Quarto

De Tel Aviv à Rome, entre ombres et lumières

Éric Laurent

 

Dans sa conférence à Tel Aviv au 4e Congrès de la NLS, le 3 avril 2006, Éric Laurent reprend « la façon dont on peut situer la notion d'exception à un moment donné de l'enseignement de Lacan. Jacques-Alain Miller dans son enseignement nous a fait apercevoir combien ce moment s'insère dans le développement de Lacan sur les Noms-du-père. Servons-nous donc en cette occasion du Séminaire « Introduction aux Noms du père ».
Il souligne que le projet antihégélien de Lacan est de refuser de réduire les existences particulières aux parties d'un tout :

Extrait

« Ce desserrage à l’égard du tout vise à nous permettre de respirer, de considérer la particularité de notre existence comme telle. L’Akedah prend la paternité à partir d’une relation particulière. La nouveauté qu’introduit Abraham est celle de la relation particulière avec le fils. Lacan logifie cette approche lorsqu’il entreprend de définir le Nom-du-Père à partir d’une fonction. Le grand avantage d’une fonction est de ne pas définir un tout. Une fonction ne définit que son domaine d’application. Pour savoir ce qu’est la nature d’une fonction logique, inutile de la définir à partir d’une essence comme dans la logique ancienne. La logique moderne considère en effet la question des ensembles infinis. Il suffit de prendre en compte des processus infinis pour que l’on ne puisse jamais définir totalement l’ensemble des cas de la fonction. Vous n’arriverez jamais au bout de son domaine d’application. La logique contemporaine explore à ce propos toute une série de paradoxes. La fonction n’est alors définissable que par les réalisations des variables qui constituent son développement. Nous ne la connaissons qu’à partir des modèles qu’elle réalise. Si être, c’est être la valeur d’une variable, être un père de la fonction paternelle, c’est être un des modèles de réalisation. Il est une des valeurs (a, b, c, d) de la fonction (x). Donc, dire “le père en tant qu’agent de la castration ne peut être que le modèle de la fonction”, c’est dire que l’accès que choisit Lacan � la question du père est celui du “un par un” de ceux qui sont devenus pères. Pour définir un père, Lacan parle alors de “père-version”, de versions du père une par une, définie par la particularité de la jouissance du père. “Un père n’a droit au respect, sinon à l’amour, que si ledit amour, ledit respect, est […] père-versement orienté, c’est-� -dire fait d’une femme l’objet a qui cause son désir. Mais ce qu’une femme en a-cueille ainsi n’a rien à voir dans la question. Ce dont elle s’occupe, c’est d’autres objets a, qui sont les enfants.” ((Jacques LACAN, Le séminaire, Livre XXII, R.S.I. [1974-1975], texte établi par Jacques-Alain Miller, Leçon du 21 janvier 1975. Ornicar ?, Bulletin périodique du Champ freudien, no 3, p. 107.)) Être père donc, c’est avoir eu la perversion particulière de s’attacher aux objets petit a d’une femme. Normalement l’homme s’attache aux objets petits a qui causent son désir � lui. Par exemple, le fétichiste a la perversion particulière de s’attacher au phallus qui manque à la mère en le réalisant dans un fétiche particulier : chaussure, “brillant sur le nez”, etc. Lacan définit le père à partir d’un fétichisme particulier. Ce n’est pas celui qui relie l’homme à sa mère, mais celui qui relie un homme à une femme. Il ne s’agit pas d’un objet qui n’est pas à sa place, qui ex-siste, mais d’un objet qu’une femme a produit. L’enfant est un objet a de la mère. De cet objet a, le père doit prendre un soin particulier que l’on dit paternel, à entendre au sens le plus large. C’est un soin que l’on peut définir en disant qu’il sépare l’enfant de la mère de la bonne manière. Celui qui fait ce choix est un père, Lacan ajoute “qu’il le veuille ou non”, soulignant qu’il s’agit d’une décision d’un autre ordre que celui de la volonté. À occuper cette position, un père est un modèle de la fonction.  Â»

Eric Laurent