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dimanche 7 décembre 2008

La psychanalyse apporte un démenti aux TCC - Hélène Deltombe

 

Hélène Deltombe, psychanalyste, membre de l'ECF 

 

La psychanalyse est la forme de lien social qui permet de mettre à jour le plus opaque, de dire le plus intime, le plus conflictuel. C’est dans le dispositif analytique que le sujet peut se confronter à l’indicible, à l’angoisse devant l’énigmatique, à l’inquiétante étrangeté, à la jouissance obscure. La psychanalyse prend l’humain au sérieux, elle reconnaît la difficulté de vivre, elle conduit à sortir de l’impasse du trop de jouissance pour assumer le manque. Elle ne méconnaît pas l’importance du symptôme qui constitue l’armature du sujet et prend en charge une part de sa jouissance. Elle est traitement du symptôme sans prétendre réduire un symptôme à néant. Au contraire. Jacques Lacan donne les clés de la mise en valeur de la part d’irréductible du symptôme, ce sur quoi le sujet trouve un appui dans l’existence, ce dans quoi il puise son style propre.

Les TCC se situent dans une tout autre perspective, témoignant d’une méconnaissance des acquis cliniques et théoriques de la psychanalyse : ces thérapies se donnent la réputation de proposer un traitement rapide, efficace, avec la promesse d’un résultat tangible, sous la forme de l’éradication d’un symptôme. C’est ne pas reconnaître ce qui est en jeu : des forces psychiques qui ont contribué à la formation du symptôme et veillent à son maintien. C’est ne pas vouloir prendre en compte le fait qu’un symptôme sur lequel une pression est exercée pour le faire disparaître, ne peut que réapparaître sous une autre forme, car les enjeux psychiques inconscients n’ont aucune raison d’avoir perdu de leur puissance.

Par contre, l’association libre dans le dispositif analytique permet de se laisser prendre par les surprises de la parole et par le surgissement des formations de l’inconscient, ce qui permet de découvrir les attaches signifiantes d’un symptôme ainsi que la jouissance qu’il maintient clandestinement, jouissance que l’individu n’est pas prêt à lâcher facilement.

L’engouement pour les TCC vient de leur proposition de supprimer les symptômes. C’est une offre fallacieuse car, sous couvert de soulager d’un symptôme, c’est seulement un comportement qui est modifié par la contrainte : le patient doit prendre conscience de son inadaptation et faire l’effort de se conformer à la norme qu’on lui indique.

Psychanalyse et TCC n’ont pas du tout la même conception de la parole. Si tout traitement commence par l’accueil des plaintes du patient à partir de faits qu’il évoque douloureusement, la façon d’accueillir ces plaintes diffère. Avec les TCC, les faits exposés par les patients sont pris au pied de la lettre au lieu d’être interprétés, et le thérapeute y épingle immédiatement un symptôme qu’il rapporte à des comportements à rectifier. Le psychanalyste, lui, interroge, par son silence même, le sens de ces plaintes, et permet au patient de découvrir que les faits qu’il rapporte le sont en des termes qui ne sont jamais limpides, qu’ils recèlent pour lui plusieurs significations possibles, qu’ils sont un point d’appel de ce qui pourra se dévoiler du sujet par association libre. Jacques Lacan, dans son Séminaire Le sinthome, propose de réfléchir à ce qu’on appelle communément un fait pour aller au-delà des apparences : " Qu’est-ce qu’un fait ? C’est justement lui [le parlêtre] qui le fait. Il n’y a de fait que du fait que le parlêtre le dise. Il n’y a pas d’autres faits que ceux que le parlêtre reconnaît comme tels en les disant. Il n’y a de fait que d’artifice " (Le Séminaire, Livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, mars 2005, p. 66).

Il s’agit d’interroger les faits, c’est ce que se propose la psychanalyse, conduisant à découvrir qu’ils sont essentiellement représentatifs de la réalité psychique. À travers les faits évoqués, se dessine la position du sujet dans l’existence, il y dit son fantasme tout en le nourrissant. Les faits ne comptent pas tant pour eux-mêmes que pour l’appui qu’ils donnent pour permettre au sujet de dire quelque chose de lui-même, mensonge ou vérité. Le psychanalyste ne se laisse pas enfermer dans les faits, il interroge plutôt les signifiants concernés par ces faits, ce qui permet au sujet de les découvrir selon les chaînes signifiantes qui régissent son existence, de retrouver des vérités oubliées et d’édifier un savoir.

Le symptôme recèle toujours une énigme qu’on ne pourra jamais élucider si on veut le faire disparaître sans en avoir attrapé ce qu’il signifie et ce qu’il nourrit. Ce qui est entrave dans le symptôme ne peut pas se dissoudre par des techniques comportementales, car " nous n’avons que ça, l’équivoque, comme arme contre le symptôme " (…) En effet, c’est uniquement par l’équivoque que l’interprétation opère " (Ibid., p. 17).

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