Quarto

Editorial

Bernard Seynhaeve

 

La psychanalyse est apparue en marge du sillon tracé par le siècle des Lumières. Elle a pu voir le jour parce qu’il était devenu vital pour l’être parlant que l’on subvertisse le discours de la science. La psychanalyse est son envers. Elle gêne depuis toujours, elle titille, elle agace, parce qu’elle est la seule à l’interroger vraiment. Plus que jamais, il s’agit pour le maître d’aujourd’hui de tenter de la faire rentrer dans le rang. « Psychanalystes, un peu de sérieux ! Fini de rire ! Une seule tête ! »

Encore une fois, l’actualité nous conduit à devoir repenser la place que la psychanalyse occupe dans la civilisation, la place que le psychanalyste doit prendre dans la Cité.

Résolument !

Ce numéro de Quarto constitue un ensemble avec le précédent – La psychanalyse au risque de la gouvernance – dont il est la suite. Il insiste, précise encore, accentue.

Plusieurs axes le traversent qui, finalement, se conjuguent : Psychanalyse et poésie, Psychanalyse laïque, Formation du psychanalyste. Trois textes marquant, constituant les pivots de ce numéro, y sont commentés : Le Neveu de Lacan, La question de l’analyse profane et Les penchants criminels de l’Europe démocratique. Le texte de Jacques-Alain Miller – « Psychanalyse et société » – est d’un éclairageinestimable dans cet édifice.

Soulignons le lien intrinsèque qui existe entre l’affirmation décidée que la psychanalyse ne peut être que laïque et l’exigence de formation du psychanalyste, cette formation ne pouvant être, pour l’analyste, que singulière.

Quarto tente ici de préciser ce qu’il faut entendre par « analyse profane » aujourd’hui et il s’efforce de définir les rapports de la psychanalyse avec l’université. En faisant droit à la distinction entre savoir établi et savoir inventé, il permet de définir les rapports de la psychanalyse avec l’université.

Pour la psychanalyse du XXIe siècle, l’enjeu est considérable. Il s’agit de définir et défendre les conditions pour qu’elle soit encore praticable. Mais au-delà de l’avenir de la psychanalyse, se joue celui d’une civilisation, celle que nous voyons assiégée par la Mégère Modernité. « “Donne-moi ton cœur !”, dit la Mégère. Elle l’exige des poètes, ou de ce qu’il en reste […] Et, il ne faut pas s’y tromper, elle l’exige aussi des psychanalystes. »1

1. MILLER J.-A., Le neveu de Lacan, satire, Lagrasse, Verdier, 2003, p. 132.