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Scilicet – Le corps parlant. Sur l’inconscient au XXIe siècle

Scilicet – Le corps parlant. Sur l’inconscient au XXIe siècle

Scilicet
Septembre 2015

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Écouter Marie-Hélène Roch présenter l’ouvrage qu’elle a dirigé :

 

Présentation
Des émotions traversent mon corps, l’altèrent et le contraignent. Son image travaille et se transforme.
Je jette mon corps en pâture aux regards, j’en peaufine l’image : tatoué, modelé ou sublimé par l’art ou le sport, travesti à l’occasion ; mais est-ce encore le mien ?
Les modes sont supposées me combler. Les objets technologiques ou les produits pornographiques se vouent à me satisfaire. Mais si mon corps n’était plus que la prothèse de ces objets et de leurs supports publicitaires, voire un objet parmi d’autres, dont la jouissance m’échappe de plus en plus ?
Je veux conjurer ce destin, m’enivrer de selfies, me starifier sur les réseaux sociaux, l’envers de cette exhibition encouragée par le marché me renvoie d’autant plus à ma solitude.
Alors, mon corps résonne de sons, de paroles, de formules. Blessé(e) ou mortifié(e), atteint(e) dans ma chair, ou bien je me fais toujours plus l’otage de ce qui m’aliène, ou bien j’en dénombre les effets pour les prendre à mon compte.
Les psychanalystes de l’Association mondiale de psychanalyse font bruire « le corps parlant » dans un dictionnaire à 95 entrées : Anatomie, Androgynie, Cosmétique, Exhibition, Inconscient lacanien, Jouissance, Obésité, Maltraitances, Pornographie, Ségrégation et bien d’autres.
La psychanalyse tend à rendre possible pour chacun l’invention, selon sa singularité, d’une alliance entre son corps et les ressources de la parole contre le pire.

Qu’est-ce qu’un corps parlant ? Le propre de l’humain !
Le terme « parlant » n’est pas ici un adjectif qui viendrait compléter un substantif défini au préalable, le corps, en lui ajoutant la capacité de parler. L’erreur commune de la psychologie est de penser que la parole est une fonction cognitive du corps, un acquis, bien qu’elle soit soutenue de manière innée en une structure profonde de l’organisme. Il n’en est rien. Ni la parole ni le langage ne sont réductibles à des fonctions cognitives car, pris comme fonctions organiques, ils dépendenta priori de la relation du sujet au signifiant, à la structure du langage qui le précède, en tant que corps et en tant qu’être qui parle. De fait, la langue ne s’apprend pas, elle se transmet à partir d’une expérience de jouissance qui touche au corps.
Dans l’expression le corps parlant, « parlant » est un participe présent, équivalent parfois au gérondif, un participe actif. Il ne s’agit pas de doter un être existant de la propriété de parler. Cet être n’est être que dans la mesure où il parle, comme l’énonce Lacan. Notons aussi que, dans son rapport avec l’inconscient, cet être ne parvient à avoir un corps que dans la mesure où il est parlé par l’Autre. »

What exactly is a speaking body? What makes a body human is indeed that it is a speaking body. The term “speaking” here is not an adjective that would complete a predefined noun, the body, by adding to it the act of speaking. The common error made by psychology is to think that speech is a cognitive function of the body, an acquired behavior, although it is supported in an innate way within a profound structure of the organism. This is not the case. Neither speech nor language is reducible to cognitive functions, since these functions, considered as organic functions, depend on the already a priori relation of the subject to the signifier, to the structure of language, which precedes him as body and as being that speaks. Hence, a language is not learned, it is transmitted by the experience of jouissance which touches the body of the image.
“Speaking” functions also in the expression “the speaking body” as an active participle or present participle, equivalent in some cases to the gerund. This doesn’t mean that a being exists there a priori, to which the property of speaking is added. It means that this being, as Lacan points out several times, is a being only to the extent that he speaks. In the same way, we must also point out that this being is only able to have a body insofar as he speaks, insofar as he is speaking or spoken.”

Miquel Bassols

Les psychanalystes de l’Association mondiale de Psychanalyse accueillent un par un les corps vivants mis à mal par l’égarement ou la débilité forcée des discours dans lesquels ils baignent. Dans cet ouvrage qui emprunte sa forme au dictionnaire, ils décantent leur expérience pour faire résonner le corps parlant : anatomie, androgynie, cosmétique, exhibition, inconscient lacanien, jouissance, obésité, maltraitances, pornographie, ségrégation, selfie
La psychanalyse tend à rendre possible pour chacun l’invention, selon sa singularité, d’une alliance entre son corps et les ressources de la parole contre le pire.

The psychoanalysts of the World Association of Psychoanalysis welcome one by one living bodies, hurt by the bewilderment or the debility forced by the discourses in which they are immersed. In this volume, which borrows its form from the dictionary, they decant their experience in order to make the speaking body resonate: Anatomy, Androgyny, Cosmetics, Exhibition, Lacanian Unconscious, Jouissance, Obesity, Ill-treatments, Pornography, Segregation, Selfies… Psychoanalysis tends to make possible for each, according to one’s singularity, the invention of an alliance between one’s body and the resources of speech against the worst.

Eve Miller-Rose