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Bénédicte Jullien : avec Serge Cottet, tu peux savoir

Bénédicte Jullien : avec Serge Cottet, tu peux savoir

J’ai connu un premier Serge Cottet, il y a plus de vingt ans, rugueux avec ses élèves, dont je faisais partie, peu intéressé par nos remarques et nos tentatives de le séduire par ce que l’on croyait savoir. Il répondait rarement aux questions et coupait assez sèchement nos délires psychanalytiques. J’étais admirative de son érudition et impressionnée par la modernité de sa pensée.

Il allait sans dire qu’il serait mon directeur de recherche, dès le Desu. Ce n’était pas une mince affaire car sa position nous expulsait de celle que nous souhaitions prendre, à savoir celle de l’élève, en attente de nourrissage. Cette position faisait écho à ce dont j’ai témoigné dimanche dernier, à savoir un petit côté « t’as qu’à chercher ! » En langage psychanalytique, cela donne un « tu peux savoir ». Il rendait responsable l’étudiant de ce dans quoi il s’était engagé. C’était à la fois inquiétant, mais en même temps libérateur. Il ne s’agissait pas de lui plaire mais de se mettre au travail. Que cherches-tu dans la question que tu poses dans ta recherche ? Ce que tu travailles te concerne. Il nous invitait à aborder les concepts psychanalytiques à partir de notre question. Le cas clinique ne vient pas démontrer que la théorie a raison, il la met en question, à l’épreuve. Il s’agit de l’enrichir par le cas qui s’en excède.

Et puis il m’a demandé de devenir sa secrétaire quelques temps. J’ai donc eu la chance de vivre en présence comment il composait la psychanalyse. Des notes éparses mais une pensée orientée. Les mots sortaient par bonds, en éclair, après un certain silence, une élaboration intérieure. Mes doigts couraient sur le clavier pour ne perdre aucune perle qui s’énonçait. Pas question de répéter. Quelques reprises la semaine suivante, guère plus. Un autre enseignement.

Enfin, j’ai découvert un autre Serge Cottet, celui de l’aventure du CPCT. Toujours au travail de la psychanalyse dans son époque, de son renouvellement. Mais plus proche de ceux qui avaient été ses élèves, n’hésitant pas à les citer, à s’inspirer d’eux. Il restait le maître, sans complaisance, mais une complicité intellectuelle pouvait éclore.

Ma dernière collaboration avec lui nous a mené sur les chemins de l’interprétation de l’échangisme [i]. Qui l’eût cru ? Une petite joute entre nous s’est engagée. J’étais un peu trop amorale à son goût, trop complaisante à l’égard de pratiques sexuelles contemporaines, mais je sais en même temps qu’il respectait ma démonstration.

Je n’ai pas eu la chance d’entendre le talent du violoniste qu’il était. J’ai rencontré le grand psychanalyste qui a marqué notre champ et je l’en remercie. Il a participé à la femme psychanalyste que je suis devenue.

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[i]           Lors d’un duo pour les J45, sous le titre « Libertins, échangistes.com » (Cf. e-book : Faire couple, liaisons inconscientes, Du tac au tac, 22 duos de psychanalystes).