Cause freudienne

Sainteté

François Regnault

 

Extrait

Il va sans dire que l’idée selon laquelle le saint chinois et le saint chrétien, du moins celui de « la civilisation occidentale » aient le même sens, soient synonymes, est hautement invraisemblable. C’est donc parce que Lacan l’affirme, que cela doit être vrai. Et c’est parce que cette vérité, nous ne parvenons, pas plus que d’aucune autre, à la dire toute, qu’elle nous aura mis au travail, Nathalie Charraud, à qui je remercie de m’avoir livré la formule et de l’avoir éclairée, et moi, qui vais tenter, laissant le saint chinois, celui du Tao, de côté, non sans avoir tenté d’en pénétrer l’arcane, d’évoquer le saint chrétien – selon Lacan. Un souvenir à ce propos : un jour Lacan m’évoqua sa connaissance du Tao. Il me refit même avec sa main la dizaine ou douzaine de mouvements que requérait, pour être écrite au pinceau, tel signe – idéogramme, disons-nous – d’un mot que je ne pus retenir. Et il ajouta qu’il ne comptait pas traiter du Tao à son Séminaire, avec une formule du genre : « Vous vous rendez compte où ça irait… »

Nous prenons donc des risques en allant là-dessus plus loin que son mi-dire.

Remettant mon nez dans La religion des chinois du grand sinologue Granet, celui que, bien que s’étant orienté vers les Indo-Européens, Georges Dumézil s’était choisi pour maître, j’y ai tout de même relevé ceci, à propos du taoïsme : « Un texte de Tchouang-tseu rend sensible le passage des croyances anciennes aux spéculations taoïstes et la parenté de ces dernières avec les théories confucéennes. Pour lui, l’ensemble des êtres est réalisé par une expansion libérale et totale du Tao céleste ; l’empire est uni grâce à une expansion analogue du Tao impérial ; le Tao du Saint soumet de même à son influence tout le pays. Mais, tandis que, dans la pensée confucéenne, l’Efficace est d’ordre moral, elle est, pour les taoïstes, de nature aussi indéterminée, ou presque, que dans les conceptions populaires. Pourtant, à s’opposer au Providentialisme, plus ou moins idéaliste, des confucéens, le Taoïsme prend l’apparence d’un monisme naturaliste, sinon matérialiste : l’idée centrale en est celle d’un Continu cosmique dont l’existence permet les actions d’esprit à esprit. » [p.125-6]  « […] Le succès à la chasse ou à la pêche ne dépend pas des instruments employés ; si mauvais soient-ils, le chasseur ou le pêcheur atteignent directement leur proie, par effet de leur prestige personnel, s’ils ont l’Efficace. »

Voilà qui nous approche du sujet supposé savoir, dont seule la place est efficace, et non ses qualités propres, et dont la fonction s’arrange de son insuffisance. Prudence toutefois sur ce trait : déchet n’est pas forcément insuffisance.

Voilà qui nous rapproche du saint évoqué dans Télévision. Je me bornerai à interpréter ce texte énigmatique.

François Regnault