tous disent : qu’ils restent chez eux ! Qu’on arrête de se mélanger ! On ne retrouve pas ses petits.
Débat d’actualité, dans lequel s’engouffrent tous les ressentiments, toutes les haines de soi et de l’autre, de tous les autres. Pourquoi débattre en même temps que continuent des chasses à l’homme dans les bois. Causer pendant que des chercheurs inventent des détecteurs de CO2 -écologie ironique- produit dans les cachettes des camions, machines qui sont encore à perfectionner car les transports de légumes brouillent les signaux, des alarmes qui obligent les chauffeurs à descendre de leur cabine pour permettre des fouilles. Ils sont traqués, pourchassés, pour une question d’identité : ils sont « sans papiers ». A quoi bon ? A l’époque de la globalisation, tout se vend et tout s’achète. Ces êtres sans identité humaine sont purement des forces de travail qui cherchent à se vendre à n’importe quel prix, esclaves modernes dont les « passeurs » sont les modernes marchands. Leurs employeurs leur donneront un prix, une valeur monnayable, le temps d’être rattrapés par les lois et leurs hommes.
 
Problème : Immigration ? Intégration ? Assimilation ? Lisez : « notre nation s’est constituée au fil des siècles par l’accueil et l’intégration des personnes d’origine étrangère. » Dans ce conte de fées, les siècles se suivent et se ressemblent. Il ne manque pas, dans les débats organisés par les préfets, de témoignages d’étrangers qui ont réussi à s’intégrer, à s’adapter au monde environnant réduit au monde du travail et qui ont donc pu devenir français. Preuve que la France est une bonne mère, une bonne terre, d’accueil. N’y aurait-il plus d’historiens, plus de citoyens, de « martyrs » pour témoigner du contraire ? Des mots, des mots…
Solution : Des contrats de bonne conduite signés avec la Nation : voilà ce à quoi doit aboutir le processus dit « d’intégration », voilà à quoi sert le débat sur l’identité nationale. Il y a des passagers clandestins sur le navire France, mais il y a pire : des mauvais matelots qui risquent de le faire couler. On va leur apprendre à parler, à bien se tenir, à respecter la valeur des insignes de la France.
Conclusion : Evaluation ! Evaluation ! Qui veut évaluer ? Des appels d’offres sont lancés auprès de consultants pour établir des critères et des grilles d’évaluation du niveau d’intégration qui vaudra pour prétendre à la nationalité française. Qui veut être évalué ?
 
Pendant ce temps-là, l’Espagne distribue généreusement un passeport espagnol, voire la nationalité, à tous les enfants et petits-enfants de réfugiés de la guerre civile, sans plus preuves et de formalités que des dates et lieux de naissance.
 
*Ce texte a été publié dans Varia, Journal des Journée n°88, le 02 février 2010
 
 
Tags associés à cet article: beauté, horreur, identité, Évaluation, étrangeté

mardi 12 janvier 2010

Une éducation cognitive - Eric Zuliani

 Éric Zuliani, psychanalyste, membre ECF

 Y a-t-il une poussée du cognitivisme dans le champ de l’éducation ? Oui. Que la chose soit sue fait apercevoir, qu’après les Universités, ce sont à présent les lieux de formation – IUFM compris –, du vaste champ médico-social où l’on y dénonce un « endoctrinement par la psychanalyse » allant de paire avec l’entrée en force de la culture de l’évaluation. Un livre paru l’année dernière, permet de comprendre de quoi est faite cette poussée. Génération Dolto de D. Pleux. Docteur en psychologie du développement, directeur de l’Institut français de thérapie cognitive, personnage aux succès de librairies, ayant participé activement au funeste Livre noir de la psychanalyse.
Bien que structuré en un certain nombre de chapitres, le propos du livre est redondant – pour un cognitiviste c’est tout de même un problème ! On y apprend peu de choses tant la messe est déjà dite et le style proche d’un mauvais manuel d’éducation.
Son angle d’attaque – l’examen de la pratique de Dolto –, lui permet de faire le procès de la psychanalyse qu’il aimerait voir considérée comme une vieille lune soixante-huitarde révolue. Il va jusqu’à dénoncer sa « toxicité ». Le livre aurait pris une tournure plus sérieuse si l’examen de l’œuvre de Dolto avait consisté à souligner ce de quoi elle était restée prisonnière : conceptions développementales ; affirmation selon laquelle tout est langage ; pratique de l’interprétation trouvant son efficace suggestive dans le registre des significations.
Après lui avoir rendu un hommage ambigu, il ne peut s’empêcher de livrer dès les premières pages un double chef d’accusation. Il hésite entre le fait de savoir si l’enseignement de Dolto a directement produit nos enfants d’aujourd’hui, ou si lesdits enfants ne sont plus les mêmes que ceux des années 70. Au premier chef d’accusation correspond la volonté de rendre la psychanalyse coupable des maux de notre jeunesse ; du second se déduit une visée de reprise en main par « les praticiens cognitivo-comportementalistes [qui] ne sont pas des dresseurs, mais des éducateurs ». N’hésitant pas à faire feu de tout bois, une partie est consacrée à une autre « thèse » : et si l’éducation façon Dolto s’expliquait par la vie de la jeune Françoise ? Oserions-nous, ici, supputer sur ce que fut le jeune Didier, à partir du style d’adresse à l’enfant que le bon docteur Pleux préconise : « Tu sais enfant, la vie est ce qu’elle est. Pas besoin d’ajouter des qualificatifs à ce qu’est la vie. »
Peu à peu se dessine le portrait d’un enfant adéquat aux méthodes cognitivistes. Un être immature qui ne veut que des informations claires sur la question qu’il se pose – ai-je le droit ou non ? –, qui peut s’exprimer mais pas trop, qui ne vise que des satisfactions immédiates, attaché à ce qu’il voit et non à l’insoupçonné ; bref, un « défoulé » ! On n’est pas étonné de découvrir que la notion clé qui prétend être à la hauteur de cet enfant « agresseur de son environnement et usurpateur du pouvoir dans la famille », est l’apprentissage. Retenons cependant cette première leçon, pour nous-mêmes, des dangers de spéculer sur un soi-disant « nouveau sujet », permettant de promouvoir de « nouvelles pratiques » qui s’avèrent être, en fait, de « bonnes vieilles méthodes ».
Un programme éducatif s’en déduit qui « décompose, selon les termes de Lacan, jusqu’à la niaiserie, tout dramatisme de la vie humaine ». Il faut d’abord frustrer, pour produire le vrai désir. L’exemple donné par Pleux, fait alors froid dans le dos : « Comme Sartre le disait : on a jamais été aussi libre que sous l’occupation. » Il faut, ensuite, apprendre à l’enfant ce qu’est « la vraie réalité » : pas celle de l’inconscient mais celle où les choses sont ce qu’elles sont et où elles ne signifient rien de particulier. Il faut cesser de parler à l’enfant et à l’adolescent, de tout expliquer, de vouloir déchiffrer ; agir, en fait, – au risque de la violence, point non abordé – pour qu’il obéisse. Le livre spécule – c’est la deuxième leçon - à partir d’une lecture fautive de Freud, via Dolto, sur une disjonction, commune et dangereuse, entre réalité effective et réalité psychique. À partir de là, Pleux ne voit aucun inconvénient à ce que la psychanalyse continue de s’occuper de la réalité psychique. On comprend alors la pertinence conceptuelle du propos de J.-A. Miller selon lequel « la réalité psychique c’est la réalité sociale […] et qu’il suffit, pour ôter tout allure de paradoxe […] de rappeler qu’au fondement de la réalité sociale, il y a le langage ». Il faut enfin former un moi fort, ce qui ne peut passer que par des exigences et des interdits, tout autre manière de faire emportant le soupçon de permissivité, tarir la conversation avec la jeunesse où il s’agit – dangereusement ! -, de « quitter le verbe pour le réel ».
Pour conclure, Pleux rappelle la définition du terme « éduquer » du Littré, qu’il interprète ainsi : c’est aux parents d’élever l’enfant. La définition, pourtant, se garde bien de nommer explicitement le partenaire de cette éducation et rejoint celle de Lacan quand il évoque parfois ce qu’il entend par éducation : le sujet s’éduque seul, certes, mais pas sans le désir de quelques-uns. Pour Pleux, au contraire, c’est l’adulte qui est acteur de l’« adaptation à la réalité », et si cela ne marche pas, le thérapeute cognitiviste.
Relisons, donc, la leçon du Séminaire X que Lacan consacre à l’expérience dite du robinet de Piaget. Étudiant l’intelligence de l’enfant, il le soumet à l’expérience suivante : un adulte explique à un enfant les principes élémentaires qui régissent le fonctionnement d’un robinet. Celui-ci, à son tour doit transmettre à un autre enfant les dites explications. Piaget est déçu par la pauvreté de la transmission et se demande pourquoi ? Interprétation de Lacan : avant tout, tourner et parler d’un « robinet », donne envie de faire pipi !
Tags associés à cet article: cognitivisme, transmission, Évaluation, éducation

jeudi 24 décembre 2009

Les petits maux de Mlle Socrate

Jean Reboul, psychanalyste membre ECF

 Mais je ne suis pas psychologue ! dit-elle entre deux sanglots. Deux consultations seulement et elle était à bout de forces. Désemparée. Elève sage-femme en fin d’études, Mlle Socrate s’était présentée dans le service de Gynécologie et d’Obstétrique du C.H.U pour y être admise comme stagiaire. Elle avait sorti d’un grand classeur vert une feuille à l’en-tête de son Ecole sur laquelle était imprimé le titre de son mémoire : « Les petits maux de la grossesse ». Stimulé par l’intérêt clinique de son thème de travail, peut-être aussi par la résonance de son patronyme, j’acceptai aussitôt la qualification de « Maître de stage » et je l’invitai à commencer sur le champ.
 
La première patiente, enceinte de vingt quatre semaines environ se plaignait de son ventre. De sa grossesse, elle n’en disait rien. Mais elle parlait de sa douleur. De sa douleur et de ses nausées. Elle avait « un besoin impérieux de rejeter ». Ou plutôt, précisait-elle, « une envie d’une grande violence ». Je la laissais s’exprimer laissant à plus tard les indispensables précisions de la surveillance biologique de la gestation.
Elle parlait. Avec ses mots. Je regardais de temps en temps Mlle Socrate qui avait sorti un bloc note et un crayon. Elle était pétrifiée. La page restait blanche, comme sa blouse et comme son visage. Tout était lisse, uniforme.
Je risquai quelques brèves interventions : j’attendais, chez mon élève, une réaction, un mouvement. Pas même. Mais j’espérais.  
Quand j’évoquai le père il se passa enfin quelque chose. La pointe « bic » que la sage-femme tenait dans sa main droite descendit jusqu’à la feuille mais n’y imprima qu’un point. Aucune écriture ne prit corps.
 
Le signifiant « père » avait ouvert une brèche dans le discours de la patiente. Elle racontait :
Il part très tôt le matin. Les journées sont très longues. J’attends. Mais quand il rentre, sa présence ne m’apaise pas non plus.  L’homme, expliquait-elle, s’était « détaché ». Il s’était éloigné dès les premières semaines de la grossesse. Il avait même dit qu’il ne pourrait plus s’approcher de ce corps nouveau. Alors elle attendait, sans comprendre. Et le soir, quand il rentrait, les douleurs et les nausées se manifestaient avec plus de violence encore. Elle trouvait les mots qu’il faut, les siens, pour dire que celui qu’elle avait choisi fuyait la place que sa fonction lui désignait: Je l’attends toujours où il n’est pas, disait-elle. Sans lui, je ne peux être mère, mais avec lui, maintenant, je ne le peux pas non plus. Que vais-je faire ?
 
Le « don de la parole »
Comment naître s’il manque une parole de reconnaissance ? Elle savait, cette femme, que le père fait don de la Parole et qu’il en est ainsi de la transmission du désir. Elle nous demandait d’accueillir sa présence, car la présence en appelle à un commencement : et ce moment privilégié est pétri de mots et de corps et de sexe. En ce temps et ce lieu où la parole advient quand on accepte d’être le témoin de ce temps de l’origine. Comment la jeune sage-femme peut-elle entendre, de sa place, que pour recevoir l’appel d’un patient il faut lui offrir notre aptitude à nous interroger pour « savoir ce qu’il veut faire croire » 1 ?
 

J’aurais voulu dire à Mlle Socrate : qu’être dans le domaine de la parole, aujourd’hui, c’est entendre qu’une femme enceinte désire être reconnue, qu’être dans le domaine de la technique, c’est aussi accepter sa dimension profonde en respectant le corps par un examen attentif avant de le livrer à l’évaluation instrumentale,

 
 
 
que la conception, la naissance n’ont rien à attendre de la technique quand elle évalue, calcule et programme. Quand elle affirme un savoir nouveau : celui qui ne tient aucun compte de la vérité et dont une visée frénétique des résultats ne laisse aucune place pour le manque. J’aurais souhaité transmettre à Mlle Socrate qu’on ne peut interroger son désir de soigner et de « guérir » par l’objectivité et la certitude.

Et transmettre c’est aussi témoigner : au moment de l’examen, j’invitai la jeune sage-femme à s’approcher pour y participer. Mais elle était déroutée. Elle posa ses mains sur le ventre rond. D’abord avec hésitation, après avoir jeté un coup d’œil furtif au « monitoring » que je n’avais pas sollicité. L’utérus était « tonique », il est vrai. Mais un relâchement s’exprimait très vite quand les mains allaient à sa rencontre. Et le col utérin ne présentait aucune béance.
Pour entendre le cœur de l’enfant j’écartai le doppler fœtal dont le souffle métallique chante, pour tous, le même refrain. Je choisis le bouche à oreille du stéthoscope :
Et nous avons écouté, un par un, parce que nous étions invités à entendre ce signe initial d’un échange. parce que c’est dans le regard de l’autre que l’être humain «s’apprendra
comme corps », et parce que c’est dans l’autre qu’il apprendra, aussi, avant le langage, à reconnaître son désir. (2) Accepter cette première rencontre avec l’enfant d’homme, c’est aussi accepter d’entendre qu’un bruissement de vie peut devenir parole. Parole, moyen d’être reconnu, dit Lacan. Parole qui est là « avant toute chose qu’il y a derrière. Et, par là, elle est ambivalente, et absolument insondable ». (3) Et ce mirage premier nous assure que nous sommes entrés dans son champ. Sans cette dimension, ce matin, notre communication ne serait qu’un mouvement mécanique.
 
Le danger
 
Après le départ de la jeune femme, je dis simplement à Mlle Socrate que la clinique est une source féconde, toujours recommencée, qui nous enseigne et toujours nous interroge. Et qu’être au plus près de la technique ne nous dispense pas d’accueillir une demande avec respect. Elle éclata encore en sanglots, balbutiant toujours : « mais je ne suis pas psychologue ! ». Puis elle sortit une liste de son classeur vert, avec précipitation. Presque avec frénésie. Une liste, précisa-t-elle, avec 120 questions. Il fallait y répondre par « oui » ou par « non ». Cette forclusion du discours fermait tout horizon. Mais j’appris bien vite qu’il en était de même au plus haut niveau de l’institution. Ce qui témoignait, pour mon élève, dans le contexte où elle évoluait, d’une résistance incurable. Le lendemain, mon chef de service me précisa qu’il avait lui-même libellé le titre du mémoire et que « les petits maux », pour lui, ne comportaient aucune ambiguïté. Il faudrait donc en rester là. Certes, il entendait bien que le travail que je proposais était intéressant. Il conclut, avec amitié, qu’il m’accordait toute sa confiance. J’étais informé.
 
Mlle Socrate ne se présenta pas à la consultation suivante. Mais je reçus un appel téléphonique à l’heure de notre rendez-vous. La responsable des études de l’Ecole, elle-même, me demanda de mettre un terme à des initiatives qui entravaient les projets de travail de l’institution. Elle s’était adressée à moi, me dit-elle, pour une fonction précise : l’accueil d’une élève sur un terrain de stage. Il n’avait jamais été question de changer l’ordre établi. Elle précisa qu’une liste avait été remise à la stagiaire et que des réponses devaient être enregistrées. Le ton du propos ne laissait point d’espace pour un dialogue. Je répondis donc, courtois mais abrupt, que je ne serais point le complice d’une attitude trop éloignée de mon éthique. Ainsi s’éteignit ma brève rencontre avec la sage-femme Mlle Socrate.
Elle trouva un autre lieu d’accueil, dans le même service. Je la croisais dans les couloirs. Mince, transparente. Un crayon dans la main et la liste dans l’autre. Je la surpris, un jour, courant derrière la question : - Avez-vous des nausées ? - Combien de fois par jour ?
Elle marchait, absente, les yeux rivés sur les cases vides. La répétition de cette insistance à remplir était devenue son symptôme. Elle maigrit. Devint plus pâle encore. Sa poitrine se creusa et son dos s’arrondit. Elle portait les bras ballants lourds comme des balanciers plombés, rappelant celui de la pendule  des « Vieux » dans la chanson de Jacques Brel :
 
« Qui dit Oui
Qui dit Non
Qui dit Oui
Qui dit Non »
 
Elle paraissait aussi plus grande. Comme si elle s’était allongée. Et cette métamorphose lui enlevait tout souffle de vie. C’est cela. Elle s’était allongée, comme une liste. Car la longue liste, elle l’était devenue…L’histoire de Mlle Socrate doit être reçue comme un cas clinique. Et non comme l’illustration généralisable de la formation des sages-femmes : j’ai pour elles le plus grand respect et les qualités professionnelles dont je peux témoigner tous les jours dans ma pratique ne sont plus à démontrer. Le cas illustre, pour tous, un danger menaçant dont nous devons nous préserver.
 
1 Lacan J., Le Séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Paris, Seuil, 1975, p.264.
2 ibid, pg 193
3 ibid, pg 264
 
 
 
 
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lundi 28 septembre 2009

Une hirondelle ne fait pas le printemps

 

Augustin Menard, psychanalyste, membre ECF

 

Trois nouvelles récentes auraient pu nous réjouir : la déclaration de Nicolas Sarkozy à la Sorbonne affirmant la fin de "la religion du chiffre", précédée il y a peu par le renoncement à l'évaluation des ministres reconnue comme inadaptée, enfin la remise par la Commission "ad hoc" du rapport concernant le remplacement du P.I.B. par un indice prenant en compte le bien-être de la population.Certes, on ne peut accueillir que favorablement ces informations qui semblent tenir compte d'idées qui nous sont chères.
Grâce à l'organisation des Forums par Jacques Alain Miller nous avons fait savoir, haut et fort notre opposition à la dictature du chiffre, à l'utopie de l'évaluation généralisée et au rejet de la prise en compte du sujet. Pourrions-nous y déceler le signe avant-coureur d'un changement ? Aurions-nous été entendus ? La courbe de montée en puissance de l'évaluation serait-elle en train de s'inverser ? Aurait-on abandonné une conception réductrice de l'être humain ?
Suite à l'émission "Ce soir ou jamais" du 18 septembre sur France 3, on ne peut que déchanter. Les interlocuteurs de Jacques Alain Miller, malgré leurs bonnes dispositions évidentes, semblent n'avoir rien entendu à ses objections. L'utilisation de la notion de « bien-être » introduit nécessairement la subjectivité, des exemples frappants ont d'ailleurs été évoqués : telle population en proie à une guerre civile s'estime plus heureuse que celle de Californie à la même époque… Mais là où le bât blesse c'est que les bonnes intentions ne suffisent pas. Nous avons appris avec Lacan à nous orienter sur une éthique des conséquences.
Comment va-t-on intégrer cette nouvelle donnée ? En la mesurant. L'échec est assuré, car jamais le quantitatif ne pourra résorber le qualitatif. Le singulier, le subjectif, ne peut s'inscrire dans le : "valable pour tous".
Jacques Alain Miller a fait valoir un deuxième facteur : cette force insidieuse parce qu'inconsciente qui émane de l'Idéal du Moi et à laquelle n'échappe pas cette nouvelle conception du bien-être. De la névrose à la psychose, à l'insu du sujet et sous diverses modalités, s'impose une autoévaluation source d'une "servitude volontaire".
Bien avant Freud la littérature nous a fourni des exemples de "bonheur dans le malheur", satisfaction paradoxale chez cet étrange animal parlant qu'est l'homme. Comment le faire entrer dans un indice ? La fin de notre combat n'est pas pour demain. La religion du chiffre n'est pas morte…
 
 
 
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jeudi 7 mai 2009

la LRU et ses dangers - Sophie Marret

 

 

Sophie Marret, psychanalyste, membre ECF

 
 La Loi relative aux Libertés et Responsabilité des Universités et le cortège de réformes qui l’accompagnent sont en train de consacrer l’évolution de l’Université vers l’entreprise et son insertion dans l’économie de marché, ce qui contribue à infléchir la conception du savoir vers sa réduction à une marchandise, sous l’influence des idéaux cognitivistes, perspective qui n’est pas sans dangers pour la psychanalyse, notamment pour la diffusion de ses concepts.
Les signataires de la déclaration de Bologne, en 1999, s’engageaient à « apporter une dimension intellectuelle, sociale et technologique à la construction européenne ; former les citoyens du 21ème siècle autour des valeurs partagées par l’ensemble de l’Europe, faciliter la libre circulation des étudiants et des enseignants ; élever le niveau de l’enseignement supérieur européen pour lui donner ses chances au niveau mondial »1. Toutefois, Christophe Charle souligne combien, dès 2000, avec l’adoption de la stratégie de Lisbonne, « les finalités ont complètement changé » : « Loin de donner un supplément d’âme culturel et civique à l’Europe, c’est plutôt l’enseignement supérieur qui se trouve soumis aux principes généraux, économiques, voire économicistes de l’Europe des Six initiale »2. Cette réorganisation des systèmes universitaires en « Mac Universités » sur le modèle néo-libéral et gestionnaire, s’inspire du succès anglo-saxon à attirer des étudiants asiatiques (nouveau marché), sans s’interroger sur la part que prend la domination de la langue anglaise dans cette « réussite »3. On assiste à une accentuation de visées professionnalisantes qui s’accompagnent d’une simplification des parcours en vue de l’obtention rapide d’un diplôme. « Les disciplines académiques traditionnelles sont de plus en plus concurrencées par de nouvelles disciplines définies, non par des méthodes ou des traditions intellectuelles, mais par des objets ou des domaines d’intervention et en prise directe sur la demande sociale, économique ou professionnelle »4. « L’idée générale derrière les projets éducatifs de l’Union européenne, explique Chris Lorenz, est donc économique et s’apparente au travail de standardisation des économies nationales : il s’agit d’augmenter la compétitivité en réduisant les coûts »5, Les enseignants et les chercheurs sont dès lors sommés de rendre des preuves de leur « rentabilité ». Il résulte de cette évolution un déclin des sciences théoriques et fondamentales. « L’économie capitaliste ne tire plus sa légitimité idéologique de la science, comme c’était le cas à l’ère du « capitalisme tardif », selon les analyses de Jürgen Habermas : désormais la science elle-même est sommée de se justifier d’un point de vue économique »6. Pour lutter, les disciplines traditionnelles se vêtent de parures douteusement professionnelles. Chris Lorenz constate : « ce qui constituait autrefois un droit des citoyens garanti par la loi – l’enseignement supérieur – est transformé en bien marchand sans qu’aucun débat politique n’ait lieu au niveau national »7. Christophe Charle souligne néanmoins combien pareil système ne peut qu’aboutir à une impasse économique : au renforcement des écarts en termes d’accès au travail, à l’augmentation des droits d’inscription du fait d’une autonomisation des universités reposant sur un désengagement de l’état au profit des fonds privés, à l’exclusion accentuée des couches sociales les plus pauvres, à l’appauvrissement du savoir et de la recherche au profit de la bureaucratisation de l’enseignement. Ce tournant est au cœur du combat actuel des universitaires contre la LRU qui consacre cette évolution, fondée sur des idéaux cognitivistes.
En effet, en 1973, Talcott Parsons et Gerald M. Platt, sociologues, d’orientation cognitiviste, rédigeaient un ouvrage résultant d’une étude commandée par une association issue de l’Académie des Arts et des Sciences américaine dans lesquels ils préconisaient une orientation de l’Université qu’il est frappant et inquiétant de voir s’appliquer en France aujourd’hui. Tenant le savoir (que l’anglais ne distingue pas de la connaissance) pour un « objet culturel qui inclut un système cognitif »8, et considérant « la valeur essentielle de l’université est la rationalité cognitive »9, ils estiment : « Pourquoi, si les facultés des arts et des sciences, produisent des services aux étudiants de la première année au doctorat, ne seraient-elles pas considérées comme des sortes d’usines, reliées à leur clients par un marché fondé sur une offre de services d’enseignement. Pourquoi ses produits ne seraient-ils pas rendus aux consommateurs qui paieraient pour l’acquisition de ceux-ci, sans que soit maintenue la relation de solidarité particulière actuelle entre producteurs et consommateurs ? », la connaissance est alors définie par ces auteurs comme un bien de consommation10. Nulle naïveté, nulle fiction en ces lignes, il faut y lire l’expression claire de ce qui se dessine aujourd’hui avec la mise en concurrence des universités, l’appel à l’investissement privé pour leur financement, le principe de concurrence et de rendement, en termes de recherche, appliqué aux enseignants, les normes d’évaluations de la recherche fondées sur les idéaux cognitivistes. En participent notamment l’évaluation des publications par un système de classement de revues produit par l’Agence d’Evaluation de la Recherche Scientifique, dont les membres sont nommés par des instances largement commandées par le gouvernement et les milieux économiques et qui déterminent les carrières des enseignants. Conjuguée à la LRU, si vous ne publiez pas dans les bonnes revues, vous êtes un mauvais chercheur, donc vous verrez vos heures d’enseignement augmenter, l’enseignement devient punition, vous verrez vos équipes de recherche refusées à l’accréditation et enfin fermer les masters dont l’existence dépendent de celles-ci. Ces critères reposent sur une évaluation strictement quantitative, et risquent d’entraîner l’exclusion de champs disciplinaires entiers ou d’orientations théoriques spécifiques, la psychanalyse par exemple.
La conception du savoir en jeu pour la psychanalyse se situe aux antipodes du modèle dominant prônant la marchandisation d’une connaissance rationnelle et utilitaire. Par ailleurs, si Lacan donne le savoir textuel et la logique comme socle de la formation des analystes, c’est précisément parce qu’ils permettent de toucher le trou dans le savoir, recouvert par la connaissance. Diminuer la part de ces enseignements dans la formation des enseignants (comme on le propose actuellement), avec une incidence sur la conception des cursus universitaires (largement orientés par les concours d’enseignement), fait enfin courir un risque aux enseignants, aux élèves, au sujet, aux psychanalystes (fermant une voie d’accès au savoir textuel qui peut conduire vers la psychanalyse et contribuer à la formation des analystes).
 
(1) Christophe Charle, « Universités françaises et universités européennes face au défi de Bologne », in Les ravages de la « modernisation » universitaire en Europe, C ; Charle et C. Soulié (dir.), Paris : éditions Syllepse, 2007.
(2) Ibid., p. 11-12.
(3) Chris Lorenz, « « L’économie de la connaissance », le nouveau management public et les politiques de l’enseignement supérieur dans l’Union Européenne », in Les ravages de la « modernisation » universitaire en Europe, p. 38.
(4) Christophe Charle, « Universités françaises et universités européennes face au défi de Bologne », in Les ravages de la « modernisation » universitaire en Europe, p. 13.
(5)Chris Lorenz, « « L’économie de la connaissance », le nouveau management public et les politiques de l’enseignement supérieur dans l’Union Européenne », in Les ravages de la « modernisation » universitaire en Europe, p. 43.
(6) Ibid., p. 34.
(7) Chris Lorenz, « « L’économie de la connaissance », le nouveau management public et les politiques de l’enseignement supérieur dans l’Union Européenne », in Les ravages de la « modernisation » universitaire en Europe, p. 51.
(8) Talcott Parsons et Gerald M. Platt, The American University, Harvard University Press, 1973, p. 17.
(9) Ibid., p. 26.
(10) Ibid., p. 125-126.
 

 

 
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dimanche 26 avril 2009

La situation en France des personnes, enfants et adultes atteintes d'autisme* - Marie-Elisabeth Sanselme-Cardenas

 

 Marie-Elisabeth Sanselme-Cardenas, Médecin, Clermont-Ferrand, membre de l'ACF-MC

 
 Ce rapport documenté et exhaustif reprend la situation des autistes et de leur famille jusqu’en septembre 2007 et se place d’un point de vue éthique. Nous nous associons au constat de pénurie d’accueil, d’abandon que ressentent ces familles. Cependant le rapport peut surprendre par certaines affirmations ou de graves oublis. Nous souhaitons dans un but réellement éthique devant la détresse et l’urgence des familles et dans un but de rassemblement seul garant d’une efficacité à brève échéance, nous associer à la dénonciation des points qui y sont bien étudiés et décriés. Ensuite, nous allons voir les points qui peuvent surprendre et même offenser certains cliniciens qui ont consacré leur vie à aider les autistes.
Nous essaierons de concilier les points de vue dans l’unique objectif de diminuer la souffrance dans la vie des autistes et par là dans celle de leurs familles pour conclure que nous avons à nous enseigner d’eux.
 
POINTS CHOQUANTS DE L’AVIS
 
Le récit de l’errance de l’autisme est partial et réducteur et conduit à une augmentation du conflit et de l’abord dualiste délétère qu’il dit vouloir dénoncer.
Pour des personnes qui regrettent que l’on se soit contenté de querelles théoriques en France, ne dirait-on pas qu’en passant sous silence la période de 1950 à 1980 on cherche à accuser la psychanalyse en déniant l’existence et l’œuvre théorique et clinique de J. Lacan et de ceux qui ont suivi en France et dans le monde ?
 
Il est choquant qu’un Comité d’Éthique se permette de porter une accusation actuelle contre la psychanalyse en général à travers une seule interprétation d’une seule théorie.
Dire « Si la vision psychanalytique de la cause de l’autisme a été et est toujours trop souvent encore dans notre pays, cause de souffrance pour les enfants et leurs familles… » est une opinion aussi réductrice que ce que le texte prétend décrier. C’est porter une accusation grave sur tout un groupe de professionnels honnêtes et compétents et sur une thérapeutique dont la recherche clinique ne cesse de progresser et de répondre aux nouvelles formes des symptômes. C’est écarter de principe une prise en charge par essence singulière quand on prétend vouloir « une prise en charge individualisée, précoce et adaptée ».
L’autre point qui peut choquer c’est que l’Avis ne donne pas la priorité absolue à la diminution de la souffrance du sujet autiste sur toute autre considération y compris la souffrance de sa famille et sa demande de ramener l’enfant dans la société.
Il ne s’agit nullement d’évaluer la souffrance, ce que nous récusons par principe, la douleur morale « est » et ne se hiérarchise pas. Il s’agit d’aider les plus démunis face à elle et par là même leur famille mais pas l’inverse.
Enfin, on pourrait peut-être davantage prendre en compte l’avis d’autistes qui sont sortis de leur isolement.
 
POINTS DE DÉSACCORD QUANT À LA CONSIDÉRATION DE L’AUTISTE
 
Après Lacan, si on considère que l’autiste a fait le choix du refus d’entrer dans le langage, cela montre que la sortie n’est pas gagnée mais possible, c’est le grand espoir que les familles peuvent garder. Mais pas une sortie programmée à la place de l’autiste ou au prix de l’augmentation de sa souffrance. La contradiction entre la considération de la singularité et l’existence de plans ou de méthodes préfabriquées, anticipées est manifeste. Des plans ? Oui, mais des plans financiers à mettre rapidement en œuvre pour prendre en charge ces sujets.
La sortie de l’autisme est possible mais variable, imprévisible. La décider d’avance c’est mettre encore une fois ces enfants et ces familles devant une gageure et un nouveau risque de souffrance par l’échec, par la peur d’avoir mal fait à la moindre variation du résultat par rapport à l’objectif via un choix qu’on a fait à leur place ou avec eux mais sans laisser une place à la réalité inconnue du sujet.
La « participation active des parents et des familles » doit être un choix de la famille au cas par cas avec des changements possibles en fonction des signes d’ouverture de l’autiste. Les familles ne doivent pas être culpabilisées si elles ne peuvent faire face à une prise en charge au domicile même voulue au départ.
Le rapport définit l’autisme comme « handicap fréquent et majeur » ce qui est en contradiction avec la notion de pluriel des autismes et « une très grande hétérogénéité » ou « capacités intellectuelles hors du commun parfois associées » d’où l’invitation à utiliser les termes « syndromes autistiques » ce qui peut convenir mais ce qui laisse penser que le mot de handicap n’est pas adapté pour l’autisme. De même « l’existence d’une relative autonomie à l’âge adulte », laisse penser une sortie possible de l’autisme qui  prête à confusion. Par ailleurs, le rapport rend l’autisme synonyme de «  troubles envahissants du développement » ce qui est un choix d’étiologie alors que l’avis reconnaît l’absence d’étiologie connue actuellement.
Comprendre qu’ils sont dans cette situation par un choix dont ni nous ni eux-mêmes ne connaissons la cause est peut être une clé qui leur permette une vie avec d’autres, petit à petit.
Quant au fait de « se révéler », c’est tout de même à « l’autre », c'est-à-dire à nous qui le pouvons, de faire le pas vers eux. Pour leur frayer une voie de sortie, il faut entrer dans leur langue, y trouver quelque chose qui puisse faire lien et non les obliger eux à sortir manu militari de leur langage pour venir dans le nôtre.
On parle d’un accompagnement et d’« une prise en charge individualisée précoce et adaptée » cela laisse une place entière à la psychanalyse elle qui est attachée à l’individu dans sa singularité.
Quand on parle « d’une attitude ouverte, généreuse et respectueuse de la singularité », on parle précisément de ce que la psychanalyse recherche : établir « une confiance qui diminue sa souffrance et qui favorisera un comportement social plus élaboré », c’est la seule fois où c’est écrit nettement dans ces trente pages.
Pour le répéter, ce que fait la psychanalyse actuelle ou moderne, c’est reconnaître la singularité de l’autiste en essayant d’entrer dans sa lalangue pour diminuer sa souffrance par la confiance, seul moyen d’espérer une réponse à nos demandes, quel que soit le temps pour l’obtenir.
 
Il faut parler d’inscription à l’école avec une grande prudence car est-ce une école vraiment  adaptée qu’on évoque, une école qui leur permette de moins souffrir tout en avançant dans leur socialisation, si elle est possible à ce moment-là sans prise de risque inconsidérée? Est-ce qu’il ne faut pas donner la priorité à l’autiste lui-même et à son isolement douloureux plutôt qu’à la satisfaction des parents et de la société même s’ils sont légitimes et ce vers quoi il faut tendre ?
 
Employer les termes « troubles envahissants du développement », « abandon de la théorie psycho-dynamique » c’est se donner une bonne raison de mettre les autistes au travail jusqu’à 40 heures par semaine avec des objectifs à atteindre décidés presque sous une forme de torture en tous cas avec de la souffrance.
 
Quand au problème de l’évaluation des méthodes : une évaluation ne peut se faire que sur une vie entière d’autiste et encore en évitant les pièges dans l’interprétation. Par ailleurs personne ne peut se permettre de juger si elle vaut la peine d’être vécue.
Si le seul but de la vie c’est d’être capable de faire exactement ce que la génération précédente a décidé qu’il était bon de faire pour la génération suivante, alors on est à côté de ce que la tradition philosophique humaniste a pu penser et le mot « éthique » perd son sens. Les droits des êtres humains doivent être les mêmes pour tous au sens et au vu de la loi, la façon de mener sa vie personnelle ne peut être qu’unique. Nous dénonçons pour ce qui touche à l’être humain, la « manie » du consensus. Le consensus est contraire à l’application du cas par cas. Il n’y a pas de consensus pour exprimer ce qui est bien ou même bon pour la vie d’un être humain.
 
CONCLUSION
 
De même que souvent en médecine c’est l’analyse du dysfonctionnement du corps qui apprend les ressorts de la physiologie, permettant ainsi de chercher comment éviter de tomber dans le dysfonctionnement ou comment revenir par un traitement au fonctionnement habituel, de même, pour une fois il faudrait que, en matière de psychologie ou de vie humaine, on s’inspire, comme cherche à le faire la clinique analytique de ceux qui ont fait des choix différents, pour mieux comprendre les lignes droites et les accidents d’un parcours de vie singulière. Aussi, ce serait un grand pas que de reconnaître les risques de l’éducation donnée à ceux qui sont considérés comme normaux en décidant souvent à leur place de ce qui doit être un parcours sans faute et en laissant seulement des rattrapages, quand ils existent, à ceux qui n’ont pas suivi la voie royale. Remettre en question le but de seule réussite sociale de notre éducation à l’occasion de la prise en compte de la souffrance particulière des sujets autistes, serait un grand enseignement de leur part, une avancée et une évolution bénéfique vers une éducation qui prenne une voie moyenne entre celle de la réussite sociale au prix du bonheur réel de chacun débouchant plutôt sur les conduites classiques de souffrance que sont les névroses d’autrefois, et celle de l’abandon de l’éducation, la déresponsabilisation des parents, leur démission et celle des institutions qui conduisent plutôt aux formes actuelles surprenantes de la souffrance que sont les conduites addictives, la violence, l’exclusion volontaire de la société, les actes de mutilation, par ceux-là mêmes qu’elle considère comme normaux. L’individualisme et la dépression, autres échecs de l’éducation, doivent interpeller la société et lui faire reconsidérer son système éducatif et sa vision de l’être humain.
Il est bien que les personnes les plus différentes nous enseignent pour guider les personnes moins différentes à se réaliser.
Dans les citations qu’utilise le rapport on peut lire : « Un enfant handicapé a un développement qualitativement différent, unique… ». C’est dire si l’évaluation chiffrée, quantitative a peu de sens et doit laisser la place à l’évaluation qualitative de la richesse d’une vie. Et il faut se rappeler que chaque enfant, même normal, est unique, et a un développement unique et cela seule la psychanalyse le reconnaît comme principe éthique et comme primum movens. Partir, au moment où on fait la rencontre avec lui, des lois inconscientes que le sujet s’est données pour commencer de construire le monde à sa manière, pour l’aider à sortir de son enfermement et lui permettre d’accéder à notre monde, c’est cela s’enseigner de l’autisme et c’est cela qu’il faudrait mettre en pratique pour tourner l’éducation vers une considération de l’être humain dans sa complétude constitutive aussi bien que dans sa finitude physique et métaphysique.
 
 
 
 
*Analyse de l’auteur de « l’avis n°120 » du Comité consultatif national d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé « sur la situation des personne enfants et adultes en France atteintes d’autisme » (2008)
 
 

 

 
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jeudi 16 avril 2009

Les psy à l'heure du "trouble" - Stella Harrison

 

Stella Harrison, psychanalyste, membre ECF
 
 
Au lointain siècle dernier, les psychanalystes faisaient la Belle dépitée, lorsqu’ils recevaient des enfants : la « demande » n’était pas à la hauteur de celle de l’adulte. Impure, elle était ravalée à celle de l’Autre parental, scolaire, etc. Aujourd’hui, c’est la Bête de l’évaluation statistique et quantitative qui menace les cliniciens freudiens. Il ne s’agit pas d’un souci corporatiste mais d’une question qui touche au cœur même de l’être. Depuis plusieurs années, et les différents rapports de l’INSERM sur Le trouble entémoignent, la pensée est ravalée.
Non, la politique de santé 2008 ne prolongera pas l’expertise de l’INSERM de 2005 qui déclarait les traitements « psycho dynamiques » exclus des « bonnes pratiques ». Non, nous ne laisserons pas les sanctions tomber sur les établissements de santé, nous ne permettrons pas que leurs « évaluations » n’en viennent à distordre l’orientation des soins.
Le mardi 6 juin 2006, l’agence européenne des médicaments se déclarait favorable à l’utilisation du PROZAC dès l’âge de huit ans, en cas d’épisodes dépressifs majeurs. L’agence déclarait que le PROZAC « ne devrait être utilisé qu’en association avec une psychothérapie, lorsqu’un tel traitement, seul, n’a pas donné de résultat après quatre à six séances ». Ces préconisations n’ont pas à être encouragées ! J’ai reçu dernièrement un enfant « hyperactif, sous Ritaline » qui s’est plaint d’emblée de ne pas avoir pu parler à son médecin prescripteur dans un hôpital parisien renommé. Pas le temps pour cela ! Rapidement, le drame de cet enfant, qui put me dire comment il se consolait en dormant avec sa mère jusqu’à plus soif a trouvé un terme, et un apaisement ailleurs que dans le seul médicament.
Avec la mise en place d’entretiens effectués par de nouveaux agents, très insuffisamment formés, l’on ne pourra s’orienter que du conseil, de « l’entraide », de la fausse bienveillance. Seul règne, aussi, le souci d’éviter le risque, « l’erreur technique », la faute. Si par exemple risque de tentative de suicides il y a, soyons conformes afin de ne pas être attaqués sur le plan légal avant tout : verrouillons les fenêtres en pleine chaleur estivale, et le tour est joué ! Pourquoi, enfin, persister à recevoir un patient dans un CMP enfants-adolescents s’il est devenu adulte ? Pourquoi ne pas le médiquer tout de go si le diagnostic coché implique un traitement médicamenteux, comme le recommande la HAS ?
Les psychologues ont à présent à se soumettre à une classification statistique et quantitative où le symptôme se voit réduit en troubles, appellation mondialement applaudie. Avec le signifiant trouble – absence de tout sujet – il doit bâtir sa conduite, non sa clinique, terme en voie de disparition. Armé de la nouvelle classification cim 10 (Classification Statistique Internationale des Maladies et des Problèmes de Santé Connexes », majuscules à l’appui), le psy 2008, abeille laborieuse, doit coder puis entrer dans l’ordinateur le suc quotidien exigé par l’administration : noms des patients, nombre d’actes, diagnostics mous qui épuisent toutes les ressources possibles du trouble. Oublie-t-on que deux cents mille Français signèrent en 2006 une pétition contre le rapport de l’inserm sur Le trouble des conduites ? Oui, il est troublant de se faire secrétaire du patient et secrétaire-comptable de soi-même.
Nous refusons de voir venir des agents administratifs muets, à la formation instantanée appliquer des conduites uniformes. En négligeant les concepts-clefs de la psychanalyse, la psychopathologie devient une clinique troublée qui elle-même n’est plus qu’un catalogue à la Prévert. Elle se fonde alors sur des stratégies orientées par le mode question/réponse.
Le transfert, le temps, ne sauraient être comprimés, étranglés, relookés, dans un brutal Time is money ô tellement plus efficace ! Nous savons combien il est pourtant hautement risqué de substituer à l’écoute du praticien formé le geste technique, le conseil, le questionnaire, le « soutien ». Avec cette molle présence, les passages à l’acte fusent déjà, la dangerosité, crainte pourtant et évoquée sans cesse, s’accroît. Impossible d’écouter des patients si l’on parle la langue de l’entreprise dans les établissements afférents à la santé mentale. L’écoute faite par un clinicien, formé, rompu à un exercice constant sur le psychisme et l’inconscient est indispensable, car elle seule, éclairée par la psychanalyse, fonde un acte dont la justesse et l’efficacité ne peuvent être garanties que par les écoles de psychanalyse et associations de psychanalystes. 
L’enjeu est celui d’un véritable choix de vie : considérons-nous que le patient est libre d’aller parler à qui il veut, à quelqu’un qui ne lui offrira que la possibilité de parler et ne lui offrira aussi que des dits énoncés au cas par cas, non standards ? Et le temps qu’il lui faudra ? Comment l’enfant dont j’ai évoqué le cas aurait-il pu parler de son secret avec un agent armé de questionnaires ou inquiet de timing rigides et de cases à respecter ?
Qui donc, si ce n’est un psychologue orienté par la psychanalyse peut assumer des années la dimension du transfert et entendre par exemple un patient « annoncer un élément discret d’un hors ‑sujet qui parle en lui », comme le dit Francesca Biagi-Chai, dans son livre Le Cas Landru, phénomène de plus en plus fréquent me semble-t-il, dans la clinique avec les enfants et les adolescents ? Comment un soignant non formé à l’étude de la psychopathologie mais plus, à la clinique sous transfert, aux impasses du discours, à la métonymie du désir, peut-il vouloir déceler que la dangerosité n’est pas déductible des énoncés.
 
Comment, sans moralisme, ou molle bienveillance, entendre Romulus, garçonnet au visage d’ange, lorsqu’il sanglote dix pléonasmes en un tour de main ? Oui, il a été sage, il a fait des efforts… mais il ne peut pas me dire ce qui lui arrive. Je n’en répèterai rien pourtant, je l’en assure. Il me dit alors qu’il ne peut pas, que c’est trop dur. J’insiste un peu. Il pense à des choses qui le font pleurer, lui dis-je. Comment entendre Romulus quand il se jette à l’eau : « des fois… des fois j’ai des pensées que je n’aime pas…. des fois, je me dis que je n’aime pas mes parents… je me dis des mauvaises choses. C’est horrible… Alors je pense à Dieu, pour que ça s’arrête…». Comment admettre sans plonger dans sa propre histoire, sans se noyer dans ses propres rêveries, que Romulus entend des voix, des voix dangereuses ? Comment alors manœuvrer ? Faut-il contenir les voix que nous avons laissées parler, tenter de renfermer le génie dans sa bouteille, ou nous contenter de laisser dire et laisser faire, amener Romulus à en dire plus et encore plus et davantage sans orientation, ni boussole aucune ? Comment, sans formation continue, sans se former à vie, sans contrôle avec nos pairs, sans exposé de nos travaux, débats et questions sur notre méthode, notre doctrine et nos résultats, « assumer la dimension transférentielle de la clinique des choses mentales et du souci moral » ? (1)
Et si nous nous arrêtions un instant, si nous pensions, chacune, chacun d’entre nous, à ce que seraient, pour nous-mêmes, pour nos enfants, pour nos proches, le type d’écoute, d’entretiens, le groupes d’entraide ou de soutien aujourd’hui préconisé ? Est-ce bien cela que nous voulons, pour nous-mêmes et pour nos concitoyens ?
 
(1) ).  Leguil F., « Un choix de vie pour une clinique choisie », La Cause freudienne, n° 57, mai 2004
 
 
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mardi 7 avril 2009

Lost in cognition* - Stella Harrison

 

 

Stella Harrison, psychanalyste, membre ECF
 
 

 Ce livre est à lire, et encore, à relire. Il interprète avec vigueur la quintessence de nombre attaques de praticiens contre la psychanalyse aujourd’hui. Pour le psychanalyste, Éric Laurent, c’est clair : pas d’alliance, mais mur entre la psychanalyse et les neurosciences. Oui il y a mur entre le réel de la psychanalyse, et le symptôme, et la série des objets conformes produits par le discours scientifique. Pas d’alliance, mais mur entre la psychanalyse et les neurosciences. C’est ce que dit ce livre, riche d’enseignement, qui n’est pas un ouvrage de réconciliation molle, même si « les lois universelles définies par la biologie aboutissent inévitablement à produire de l’unique » (p.64), même si elles peuvent découvrir que «  l’on ne se sert jamais deux fois du même cerveau » (p.64). « On ne peut réduire le sujet, le parlêtre, à un système de traces » (p.12).

Dans la partie « L’évaluation impossible » (p. 71-99), nous sommes éclairés sur la façon dont la clinique psychiatrique du DSM reposant sur l’Evidence based medecine commence à être critiquée. Éric Laurent apporte ici un espoir en faisant état de contre-feux à ce type delogique.
La troisième partie du livre, et particulièrement le dernier chapitre « Cognition et transfert dans la psychanalyse d’aujourd’hui » (p.125 à 136) sont des flèches incisives, des obus discrets, qui percent un mystère de taille : comment comprendre la place - forclose ? - laissée à la psychanalyse en notre siècle ? Déjà il y a peu, le débat entre Daniel Widlöcher et Jacques -Alain Miller édité sous le titre L’Avenir de la psychanalyse prenait à corps cette question.
Éric Laurent, ici, rend compte de griefs de nombre praticiens, contre la psychanalyse aujourd'hui. À l'arc -en-ciel de leurs doutes et de leur hargne confuse répond ici l’éclair. La question, si actuelle en 2009, est fondamentale pour nous tous : pourquoi tant de psychiatres, de psychologues, d'analystes ont-ils si souvent la tentation, à présent, d’abandonner la psychanalyse ? Cet âtre est brûlant et nous devons savoir de quels bois il se nourrit. Car lequel d'entre-nous, en institution, à l’hôpital, en CMP, n’entend-il pas ces appels répétés à utiliser plusieurs techniques, et surtout pas uniquement, la psychanalyse ?On encourage psychiatres et psychologues, « soignants »à courir vers le « multi-factoriel », le « pluri -disciplinaire », à s’intéresser davantage aux facteurs neurologiques, génétiques, aux méthodes Teach par exemple en matière d'autisme, etc. Il n’est pas sûr que cela ne soit que conséquences des rapports de l’INSERM, ou des plaintes de Bernard Accoyer.
Éric Laurent nous montre ici que certains psychanalystes eux-mêmes ont introduit par leurs doutes le ver dans le fruit de leur art : « (...) la tentation se fait grande, parmi les psychanalystes eux-mêmes de céder à leur angoisse et de laisser tomber la psychanalyse » (p. 136).  Pourquoi ? À l'IPA, nous dit-il, en citant Jacques - Alain Miller, (La Cause freudienne n° 53), la notion de contre-transfert reste très opérante : l'analyste s'oriente de ses propres émotions. Dans un certain courant de cette association internationale, on voit donc s'effacer la dissymétrie entre analyste et analysant, ce qui « provoque aussi des effets troublants sur la position de l'analyste ». On saisit très bien, en conséquence, comment il deviendra impossible à l'analyste orienté du contre-transfert et de son flou, de diriger la cure et de mener la séance à son juste terme. Brouillé sera « son accès au savoir qui lui permet d'interpréter et de capitonner la séance » (p.126). C'est ainsi, développe Éric Laurent, que certains analystes en viennent à quêter une « expérience clef », enracinée dans l'insight, quand d'autres cherchent à atteindre un état « quasi hallucinatoire » pour capitonner la séance (p.127). Il en est aussi, comme Daniel Widlöcher, qui répond, nous le savons de son dialogue avec Jacques -Alain Miller en redonnant vigueur au « cadre fixé par l'horloge ». Difficulté donc à articuler le transfert comme « mise en acte de la réalité sexuelle de l'inconscient », embarras à y voir autre chose que la répétition ou la reproduction, comme le disait Jacques Lacan dans «  l’Identification ». (p110- 111). Difficulté encore de ces analystes qui aseptisent la tâche analysante en cherchant avant tout à dissiper l’angoisse. N’oublions pas que Lacan encore avait pu, lui, en souligner bien souvent l’importance :
« Nous n'allons pas faire ce que nous reprochons à tous les autres, à savoir, du texte de l'expérience que nous interrogeons, élider l'analyste. L'angoisse sur laquelle nous avons ici à apporter une formule est une angoisse qui nous répond, une angoisse que nous provoquons, une angoisse avec laquelle nous avons à l'occasion un rapport déterminant » (J. Lacan, Le Séminaire, L'angoisse).
Éric Laurent, enfin, nous fait saisir comment c’est précisément la place congrue donnée par certains psychanalystes aux processus cognitifs, à la conscience, qui est regrettée par nombre d’entre eux. (p.129) Monsieur Fred Busch ,  psychanalyste américain ego psychologiste, se demande pourquoi l'apport des neurosciences est méconnu des psychanalystes kleiniens particulièrement…, quant à …l’inconscient, il n’est « qu'un processus cognitif pas encore conscient », (ibid), et les psys kleiniens n' ont hélas pas de théorie suffisante de l'ego.
Conclusion ? L’éthique analytique, seule, peut contrer ce gris Avenir de la psychanalyse là, en prenant à sa charge la question de l’angoisse.
 
* Eric Laurent, Lost in cognition, psychanalyse et sciences cognitives, Nantes, ed. C. Defaut, coll. Psyché, 2008
 
 
 
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vendredi 3 avril 2009

L'actualité de la présentation de cas - Jacques Ruff

 

Jacques Ruff, Psychanalyste, membre ECF

 
Si la psychiatrie se détache de la psychanalyse, elle court vers sa disparition. C'est ce qu'apprend d'une manière radicale une orientation de la psychiatrie qui n'est à priori pas hostile à l'orientation psychanalytique : la psychothérapie institutionnelle. Pour avoir négligée ou aménagée les concepts majeurs de la psychanalyse, elle n'a pas su tenir face au discours du maître moderne. L'exigence de la clinique par une présentation de malade peut réintroduire ce lien indispensable
 
Dans quelle mesure une présentation de cas dérange-t-elle une institution psychiatrique ? Pour le savoir, il suffit de frapper à sa porte en proposant précisément ce dispositif d'enseignement qu'est une présentation de malade. Dire les choses ainsi, en évoquant quelqu'un qui vient frapper à la porte, souligne que le lieu institutionnel a un statut légal, existant et reconnu. Au contraire, le dispositif de la présentation de malade qui cherche à s'y inscrire doit solliciter les autorisations médicales et administratives pour avoir le droit de fonctionner. Ce moment de demande d'entrée en fonction est donc précieux. Il permet de prendre la mesure des obstacles et des hésitations que la présentation de malade suscite.
Les quelques remarques qui suivent viennent d'un de ces moments où une telle demande fut faite dans le secteur de psychiatrie adulte ainsi que dans le secteur de psychiatrie infanto-juvénile. Dans les deux cas, la réponse fut finalement positive. Nous retiendrons ici les différents moments qui ont scandé la réponse du secteur de psychiatrie adulte. Ce fut initialement un refus, puis des hésitations et enfin un accord.
 
La présentation de malade comme exercice traditionnel de la médecine
La présentation de malade reste attachée à l’image de l'internement psychiatrique et de l'asile d'aliénés. Elle est illustrée par le tableau de Pierre André Brouillet, Leçon clinique du Dr. Charcot, exposé au salon de 1887 et qui fait écho à la leçon d'anatomie de Rembrandt. Freud, qui en avait conservé une gravure sur son bureau, ne fut pourtant pas fasciné par cette mise en scène du maître et de l'hystérique. Il introduisit l'Autre Scène où se jouait le destin d'un sujet. On peut donc à juste titre s'étonner qu'une orientation analytique veuille réintroduire, dans un but de formation, une des pratiques les plus traditionnelles de la psychiatrie. Comment en effet justifier la "scène" d'une présentation de malade alors que la psychanalyse s'est affranchie d'une clinique de l'objectivation du malade et de l'observation des signes pour s'orienter vers une clinique de l'écoute des signifiants-maîtres ? Comment peut-on passer du privé de la rencontre d'un psy-chanalyste avec un sujet, au public de la présentation de malade ? Et pourtant, Lacan a tenu de longues années une présentation de malade au moment où un discrédit atteignait le savoir psychiatrique. Ce discrédit n'a fait que se renforcer sous la poussée du DSM IV et des nouvelles perspectives d'évaluation.
 
La présentation de malade au service d'une tradition psychiatrique menacée.
Un accord nous fut donné, en dernier lieu, pour une présentation de malade. Pourquoi ? La psychiatrie se sent menacée si elle ne s’appuie pas sur la psychanalyse et sa clinique. La psychanalyse représente depuis toujours l'élément subversif pour contrer tout discours de l'enfermement. Elle seule propose une orientation qui préserve une éthique de la singularité du sujet. Ce qui est intéressant dans ce cas c’est que l’hésitation venait d’un secteur de psychiatrie adulte marqué par le courant de la psychiatrie institutionnelle dont on sait les liens ambigus avec la psychanalyse.
 
La psychothérapie institutionnelle et l'oubli de la clinique
L'orientation analytique fut une des composantes de la psychothérapie institutionnelle puisque F. Tosquelles faisait même de la thèse de Lacan, à l'époque, un manifeste. En effet, à la fin de la deuxième guerre mondiale, la résistance au fascisme et le désir de réformer l'hôpital conduisirent, dans un geste proche de celui de Pinel jadis, certains psychiatres à une critique des conduites de répression et de négation de la personne humaine. L'hôpital de Saint Alban, en Lozère, et la clinique de La Borde furent, entre autres, le creuset de ce mouvement. L'usage de la psychanalyse, par Tosquelles et Oury, trouvait à s'exprimer dans des espaces et des lieux thérapeutiques où se formulait une conception du transfert propre à l'institution. Cet élargissement du concept de transfert sur le "collectif" dans l'accueil des malades, surtout psychotiques, sera par la suite au centre des difficultés. En fait ce concept de "collectif", sous la plume de Jean Oury, figure importante du mouvement, contenait déjà à sa racine les obstacles épistémologiques pour un travail clinique. En effet, ce concept introduisait précipitamment une dimension sociale et même une orientation politique, notamment marxiste avec Tosquelles, qui recouvrait parfois l'approche clinique. La proposition d'une présentation de malade a produit l'effet dérangeant d'un retour du refoulé de la clinique dans cette institution orientée par la psychothérapie institutionnelle.
 
La clinique de la présentation de malades : "le réel comme l'impossible à supporter"
Le maintien du lien entre la psychanalyse et la psychiatrie ne suffit donc pas pour justifier les raisons de la pratique de la présentation de malade par Lacan. Comment cet exercice peut-il avoir valeur d'enseignement pour se former à une clinique orientée par la psychanalyse ? “ La clinique c'est le réel comme l'impossible à supporter. ” L'impossible à supporter est, en premier lieu, ce dont témoigne un sujet hospitalisé qui ne parvient plus à se débrouiller d'un réel qui l'accable. Mais l'impossible à supporter peut aussi être celui de l'équipe soignante qui, à travers le choix du patient proposé à la présentation, demande à s'orienter. Souvent l'équipe ne s'est pas soumise à la discipline de la construction du cas. Elle découvre les nuances d'une clinique différentielle qui cherche à se repérer dans la structure. Elle prend conscience alors que c'est une pratique qui est bien plus exigeante que la réunion, dite de synthèse, où chacun y va de son anecdote qui se perd dans la polyphonie des pratiques. Elle réalise à cette occasion qu'il faut s'orienter à partir des dits du sujet. Elle pourra mieux accompagner un sujet en ayant été attentif aux inventions, même minimes, qu'il aura déjà élaborées pour traiter son impossible à supporter. D'une manière plus générale, ceux qui ont assisté à une présentation de malade reconnaissent qu'elle n'était pas sans les avoir affectés. Le dispositif lui-même produit des effets qui opèrent dans plusieurs directions, aux points de croisement entre les quatre protagonistes : patient, équipe de service, présentateur, public. Chacun peut saisir le mode de décomplétude qui opère. Le présentateur fait coupure entre l'équipe et le sujet tout comme le public entre le présentateur et le patient. La mise en place de ce dispositif introduit donc automatiquement un effet qui décomplète l'organisation dans laquelle chacun opère habituellement. Inscrire un tel dispositif, c'est accepter les effets de déplacement qui iront au-delà du seul temps de la présentation.
 
 
 

dimanche 29 mars 2009

L’évaluation : une idéologie du pouvoir - Jean Luc Monnier

 

Jean Luc Monnier, psychanalyste, membre ECF
 
Le mouvement qui nous rassemble aujourd’hui(1) fait écho à un autre mouvement amorcé il y a maintenant presque 6 ans dans notre champ, le champ psy. En octobre 2003, l’amendement Accoyer, du nom de son inspirateur, voté à la sauvette par une Assemblée « clairsemée » a prétendu faire passer la pratique des psys sous le joug de l’évaluation chiffrée. Un rapport, le rapport Cléry-Melin sur la psychiatrie, septembre 2003 et un rapport de l’Inserm type méta-analyse, en février 2004, sur l’évaluation des psychothérapies vinrent dans la foulée. Ils firent grand bruit tellement leur partie pris était évident, tellement ils faisaient la part belle aux thérapies cognitives, c’est-à-dire aux thérapies issues de la doctrine pavlovienne et skinnerienne, stimulus-réponse, pseudo-scientifiques, rayant du même coup la psychanalyse et les psychothérapies d’inspiration analytique de la carte. L’amendement fut amendé suite à une mobilisation sans précédent, et les décrets d’applications remis prudemment à plus tard.
 
Philippe Douste-Blazy, le ministre de la santé de l’époque ne voulait pas de cette réglementation et invité au septième Forum de la Mutualité, qui réunit plus de 1000 participants, il fit un discours critiquant l’expertise de l’Inserm dans ses prémisses et ses conclusions et à la suite de son intervention, la fit retirer du site du ministère de la santé : nous lui devons beaucoup.
C’est ainsi qu’entre 2003 et 2005, à l’instigation de Jacques-Alain Miller qui, le premier dans notre champ saisit le sens et l’ampleur du projet, neuf forums se tinrent à Paris et dix-sept dans toute la France auxquels assistèrent des milliers de personnes. L’amendement qui visait à définir les psychothérapies, à les réglementer selon les règles évaluatives modernes de rentabilité économique, faisant fi de toute objectivité, de toute responsabilité thérapeutique et même de tout sérieux scientifique.
Cette mobilisation du « Champ Psy », sans précédent, en rencontra d’autres car les champs de l’art, de la justice, de la recherche, de l’université étaient touchés par cette pratique délétère de l’Evaluation.
Le vacarme des psys s’il fut efficace à court et moyen terme dans le champ psy n’a pas éradiqué la menace puisqu’en juillet de l’année dernière un projet d’arrêté sur la formation des psychothérapeutes, sur fond d’évaluation managériale fut étouffé dans l’œuf grâce à une fuite opportune et une mobilisation immédiate et là encore de grande ampleur partout en France.
Nous en sommes là pour l’instant, nous c’est-à-dire les psychanalystes. Nous avons échappé jusqu’à aujourd’hui, dans notre pratique, à cette évaluation là. Cette évaluation quantitative qui réduit le patient à un ensemble d’items statistiquement mesurables et le psy à un opérateur technique.
 
Il s’agit de comprendre ce qui a changé et qui fait que nous nous réunissons aujourd’hui pour dénoncer l’évaluation comme un mal qui gangrène les sociétés occidentales.
Nous avons mis en évidence qu’évaluer systématiquement et massivement l’action humaine selon des procédures standardisées et chiffrées avait insidieusement transformée une évidence en aberration. En effet, qu’il soit professeur, chercheur, soignant, thérapeute (…) psychanalyste, c’est précisément dans ce qui échappe au chiffrage, au reproductible, mais qui tient à l’invention, à la trouvaille, à l’enthousiasme, à l’initiative, que son action trouve son efficace. Dans ce sens, Christophe Dejours, psychiatre, psychanalyste, directeur de laboratoire au CNAM a mis en évidence que l’évaluation avec un grand E par ses procédures : la décomposition chiffrée des actions, le chiffrage des savoirs acquis, l’information exponentielle de questionnaires, écrase tout « facteur créatif » non soluble dans les statistiques et produit les mêmes aberrations systémiques et individuelles dans les secteurs industriels et de services.
Il s’ensuit plusieurs conséquences : celui qui « triche » se sent coupable, les professeurs se trouvent moins soutenus par leur administration, et les pouvoirs publics ont une vision erronée de la réalité. Même cause, mêmes conséquences dans l’administration où sont effectuées maintenant par les cadres des carottages at random dans les dossiers traités par les agents, et derrière leur dos, pour évaluer leur travail.
Nous sommes passés d’une pratique, diversifiée, adaptée, constructive de l’évaluation à une idéologie de pouvoir. Les conséquences sont évidentes pour tous, une bureaucratie d’expertise étend peu à peu son empire sur le champ social au sens large, qui entraîne chez les acteurs sociaux découragement, fatigue, amertume, sentiment d’inutilité, ressentiment. Toute une gamme d’affects et de comportements qui témoignent d’une impuissance généralisée. Les résultats sont inversement proportionnels à la contrainte ressentie, et la « machine sociale » se grippe.
Beaucoup d’acteurs sociaux, à tous les niveaux, y compris politique, s’accordent sur ce mal du siècle des sociétés occidentales : l’évaluation tend à la folie bureaucratique et totalitaire. Certains d’entre eux en accord avec nos idées, contactés par nous pour intervenir lors d’un meeting que nous avions organisé à Rennes au mois d’avril dernier ont décliné l’invitation parce qu’ils étaient eux-mêmes en cours d’évaluation et qu’ils ne voulaient pas se distinguer par peur d’en hypothéquer, sans trop bien savoir comment, les résultats.
Idéologie du pouvoir : mais n’y a-t-il pas à ce point à s’interroger sur la logique qui sous-tend cette fureur évaluative ? C’est-à-dire qu’à l’horizon se profile la survie des unités, des établissements, des emplois, bref de l’argent.
L’argent est dit-on, le nerf de la guerre, c’est aussi l’enjeu de l’évaluation censée être un outil de rationalisation des dépenses – publiques notamment – et d’économie budgétaire s’avère être un gouffre financier en monnaie sonnante et trébuchante, ce n’est plus un secret pour personne même s’il est difficile d’obtenir des chiffres précis.
Il faut donc considérer que l’évaluation comme symptôme du monde hypermoderne est un produit du malaise dans la civilisation, le produit d’une convergence objective, d’une « stratégie » plus ou moins acéphale de l’anomie secrétée par une nouvelle religion : la religion du chiffre. La recherche d’une certitude dans un monde où les anciens idéaux ont vacillé, met la science en position d’être la seule ancre qui reste. Le chiffre est alors élevé à la dignité de la certitude absolue, fétichisé, adoré, et surtout appelé au nom de la science « à la mise en ordre universelle du service des biens » comme s’exprimait Lacan dans son Séminaire L’éthique de la psychanalyse, dont l’une des incarnations majeures dans notre modernité est le marché.
Les conséquences sont désastreuses car l’évaluation telle qu’elle se pratique aujourd’hui, par sa standardisation, sa massification, la met de facto au service de la déréglementation tous azimuts. Evaluer veut dire à terme déréguler, externaliser, privatiser. C’est la première étape et c’est déjà une réponse.
L’évaluation ouvre le processus qui à terme établira que telle collectivité locale, telle association conventionnée à but non lucratif, tel service administratif est dans l’impossibilité financière d’assumer ses devoirs. A l’arrivée ces devoirs seront transférés au secteur privé qui s’empressera alors d’en majorer encore les coûts, mais il est vrai pour faire aussi payer l’usager devenu client. Nouveaux gisements dit-on : 4ème âge, service à la personne, soutien éducatif, police, préparation aux concours et bientôt l’armée, pensons à Blackwater, cette société militaire, dont les nombres de mercenaires supplétifs et hors de prix de l’armée américaine en Irak dépassaient les effectifs de l’armée anglaise dans le même pays.
Le saut idéologique que nous avons repéré prend ici tout son sens, l’évaluation est une stratégie nocive et délétère devenue une clé essentielle qui engage le processus de déréglementation, de dérégulation au service d’un libéralisme sauvage.
Cela explique la transversalité du principe évaluatif, ni droite ni gauche, les adeptes sont dans tous les camps, car tous les camps ont fait allégeance aux « chiffres ». Les résistances se font jour transversalement. Le point d’ancrage se fonde au-delà des partis dans l’intelligence de chacun à anticiper le « désastre » que sera une société entièrement standardisée.
Là où se généralise la croyance en un monde meilleur égalitaire, où les biens seraient utilisés au mieux, car rationalisés, partagés équitablement selon des procédures toujours plus scientifiques, grâce aux techniques de plus en plus sophistiquées, on s’aperçoit avec horreur que c’est le contraire qui se produit, toujours plus d’inégalités, toujours plus de pauvres et toujours plus de richesse pour certains.
 
Lacan parlait de la montée au zénith de l’objet a, c’est-à-dire de l’accessibilité pour le plus grand nombre aux objets de consommation standardisés supposés apporter le bonheur mais qui en fait creuse l’insatisfaction et disloquent petit à petit le lien social. L’isolement qui en résulte pour chaque individu encombré de ses objets/gadgets, explique en partie pourquoi il consent toujours plus facilement à l’évaluation. L’accélération du processus est patente et sans réel contrôle. Il est de notre devoir d’avoir une prise sur cette course folle en analysant la modernité et ses conséquences sur les hommes et le lien social, en rassemblant les forces de proposition « anti-chiffres », en construisant des lieux alternatifs pour que les sujets de l’hypermodernité puissent adresser une parole ayant des chances d’être entendue par quelqu’un et non vaporisée dans le cyberspace.
De ce point de vue la psychanalyse a un rôle à jouer en démontrant par ses résultats, à partir de son expérience, selon des procédures qui conviennent à sa pratique, que l’homme n’est pas réductible à la somme de ses comportements, ni à sa biologie, ni aux produits qu’il fabrique ou qu’il échange. Elle a à démontrer de la même façon que le savoir sur l’homme et de l’homme n’est jamais clos ni transparent et que les tentatives pour le réduire aux chiffres ne sont que la forme moderne d’une croyance qui, parce qu’elle s’ignore comme telle, devient une certitude qu’à l’occasion la canaille fait fructifier.
Elle apprend aussi que l’homme se rebelle contre cette aventure qui signe sa singularité mais aussi sa solitude d’être-pour-la-mort disait Heidegger. Alors il cherche une garantie, un Autre, avec un grand A, sur qui il peut se reposer, se décharger du poids de ses actes, de son existence et de son horizon : la mort. Cet Autre là a changé de visage selon les époques. La religion, le roi, les partis, les syndicats, le père, le nom du père remplissaient cet office avec plus ou moins d’efficacité : remarquons que l’homme s’est toujours donné beaucoup de mal pour faire vivre cet Autre. et que plus ce dernier se fait évasif plus la croyance en son existence s’approche paradoxalement d’un point de certitude que l’homme s’emploie à soutenir par de monstrueux sacrifices(2). La tâche de la psychanalyse est de rendre ce savoir lisible au plus grand nombre, sans quoi le chiffre comme certitude dans un monde incertain et vacillant conduira l’homme toujours plus loin vers le pire.
 
 (1) Mouvement Math en lutte, "l'Université hors d'elle". Cette invitation s'inscrit dans le fil des liens que nous avons tissés avec un certain nombre de partenaires lors du premier "forum" contre l'évaluation en fév. 2005.
 
(2) Référence aux « Dieux Obscurs » évoqués par J. Lacan dans le Séminaire XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse.
 
 
*Extrait d'une intervention lors de la Journée l’Université Hors d’elle,  Université de Rennes I, Samedi 7 mars 2009
 
 

 

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jeudi 19 mars 2009

A propos du dépistage précoce de l'autisme - Délia Steinmann

 

 Délia Steinmann, psychanalyste, membre de l'ECF
 
Soleil, soleil !... Faute éclatante !
Toi qui masques la mort, Soleil,
Sous l’azur et l’or d’une tente
Où les fleurs tiennent leur conseil ;
Par d’impénétrables délices,
Toi, le plus fier de mes complices,
Et de mes pièges le plus haut,
Tu gardes le cœur de connaître
Que l’univers n’est qu’un défaut
Dans la pureté du Non-être !

Grand Soleil, qui sonnes l’éveil
À l’être, et de feux l’accompagnes,
Toi qui l’enfermes d’un sommeil
Trompeusement peint de campagnes,
Fauteur des fantômes joyeux
Qui rendent sujette des yeux
La présence obscure de l’âme,
Toujours le mensonge m’a plu
Que tu répands sur l’absolu,
Ô roi des ombres fait de flamme !
 
                                  Paul Valéry
Extrait de  « Ébauche d’un serpent »,
 
 
- « Si… alors » : une parodie de la vérité.
Le processus engagé au nom de la « prévention » ou du « diagnostic précoce » n’est pas sans risques, dans la mesure où, au nom du savoir, il attribue un prédicat au sujet examiné.
Ainsi, la structure de l’expérience d’évaluation du trouble de l’enfant est homogène à celle de l’expertise : elle s’appuie sur un usage particulier, un véritable forçage, du syllogisme catégorique. La formalisation aristotélicienne pose que celui-ci produit, par déduction, une relation entre un sujet et un prédicat ou, plus précisément, attribue un prédicat au sujet (1). Dans sa forme moderne, cette attribution obéit à un schéma du type :
 
Si tout M est P
Et tout S est M
Alors tout S est P
 
Dans ce contexte, il est essentiel de signaler que : a) il y a une condition au départ, qui veut dire « s’il est vrai que tout M est P » ; b) M et S sont des termes universels, c'est-à-dire qu’en aucun cas ils ne désignent des entités singulières (ou individuelles). Ce modèle est donc apte à aborder les problèmes en termes de population ou d’ensemble d’individus.
Le forçage en vue de l’évaluation ou de l’expertise d’une personne repose sur l’annulation de ces deux nécessités de l’attribution. Ainsi, « tout M est P » énonce un savoir préalable, posé en terme de vérité et non pas de condition. En l’occurrence, les différents items du DSM IV posent au départ les caractéristiques des enfants souffrant du trouble autistique en terme de vérité, par exemple :
 
« Tous les enfants présentant des altérations qualitatives des interactions sociales (M) sont autistes (P) »
 
Cette attribution de P à M se répète tout au long des items, dont la pluralité est indispensable à l’établissement du diagnostic. Le second pas, ou la seconde dérogation aux conditions de l’attribution, consiste à remplacer un universel par une singularité (en l’occurrence l’enfant évalué) :
 
                   « L’enfant évalué (S) présente des altérations qualitatives des interactions sociales (M) »
 
Ce forçage conduit à « déduire » que l’on peut attribuer le prédicat au sujet considéré :
 
« L’enfant évalué (S) est autiste (P) »
 
Cette attribution, dont le point de départ était un énoncé posé en termes de vérité universelle, lie le prédicat au sujet de façon telle que ce dernier vaut pour une vérification de ce qui avait été posé au départ.
Quelle est la nature de cet énoncé qui, en qualifiant le sujet, a le pouvoir de parodier la vérité ? C’est une phrase qui, tout en élidant l’énonciateur, énonce le mode suivant lequel l’objet est pris. Elle répond donc à la structure de ce que le Dr Lacan a écrit $<>a, et formalisé comme l’écriture du fantasme. Dans cette perspective, le DSM IV est un catalogue des fantasmes des évaluateurs. Y sont posées de diverses versions d’un enfant qui, dépourvu de toute sorte de réalité, n’est référé qu’à une norme à laquelle correspond l’enfant qui n’existe pas. Les critères comme « altération qualitative » (des interactions sociales par exemple), sont les indices des adhérences fantasmatiques supposant l’universalité de la jouissanceposée au début et désavouée comme telle.
Comme tout fantasme, ce catalogue sert à penser dans la fixité d’une perspective dont le principal danger est la prétention à l’universalisation. S’il est dit que son usage en terme de population est nécessaire à la réflexion sur les moyens utiles à l’étude de problèmes de santé publique, son application à l’individu correspond à un forçage logique qui, en attribuant un prédicat à l’enfant, le transforme en objet d’une jouissance anonyme.
Loin de cette perspective, la prise en charge orientée par la psychanalyse accompagne l’enfant dans la construction d’un monde où sa place est possible.
 
(1)Le professeur Dominique Sainte Rose, inspecteur de l’Académie de Grenoble pour l’enseignement de la philosophie, a développé ce point dans sa conférence « Regards sur l’enfant : projection, protection, prédiction, prévention », à Grenoble, 18 octobre 2008. Actes de la Journée « Prévenir n’est pas prédire », Journée « La Véranda a 20 ans ».
 
 
 
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samedi 17 janvier 2009

La folie de l’évaluation généralisée ou l’évaluation contre elle-même - Augustin Menard

 Augustin Ménard est psychanalyse. Il vient de publier Voyage au pays des psychoses, Champ Social Editions.

 

Non, les psychanalystes ne sont pas opposés à l'évaluation. Ils dénoncent le défaut interne à un certain mode d'évaluation qui se prétend scientifique. Cette utopie fondée sur les apports du cognitivisme consiste à appliquer des méthodes pertinentes dans certains cas chez les animaux, mais qui ne le sont pas chez les êtres humains. Ce défaut interne porte en soi sa propre destruction, ainsi que Marcel Gauchet l'a démontré après Tocqueville, pour la démocratie, qui porte en elle ce qui peut la détruire, et Jean-Claude Milner en a tiré les conséquences dans "Les penchants criminels de l'Europe démocratique". C'est ce défaut que les psychanalystes veulent révéler.

Contrairement à ce qui est dit, les psychanalystes ne sont pas en guerre contre les cognitivo-comportementalistes, lorsque ceux-ci restent dans leur domaine. S'ils les attaquent c'est dans la mesure où une bureaucratie s'y réfère comme à un dogme, et entend s'en servir comme instrument d'un pouvoir totalitaire et comme tel, uniformisant. Au nom du "tous pareils", idéal démocratique, les pouvoirs publics entendent chasser les psychanalystes des acteurs de la santé mentale et leur interdire l'université. C'est en puissance une dictature sournoise, car elle ne dit pas son nom, n'exerce pas de contrainte physique, mais s'insinue subrepticement jusqu'aux tréfonds de l'intime de chacun.

 Évaluer dans l'éducation nationale dès la maternelle, c'est préparer le citoyen à être évalué pour la vie et dans tous les domaines mais en plus d'y consentir par une autoévaluation. On reconnaît là les moyens utilisés de tout temps par les doctrines, les religions, les idéologies, les impérialismes, les dictatures. Il ne s'agit pas d'une querelle entre "intellectuels idéalistes" et "gestionnaires pragmatiques" qui prêchent l'utile et le rentable, encore moins d'un conflit localisé entre deux méthodes thérapeutiques. Les TCC se présentent comme modernes alors qu'elles ne font qu'appliquer aux hommes le conditionnement que Pavlov a démontré chez les chiens.

 En son temps, Freud aussi a démontré que la suggestion pouvait être une arme efficace (en France Cauet par exemple en a été le précurseur), mais au détriment de la liberté du sujet.  D'ailleurs plus les TCC se développent voire sont imposées par les médecins, plus les demandes de psychanalyse augmentent, preuve qu'elles ratent une dimension essentielle : le sujet, que seule la psychanalyse prend en compte. Le vrai combat est le combat des lumières contre l'obscurantisme, celui de l'humanisme contre la réduction de l'être de l'homme à l'individu biologique qu'il est aussi mais pas uniquement.   L'homme a des besoins, la société de consommation s'ingénie à lui en créer de plus en plus, sauf que leur satisfaction laisse un parfum de déception où perce le désir. Si l'homme n'était que besoin il serait incompréhensible qu'il puisse préférer mourir pour une noble cause et je pense ici aux grévistes de la faim, Ainsi la vague d'anorexies mentales dans notre société, dite moderne, peut être considérée comme le révélateur d'une méconnaissance foncière du désir.

  L'homme a des aptitudes, des capacités, mesurables, quantifiables par tests scientifiquement validés mais son désir les transcende. Qu'auraient prédit nos modernes évaluateurs à Albert Einstein au temps où il s'avérait incapable d'accéder au baccalauréat, était réticent vis-à-vis des mathématiques mais se passionnait pour la physique, mu par ce désir impérieux de "comprendre le monde" et l'on sait comment il le formulait : "ce qui est incompréhensible c'est que le monde soit compréhensible". L'homme est un sujet fait de désirs puissants qui le meuvent au-delà de ses besoins et qui l'insèrent dans un lien social car il est un être de langage.

Le langage est à la fois ce qui le sépare radicalement de l'animal et de son propre fondement biologique, au détriment du savoir instinctuel mais c'est aussi ce qui lui ouvre un horizon social, culturel dans lequel il va puiser ce qui peut suppléer à cette faille qui se trouve au cœur même de son être.

Le langage n'est pas pour l'humain un simple outil de communication comme il l'est pour l'abeille. Il fait irruption, traumatisme au plus profond de lui. Il est cause à la fois de sa faiblesse et de son immense capacité de création.

Même s'il existe dans la culture des solutions déjà préparées pour lui servir de support, de levier, (l'oedipe par exemple), nous entrons là dans le domaine du singulier. Le mode d'équilibre que chaque sujet va trouver comme compromis, entre son désir qui est toujours de l'Autre et sa satisfaction propre, (ce que nous appelons jouissance), lui sera toujours singulier.

Nous abordons l'éthique, terme galvaudé dont on se gargarise trop facilement, car il n'y a d'éthique que pour le sujet parlant. L'éthique du sujet humain n'est autre que ce qui se manifeste dans un acte authentique où se noue ce qui le meut à partir des autres et de lui-même et dans une perspective du jugement dernier.

La preuve de l'acte dont le sujet sort différent c'est son résultat, ses effets. C'est une logique des conséquences non des intentions. La véritable évaluation qualitative d'un sujet c'est son acte. En ce point, nul programme validé par les statistiques, imposé par les pouvoirs publics, ne peut nous dicter notre conduite sauf à abdiquer notre humanité, à nous réduire au mouton et c'est là le danger. On sait depuis La Boétie l'aptitude des hommes à la servitude volontaire. C'est la raison pour laquelle nous devons dire, redire, proclamer que le sujet de par sa structure même est irréductible à toute mesure quantitative. Déjà dans les années 50, un précurseur Ivan Illich démontrait qu'à exclure le sujet, les progrès techniques évoluaient selon une courbe de Gauss. Après une période de progrès constant, la courbe s'infléchit pour s'inverser. Il a démontré comment les progrès de l'éducation nationale et de la santé mentale peuvent devenir inversement proportionnels à leur budget respectif. "Il ne suffit pas de réclamer des sous !" Plus près de nous, Pascal Bruckner auteur de "l'Euphorie perpétuelle" a dans cette même veine, dénoncé l'utopie d'un bonheur obligatoire et illimité, faisant fi du "malaise dans la civilisation" qui est un irréductible de structure. L'enjeu, c'est le sujet humain. Revendiquons sa place, chacun dans notre discipline.

 
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dimanche 7 décembre 2008

De la maladie mentale au handicap mental, quelle place pour le sujet ? - Dominique Haarscher

Dominique Haarscher, psychanalyste membre de l'ECF 

 

Comment se fait-il que des Centres de jour pour personnes dites " handicapées mentales " accueillent de plus en plus de sujets dont le rapport à l'Autre est particulièrement problématique : trop turbulents, incapables de s'inscrire dans une logique d'apprentissage ou de travail ou pas assez autonomes pour être acceptés dans les centres dits thérapeutiques ? Transparaît alors la seule qualification effective du handicap, celle d'être " social " à savoir de concerner tous les sujets qui sont mis en marge du fait de ne pouvoir satisfaire aux exigences minimales en termes d'utilité et de compétence, sans oublier les comportements associés, qui définissent la normalité contemporaine à partir d'une lecture prioritairement économique.

A l'heure actuelle, le terme de handicap mental recouvre un ensemble de plus en plus vaste de " troubles " divers dont la caractéristique commune est d'être en-dehors de la normalité et par là de participer à l'entreprise contemporaine de négation de la subjectivité. Au binôme " normal-pathologique " critiqué de longue date tant par les sociologues que par les cliniciens se substitue un autre binôme tout aussi problématique, celui de " santé mentale-handicap mental ". La maladie mentale tend insidieusement à être résorbée dans le handicap mental défini avant tout à partir des habilités cognitives et adaptatives.

Pour introduire ce rapprochement, commençons par un petit rappel sur l'étymologie du terme de handicap. Il date de 1827, c'est un mot d'origine anglaise : hand in cap (la main dans le chapeau). Le premier sens de ce terme était de donner un handicap aux meilleurs chevaux pour égaliser les chances de gagner une course. Par analogie c'est un désavantage donné à un concurrent pour que les chances soient égales. Ce n'est qu'en 1950, qu'on trouve le sens de déficience mentale ou physique, dans le sens actuel. De là découle toute l'idéologie prédominante à la fin du siècle passé sur le handicap. Le quotient intellectuel élaboré par Binet en 1905 pour sélectionner les élèves dans leur parcours scolaire fait naître un seuil intellectuel au-dessous duquel on devient handicapé (léger, modéré ou profond). Et à partir de ce moment-là, on pourrait dire qu'au lieu " d'avoir un handicap ", les enfants, puis les adultes, qui n'atteignent pas la " cote " de la normalité - la moyenne - deviennent alors des handicapés. Autrement dit, ils " sont handicapés ". N'est-ce pas le début d'une nouvelle forme de ségrégation que l'on tente aujourd'hui de camoufler sous l'appellation de " personne en situation de handicap ". ?

A partir de ce constat, nous entrevoyons mieux l'amalgame insidieux qui se fait entre handicap mental et maladie mentale. Alain Ehrenberg dans son texte " Les changements de la relation normal-pathologique. A propos de la souffrance psychique et de la santé mentale " fait une analyse de cette question. La référence au handicap y est liée à la chronicité de la maladie mentale qui implique une réduction de l'adaptation aux normes quotidiennes. Et par conséquent le handicap redéfinit le pathologique sur le plan de la temporalité puisqu'à l'aspect curatif vont s'ajouter diverses formes d'accompagnement. " Le handicap, dit-il, est une manière de placer dans une même catégorie l'ensemble des difficultés sociales, psychologiques et médicales en fonction d'un critère relationnel qui mesure le degré de socialisation de la personne ". Dans les deux cas nous avons un déficit de santé mentale. Ainsi, la référence à la santé mentale introduit maintenant un déficit de socialisation et alors la maladie mentale devient un état déficitaire d'un état normal qui serait un état dans lequel le rapport à l'Autre ne pose pas de problème. (sic !)

Déficit objectif ou clinique du sujet ?

Nous entrevoyons bien qu'entre une clinique du déficit et une clinique qui tient compte du sujet, il y a un hiatus. Si l'on réduit le handicap mental et la maladie mentale à un déficit d'adaptations sociales, psychologiques, cognitives et intellectuelles alors on croit pouvoir remplir des grilles d'évaluation : on se réfère à une clinique objectivable mais qui ne reflète rien ni du sujet à qui on a affaire, ni du travail fait avec lui. Si l'on intègre la dimension du sujet, de son rapport au langage, à l'Autre et à la jouissance, on a plutôt l'idée que le ratage, " le déficit ", fait partie de l'humanité et le souci premier n'est pas de rendre conforme tout ce qui cloche. La satisfaction complète est impossible et le rapport à l'Autre s'effectue toujours dans une certaine boiterie. Et donc, puisque l'harmonie est un leurre il s'agit d'accompagner chacun à inventer des solutions qui lui soient propres en terme de lien social. Qu'il s'agisse d'autisme, de schizophrénie ou de trisomie, peu importe, pour le clinicien dans la cité, il s'agit de mettre à l'avant plan le pari du sujet et d'inventer des modalités de traitement du réel, de ce qui constitue l'étrangeté du monde pour le sujet.

En ce qui concerne la dimension déficitaire indéniable pour certaines personnes, il est de notre devoir de citoyen valide de les aider, au sens le plus commun du terme (comme on aide un aveugle à traverser la rue). Mais cela n'empêche nullement de considérer un sujet qui tente de bricoler quelque chose malgré/avec cette déficience et de nous offrir comme partenaire de sa construction aussi minime soit-elle.

Or, le sujet, lui, nous pourrions dire qu'il est de toute manière handicapé...du langage. Comme tout un chacun, quelque soit sa structure clinique, il bute sur le réel de la jouissance problématique pour tout parlêtre. Nous sommes tous handicapés du langage ; le " parasite langagier " concerne en effet tout être humain.

D'autre part, en ce qui concerne le concept de santé mentale actuellement, on a vu qu'il introduisait une dimension de déficit du côté de la socialisation. L'état normal serait celui dans lequel le rapport à l'Autre n'est pas problématique d'un point de vue externe; dès lors, toute pathologie mentale devient déficitaire et il n'y a qu'un pas pour faire de toute maladie mentale un handicap socio-mental, celui-ci étant par définition indépendant de toute responsabilité ou choix subjectif. De ce fait, l'évaluation sans subjectivité participe du renforcement de la ségrégation et concourt comme discours à éloigner les institutions de leur travail clinique et de la socialisation qu'elles peuvent favoriser pour les personnes qu'elles accueillent. Enfin, est-ce que le terme de santé mentale ne devrait pas être tout simplement éradiqué dans la mesure où sa définition même objecte à la singularité de chacun ?

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