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Christiane Alberti : symphonie

Christiane Alberti : symphonie

La perte est immense. Pour le discours analytique, pour notre École.

Notre très cher ami Serge Cottet en a assumé les plus hautes responsabilités. Ancien Directeur de l’ECF, il s’est engagé pleinement dans les instances de la passe comme de  la garantie.

L’étendue et la variété de ses travaux composent une réelle symphonie qui nous invite au gay sçavoir. Serge Cottet se distinguait par une érudition qui ménageait une place à son auditeur, sans lui en imposer. Les éléments de doctrine qu’il se vouait à mettre en lumière ne faisaient pas système car il était toujours attentif à intervenir depuis le cœur même de l’expérience.

Ses textes resteront des références, son énonciation inoubliable. Il avait un style, évident à tous. J’aimais sa gouaille, son franc parler, son humour insolent. A sa façon, il laissait deviner une tendresse infinie.

J’ai fait sa connaissance au Département de psychanalyse de Paris 8, alors que j’étais étudiante. Ses cours m’ont laissé une impression déterminée. Il était d’une très grande générosité  dans son travail avec les étudiants. Si son exigence de rigueur les impressionnait beaucoup, elle témoignait toujours de ce qu’il tenait leurs travaux à la hauteur de la critique.

Son implication dans la formation, qu’il s’agisse des enseignements de l’École (sur le contrôle notamment), du CPCT ou de l’APA, vibrait de part en part de son désir d’analyse.

Ces deux dernières années, sa contribution à la commission de la garantie fut éminemment stimulante pour les débats récents de notre École. Cette question l’animait au plus haut point :  « La psychanalyse ne sera certes plus une idéologie dominante dont les signifiants étaient garantis par les prestiges de grands intellectuels comme en 1970. Mais y a-t-il encore de grands hommes ? Le réel du symptôme insiste : L’angoisse n’a cessé de monter au zénith social ; en témoignent des zones entières de désinsertion où les psychanalystes interviennent (CPCT, hôpitaux, dispensaires, etc.). Contre la dictature des bonnes pratiques, un courant puissant pour la liberté de penser existe, contre  la normalisation du comportement. On ne rivalisera pas par le chiffre mais par le transfert, qui échappe à la mise au pas, et donc par le nombre. Notre audience fait nombre, comme en 1970, quelle que soit l’hostilité des grands médias, avec la désinformation contemporaine. Il y a lieu d’entretenir cette résistance, et de le faire savoir aux pouvoirs publics. » Il était heureux en cette rentrée de tenir un enseignement sur cette problématique.

Serge Cottet a œuvré  à la transmission de la psychanalyse jusqu’à l’extrême de sa vie. Quelques jours avant son départ, il avait tenu à intervenir aux Journées de l’ECF sous le titre « Les années d’apprentissage de la psychanalyse ». Il nous laisse avec cet accent final : « Mais il y a le cours de la vie et il y a ce contre quoi l’on se cogne. Le sujet ne sait pas mais doit apprendre que le réel contre quoi il se cogne n’est pas que le produit de malheureux hasards, c’est son fantasme qui le gouverne, il est aux ordres de sa fiction ».