jeudi 22 avril 2010
Recontrer un psychanalyste à l'adolescence - Hélène Bonnaud
Hélène Bonnaud - psychanalyste, membre ECF
Ils parlent, ils parlent. Conversation ininterrompue avec les portables, mettant l’autre de la relation toujours à portée, d’un seul clic, sur son écran également, ils chattent sur MSN de façon continue ou sur Facebook, se répondent, et encore s’appellent. L’adolescence aime la parole. Elle s’y est abonnée. Elle est toujours connectée à un autre qui au bout de la ligne, parle pour dire ce qui fait son quotidien, pour occuper l’autre plus que pour s’occuper de l’autre. Les ados passent ainsi un temps fou à se connecter et à déverser des valises de messages, comme pour dire j’existe, je parle, je suis là.
À qui s’adresse-t-elle, cette parole si vitale ? Elle parle entre soi. Le monde des ados a toujours eu cette particularité d’être un dialogue fermé, pris dans la recherche d’un autre identique qui comprend et qui pense comme moi, un multiple de moi en quelque sorte. De tout temps, l’adolescence a été perçue comme la période de la vie où la parole propre donne de l’être car c’est le moment où le sens à donner à sa vie et à sa personne propre, est prioritaire. Il s’agit en effet, pour chacun de se construire et de se faire une place parmi tous les autres. Cela demande d’être conforme aux modèles qui dominent ou bien de s’affronter à l’imaginaire du groupe qui les sous-tend. Il faut gagner sa place alors que, dans la famille, cette place était de fait.
Alors pourquoi un psychanalyste ?
On ne le rencontre jamais par hasard. Le psychanalyste, en effet, n’est pas l’oreille mise à disposition des portables. Il faut prendre un rendez-vous avec lui. C’est déjà un acte. De plus, on ne le rencontre que si quelque chose ne va pas, se manifeste et dérange. Cela s’appelle symptôme. Un symptôme vient toujours rompre une certaine continuité. Il vient indiquer qu’il y a un empêchement, un accroc ou parfois une précipitation d’actes qui entraînent le sujet au bord de la loi, au bord de la vie. C’est la définition du symptôme, d’être un message qui veut dire ce que je ne savais pas ou d’être l’effet d’une pulsion qui me domine. Mais sa vérité est souvent masquée. Elle n’apparaît pas de façon limpide, semble, selon les cas, totalement effacée ou simplement recouverte d’un voile. Parfois, on ne la retrouve pas, et il faudra aller la chercher, petit bout par petit bout. Du fait qu’elle est masquée, voilée, cachée, tronquée, il n’est pas facile de savoir à qui elle s’adresse, cette parole du symptôme. Certes, elle est la propriété du sujet, et d’une certaine façon, il est important qu’il puisse la reconnaître comme sienne. Mais savoir précisément à qui elle s’adresse et d’où elle vient, c’est le travail de l’analyse qui le dira. Le message du symptôme mérite d’être déchiffré. C’était l’idée de Freud. Et cette opération ne peut se faire que dans la rencontre avec un psychanalyste car il est le décodeur de l’inconscient. Faire ce choix, c’est consentir à reconnaître la singularité, parfois inquiétante, de ce qui m’agite. Cette rencontre est donc essentielle dès lors qu’on se sent perdu et qu’on veut se retrouver.
Or, souvent, à l’adolescence, le sujet ne veut rien savoir de son symptôme, il préfère ne pas en parler, ne pas le reconnaître, ne pas s’en soucier. Il ne veut d’ailleurs pas spécialement s’en défaire. Son symptôme et lui, ils se supportent parfois très bien. C’est souvent l’entourage, la famille de l’adolescent qui s’inquiète et s’interroge. Et c’est aussi par leur intermédiaire qu’une entrevue avec un psychanalyste peut avoir lieu.
Parfois l’analyste est appelé dans l’après-coup d’un traumatisme reconnu comme tel. Il s’agit alors d’un événement qui a fait intrusion dans le psychisme. L’analyste, dans ce cas, a pour fonction de venir réparer ce dommage et d’empêcher qu’il ne vienne hanter et perturber celui qui l’a subi. La parole, en effet, est le seul moyen pour que l’événement traumatique puisse se détacher du sujet, mais aussi que les fantasmes qui touchent souvent à la sexualité puissent être entendus et reconnus comme tels. Le trauma n’est pas toujours là où on l’imagine. Il peut se loger dans l’irruption du réel dans le fantasme inconscient. Il aura alors des conséquences tout aussi ravageantes.
L’adolescence est une période cruciale de la vie où l’irruption de la sexualité rompt avec l’enfance et du coup l’éloigne, cette enfance, au loin, parfois très loin de soi. L’adolescent se sent toujours plus proche de l’adulte qu’il ne l’est en réalité. Il considère qu’il a acquis un savoir – du fait de son entrée dans la vie sexuelle – et qu’il sait comment se tenir et s’affirmer dans la vie. Il lui faut pourtant passer par un renoncement, ce qu’il n’est pas toujours prêt à faire.
Ainsi, certains adolescents n’arrivent pas à sortir du milieu familial, ce qu’on a appelé le syndrome « Tanguy ». Ce symptôme est lié au fait que les parents n’incarnent plus un modèle rétrograde, un regard passéiste. Les adolescents, dans ce cas, ne ressentent pas l’effet générationnel. Les parents sont statufiés dans un rôle éternel, comme si la mort n’existait pas, le concept de temps non plus. Il y a un arrêt sur image. L’adolescent reste à la maison car il n’a nullement l’envie d’assumer sa vie et de faire des choix qui le bousculeraient et changeraient son existence. Il préfère la jouissance au désir.
L’adolescence a toujours été marquée par ce mécanisme de fuite de la réalité. Elle s’inscrit dans la reprise pour le sujet, de l’activité psychique centrée sur la sexualité. La période de latence est terminée, et les pulsions viennent déranger la tranquillité du monde enfantin. Tout est bouleversé et les images parentales vacillent. C’est pourquoi tout apparaît brutalement au sujet comme une tromperie. Avec la levée du voile sur la sexualité des adultes, l’adolescent a le sentiment parfois très amer d’avoir été dupé. Les identifications qui ne sont pas été assez solides pour résister à cette effraction du réel du sexe, peuvent ne plus tenir le sujet. C’est justement au moment où les craquages de l’identification sont les plus éprouvants que la rencontre avec un psychanalyste peut servir à supporter cette rupture.
Posté
par [Dario Morales ]
à 12:27
vendredi 23 octobre 2009
Yes, he can ! - Paulo Siqueira
Paulo Siqueira, psychanalyste, membre ECF
Formidable surprise : Barak OBAMA est prix Nobel de la Paix ! Alors qu’à l’ère de Bush, de Tony Blair, de Sharon et d’autres semblables, les va-t-en-guerre avaient le vent en poupe, il revient au « Premier Noir » Président des USA d’oser parler de négociation avec les pays de «l’axe du Mal » et même de dénucléarisation de la Planète. Les grands esprits de ce monde vont sûrement se moquer du grand, svelte et jeune « naïf » qui a eu le courage de concevoir une politique où l’on cherche « la paix de braves » plutôt que la guerre totale jusqu’à l’extermination des ennemis de la Démocratie. Ces « réalistes » qui ne croient qu’au pire (toujours certain, n’est-ce-pas ?) continueront à refuser toute négociation avec les représentant patentés du Mal Absolu (les intégristes iraniens, les talibans afghans, le dernier stalinien en Corée du Nord, etcetera). Ils vont tous se gausser de ce prix Nobel (« une médaille de chocolat », c’est le commentaire que je viens d’entendre dans une chaîne de Télévision) sous le prétexte que seul le résultat compte et que pour l’instant on ne voit pas les effets positifs de sa politique de « la main tendue ». On va donc parier sur l’échec d’Obama au Moyen Orient, en Afghanistan, en Irak, à Guatanamo et ailleurs. Or, il ne faut pas se tromper. Barak Obama n’est pas un pacifiste, il est loin d’être tombé dans l’angélisme de Carter. On peut dire, c’est vrai que tous ceux qui ont cru aux vertus de la non-violence (Ghandi, Martin Luther King et quelques autres) ont fini assassinés. Il ne manquera pas qui parient sur l’assassinat du Président des USA, ce qui est une probabilité, mais pas une fatalité. C’est facile de jouer aux Cassandres. « Yes, he can » c’est la devise d’Obama et les analystes devraient en prendre de la graine. Au contraire de celui qui nous hyperprésidentialise, Obama ne dit pas que « tout est possible ». C’est vrai, qu’il n’est pas non plus freudien au point de reconnaître ce qu’il y a d’impossible dans l’art de gouverner. Loin, très loin de tomber dans l’impuissance qui caractérise l’Europe de nos jours, Obama ne manque pas de courage car il fait le pari de la paix car le jeu vaut la chandelle, et il affirme qu’il faut continuer à discuter sans pour autant croire qu’on va se donner la main les uns aux autres et former la grande ronde de l’Harmonie Universelle. Par contre, semble-t-il le dire, il ne faudrait pas renoncer aux voies de la parole pour régler les conflits entre les nations et les peuples, seules capables d’apaiser les pulsions qui, si on les laisse aller jusqu’à leurs déchainements, n’épargneront ni les parlêtres ni la planète.
Posté
à 09:09