Quarto

Editorial

Bernard Seynhaeve

 

L’équipe éditoriale de la revue Quarto a changé. C’est l’usage tous les deux ans, au moment de la permutation, s’agissant de cette revue de l’Ecole de la Cause freudienne éditée en Belgique. La revue compte cependant poursuivre sa politique éditoriale consistant à articuler psychanalyse pure et psychanalyse appliquée, à centrer son attention sur la clinique analytique selon les repères que nous ont transmis Freud et Lacan, sur ses connexions et, partant, à rester branchée sur l’actualité.

L’actualité, c’est précisément l’avenir, voire le destin de la psychanalyse et la place qui revient au psychanalyste dans le débat qui s’est ouvert dans la Cité. Il s’agit d’éclairer et de participer à ce débat relatif à l’intervention des pouvoirs publics européens dans le champ des pratiques de parole. Faut-il réglementer le champ de la psychothérapie ? Lacan, dans son Séminaire, faisait la remarque suivante : « […] l’idée que le savoir puisse faire totalité est, si je puis dire, immanente au politique en tant que tel. On le sait depuis longtemps. L’idée imaginaire du tout telle qu’elle est donnée par le corps, comme s’appuyant sur la bonne forme de satisfaction, sur ce qui, à la limite, fait sphère, a toujours été utilisée dans la politique, par le parti de la prêcherie politique. Quoi de plus beau, mais quoi de moins ouvert ? Quoi qui ressemble plus à la clôture de la satisfaction ? ».

Ce numéro de Quarto est atypique dans la mesure où il est éminemment politique. Non au sens d’une totalisation fermée sur son autosatisfaction, mais en tant qu’il interroge le politique sur les mesures que ce dernier entend prendre pour formater, quand ce n’est pas suturer cette vacuole dans laquelle le choix de celui à qui un sujet veut parler est encore possible. La menace existe lorsque ceux qui nous gouvernent s’inquiètent de garantir tous azimuts la sécurité du consommateur et de l’usager. En effet, le champ de la santé mentale n’échappe pas à la frénésie sécuritaire. Elle est portée par les vagues hygiéniste et managériale qui déferlent sur les continents européen et nord-américain. Pourquoi faut-il refuser ce que le bon sens gestionnaire nous presse d’accepter ? C’est ce à quoi ce numéro de Quarto tente de donner des éléments de réponse. Ce Quarto, sans être exhaustif, donnera une idée des réglementations européenne et nord-américaine sur les pratiques de psychothérapies pour alimenter dans la deuxième partie du numéro une discussion ouverte — sur le mode de la polémique courtoise, comme le suggérait Eric Laurent, dans la mesure où tous les auteurs de ce numéro ne sont pas nécessairement favorables à nos thèses — sur les risques que l’on prend à vouloir légiférer dans le champ des pratiques de parole.