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Le malentendu de l’enfant et Ethique et pulsion

 

Le malentendu de l’enfant
Philippe Lacadée
Editions Payot, Lausanne, Psyché, mai 2003

L’heure est à l’apologie de la communication et de la parole. Les spécialistes de l’écoute prolifèrent, qui tentent de dissoudre par elle le moindre traumatisme et de lever tous les malentendus.

En oublier que donner la parole à l’Autre suppose que l’on sache que s’y révèle un réel hors sens qui se refuse à être pensé. C’est ce que découvre Freud, et qu’il appelle le « premier mensonge » du symptôme — ce malentendu ou gîte le sujet de l’inconscient.

Quelle fonction joue ce malentendu dans l’histoire de la psychanalyse ? Quel rôle tient-il dans l’histoire et le destin du sujet ?

L’auteur répond d’abord à partir de la clinique de l’enfant, sans négliger certains exemples littéraires. Il lève par ce biais des équivoques qui règnent sur des concepts clés de la psychanalyse, tels la pulsion, la demande, la névrose infantile, le surmoi, l’interprétation, etc.. Il s’éclaire, pour se faire, tout particulièrement de la lecture par Jacques Lacan du cas du petit Hans. Et nous conduit ainsi à des questions d’actualité où peuvent se découvrir des générations différentes : responsabilité de l’enfant et de l’adolescent, leurs inventions.

Ce livre, loin de dissoudre le malentendu, le dissipe : cette part inhérente au sujet ne saurait s’éliminer, même au prix de réduire le dire à un dit qui et celui qui le dit à son énoncé. À saluer l’indiscipline de cet incurable, un analyste, comme chacun de nous, est en mesure de prendre la responsabilité de trouver comment advenir là où c’était le malentendu.

Philippe Lacadée, psychiatre, psychanalyste à Bordeaux, est membre de l’école de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse. Il est coordinateur francophone du CIEN (Centre Interdisciplinaire de l’ENfant).

Éthique et pulsion ou de la psychanalyse comme style de vie
Philippe De Georges
Editions Payot, Lausanne, Psyché, mai 2003

Les débats qui agitent l’époque prennent souvent la forme de réflexion dite éthique. Le terme finit par être galvaudé et on hésite à son emploi. Il est pris ici au sens que Fraeud et Lacan lui ont donné sans doute, qui n’est pas celui des grands principes, mais plutôt — au-delà du bien et du mal — de cette petite question qui se pose à chacun : comment jouer sa partie dans le concert du monde ? La contribution de l’analyste dans ce domaine a tous les caractères de la modestie et de la discrétion. Son repère est en effet l’expérience analytique elle-même et donc le risque pris par des sujets qui, un par un, se sont mis au travail de leur propre inconscient. On jugera après coup si ce qui peut être dit mérite ou non d’être livré à des lecteurs qui n’ont pas nécessairement cette expérience de l’analyse, mais qu’intéressent à la fois les enjeux du moment et l’éclairage analytique.

Un sombre secret hante chaque grande invention humaine. Il ne se cache pas derrière elle, mais en occupe le centre. Celui de la psychanalyse, Lacan le livre un jour, comme aux débotté, au fil de son séminaire : « il n’y a pas de psychogénèse ». L’aveu est assez rude et scandaleux (au sens où on y trébuche) pour que peu s’y arrêtent et en prennent la juste mesure. Le ferait-on que serait encore raté l’essentiel. Car cette formule lapidaire n’est en elle-même qu’une version atténuée, un mi-dire, de la vérité décapante que véhicule l’analyse. Freud reconnaissait ce roc de l’impossible à sa manière, avec ses mots et son style. Ainsi pouvait-il dire de ses auditeurs : « je m’incline devant leur reproche de ne pas être à même de leur apporter du réconfort, car c’est cela qu’au fond tous réclament, les plus sauvages révolutionnaires pas moins passionnément que les plus braver et pieux croyants. » Il savait que l’avenir est à l’increvable illusion. On ne brûle plus ses livres aujourd’hui : on les enterre sous l’éloge, la vulgarisation et le mésusage de ses concepts. On en noie le message sous des flots de propos insipides, inodores et sans saveur : le discours psy-chose, l’océan nauséeux de la psychothérapie généralisée, du psy pour tous. La psychanalyse est aride, la psychanalyse est ingrate. Elle est une goutte de vif argent dans un monde toujours autant sans esprit et sans âme. Elle tient joint vif du corps et de l’esprit. La psychanalyse est une pratique de la parole qui met en valeur un impossible à dire. C’est ce paradoxe qui est ici mis en jeu.

Philippe De Georges est psychanalyste à Nice. Il est membre de l’Ecole de la cause freudienne. Le séminaire qu’il anime a d’abord porté sur la pulsion et son destin au décours de l’analyse. Les deux années de travail dont ce livre fait trace ont eu pour objet la contribution de l’analyse à l’éthique au XXIe siècle.