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Le cartel

Ce dispositif de travail en petit groupe autour de Séminaires de Lacan ou de Jacques-Alain Miller ou sur des thèmes de clinique et de pratique analytique peut se constituer à tout moment. Vous trouverez dans cette rubrique un texte de présentation de ce qu’est un cartel, différents textes de références concernant ce dispositif inventé par Lacan en 1964.

Etudier en cartels

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Étudier en cartel, un nouage entre savoir et politique

Virginie Leblanc

« Ceux qui viendront dans cette École s’engageront à remplir une tâche soumise à un contrôle interne et externe. Ils sont assurés en échange que rien ne sera épargné pour que tout ce qu’ils feront de valable, ait le retentissement qu’il mérite, et à la place qui conviendra. Pour l’exécution du travail, nous adopterons le principe d’une élaboration soutenue dans un petit groupe. » Lacan utilise à de nombreuses reprises le signifiant « travail » dans L’acte de fondation où il dessine les lignes de son école, en 1964. Que le travail de l’École se fasse à plusieurs, en groupe, et que le cartel en constitue « l’organe de base », qu’est-ce que cela signifie, et quelle actualité pour le cartel en cette « année zéro » du Champ freudien inaugurée par Jacques-Alain Miller il y a un an ?

Décider que la théorie analytique soit étudiée et élaborée par le groupe, c’est bien d’emblée réfléchir à la façon dont une école de psychanalyse a, à la manière de n’importe quelle société, à questionner et être questionnée par les effets d’imaginaire, de rivalité et d’agressivité, tout comme les mouvements amoureux ou de fascination pour un leader. Le temps court et déterminé à l’avance pour lequel le cartel se constitue, et par conséquent l’accélération et l’anticipation de son dénouement est une première garantie contre l’homéostase et l’assoupissement du groupe. La présence d’un plus-Un également, en tant que sa position extime garantit une place vide, propre à devenir surface de transfert, accrochée subjectivement à un désir d’Ecole : le Plus-Un serait alors ce « leader pauvre » comme le nomme Jacques-Alain Miler[1], modeste, qui plus est qui sera amené par le jeu de la permutation à être remplacé au bout de quelques mois : difficile dans ces conditions de se prendre pour un chef de troupe.

Le rapport au savoir dans le cartel en est alors nécessairement subvertit : on n’y vient pas écouter un maître qui nous nourrirait de sa compréhension des textes théoriques. Mais on a à s’y avancer, seul, en son nom propre, en dehors de toute distinction hiérarchique, pour donner à entendre ce qu’on a saisi d’une notion, d’un concept, tout en éprouvant immédiatement, justement dans la question adressée au groupe ou par le groupe, à quel point ce savoir qui comme le dit Lacan, surgit bien souvent « en un éclair » peut filer entre les doigts et être très vite questionné par la clinique ou toute autre page de Lacan qui pourrait sembler contradictoire avec la première.

Si le cartel offre un gain de compréhension, son dispositif même constitue donc une véritable subversion du savoir, par la production non d’une somme de connaissance en bonne et due forme, encyclopédique, fermée, à l’image de la sphère imaginaire, si rassurante de la Vérité absolue. Non un apprentissage des textes analytiques comme on réciterait son catéchisme : la façon dont Freud et Lacan remettent eux-mêmes sans cesse sur le métier leurs propres avancées l’empêche. Bien plutôt s’agit-il du questionnement même du concept, a fortiori par des « étudiants » bien avertis que l’objet d’étude même qu’ils ont entrepris d’étudier les concerne en premier lieu : car comment ignorer qu’il confronte chacun des cartellisants à son propre rapport au savoir, à la compréhension, à la prise de parole, à son rapport à l’Autre, bref, son rapport symptomatique au monde ?

Voilà sans doute ce qui demeure si puissant, attractif et fait l’actualité du cartel aujourd’hui : cette confrontation à l’autre, non dans la rivalité imaginaire mais dans l’appui pris contre. Et voilà sans doute aussi pourquoi le dispositif est toujours aussi vigoureux dans notre École : on étudie en cartel comme dans une forme de lien social très particulière, certainement pas pour se sentir moins seul, mais sans doute parce que le dispositif inventé par Lacan est absolument affine à l’objet même qui est le nôtre dans notre quotidien d’analyste : ce qui de la transmission échappe, ce qui est soumis à l’interprétation. Loin de tout savoir encyclopédique et spéculatif, c’est donc bien le lien entre pratique et théorie, qui résiste au repli et à la franche compréhension qui fait la spécificité du cartel aujourd’hui, et dont il nous faut continuer à travailler le tranchant, la puissance de son dispositif : à l’heure des individus triomphants et de l’horizontalité des connaissances : le groupe des cartellisants ne serait-il pas alors le collectif démocratique par excellence, faisant place au sujet de l’inconscient, à ses surprises et ses failles, non dans un égalitarisme de bon aloi mais propre à susciter le désir d’en savoir encore un peu plus et d’assumer son engagement à travers une énonciation chaque fois singulière ?

[1]      Miller J.-A., « Le cartel dans le monde », Intervention à la Journée des cartels du 8 octobre 1994 à l’ECF, transcrite par Catherine Bonningue. (Paru initialement dans La Lettre mensuellen°134), disponible à cette adresse : https://www.causefreudienne.net/cartels-dans-les-textes/

 

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