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13 avril 2018, 8h-17h, faculté de médecine à Rennes
Contact davidbriard@free.fr, 0699290350
http://www.associationcausefreudienne-vlb.com/rennes-st-malo-st-brieuc-laval-brest-quimper/rennes/medecine-et-psychanalyse-rennes-2/

Détails

Date :
13 avril 2018
Heure :
8 h 00 min - 17 h 00 min
Catégories d’Évènement:
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Étiquettes Évènement :
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Le Grand désordre dans les corps

« Le Grand désordre dans les corps » s’adresse aux médecins, internes et externes, aux professionnels paramédicaux et à ceux du champ psy.

Durant ce colloque, nous tenterons à saisir, au travers de la clinique de l’anorexie, des demandes de chirurgie esthétique et des troubles du genre, ce qu’est le corps pour la médecine, celui que nous rencontrons au quotidien.

Nous converserons avec des médecins qui témoigneront de leur expérience : un médecin témoignera de son invention avec une patiente anorexique, un endocrinologue parlera des demandes de transformations du corps qui lui sont adressées et un chirurgien esthétique témoignera du changement dans les demandes d’interventions sur le corps qu’il reçoit.

Retrouvez l’intégralité de l’argument en cliquant sur ce lien:
http://www.associationcausefreudienne-vlb.com/rennes-st-malo-st-brieuc-laval-brest-quimper/rennes/medecine-et-psychanalyse-rennes-2/

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« Le corps, ça devrait vous épater plus ! »

par Emmanuelle Borgnis Desbordes

 

A l’heure où se façonnent des corps nouveaux, que ce soit dans l’anorexie des jeunes filles, dans la restauration esthétique ou chez des sujets qui veulent mettre leur corps au pas de leur genre, nous avons organisé un « banquet », un banquet de praticiens et de cliniciens qui ont à répondre de nouvelles « commandes » quant à la modification et à la restauration des corps, le 13 avril prochain à Rennes.

Face cette commande contemporaine, nous nous sommes mis à quelques-uns autour d’une table pour trouver non pas tant des modes de réponses mais des modes d’élaboration d’une réponse possible : exposer ces nouvelles commandes, « entendre ce qui se dit derrière ce qui s’entend » et subvertir, avec finesse, ce qui de la demande peut se lire, voire s’écrire en filigrane.

La 2ème journée FIPA à Rennes, ce 17 mars, sur « Les paradoxes de la demande » aura été un spectaculaire préalable à cette mise au travail aussi bien clinique que politique sur les coordonnées de la demande, ses paradoxes et ses impasses, la subversion de ce qui demande à être aidé par l’élaboration d’un demande subjective et le désir décidé et orienté de notre Ecole qui continue et continuera, par le truchement du transfert, à faire surgir un lien qui garantit l’émergence d’une demande à partir de ce qui, pour chacun, relève du Réel et des jouissances. Divers lieux font accueil du mal-être et de la jouissance et permettent l’élaboration toujours toute singulière d’une demande jusque-là prise dans les limbes de la souffrance et de la précarité tant psychique que sociale. La journée de la FIPA aura été un feu d’artifice d’inventions et de subversions pour un lien moins précaire au sentiment de la vie pour chacun. Il y fallait du corps, il y en a eu.

Alors le 13 avril prochain, nous en mettrons, encore et encore…

Dans l’enseignement de Freud et de Lacan, le corps occupe une place centrale. Freud nous a donné des repérages indéniables sur l’articulation du corps au langage. Lacan avancera que oui, le corps ne peut être appréhendé sans le truchement du langage (1960) mais aussi et surtout qu’il est à penser dans son rapport à une jouissance qui l’excède (1970). En 1964, Lacan nouait le corps à la « pulsion », reprenant la limite entre le biologique et le psychique.[1] Il nous donnait alors une définition bien plus claire de la pulsion et proposait une doctrine cohérente du corps en psychanalyse : le corps comme « corps du symbolique ». La pulsion, elle, était alors ce qui advient de la demande quand le sujet s’y évanouit… En 1966, au cours d’une rencontre avec des médecins[2], Lacan évoque une faille dans le savoir entre psychanalyse et médecine. L’éthique de la médecine ne doit pas perdre de vue qu’elle a affaire à « un corps qui est fait pour jouir, pour jouir de soi-même ».

Le corps en médecine est en quelque sorte « purifié », organisme dénué de pulsion et de jouissance… et pourtant il y a bien du Sujet qui produit ses petits effets, un Sujet qui d’avoir été parlé est parlant. Si la science moderne continue à ignorer « l’effet sujet », se creusera de plus en plus « une faille » entre le savoir scientifique sur le corps et ce corps d’un sujet désirant, qui jouit, ce corps laissé en plan par la science.

L’entrée dans le langage, le symbolique, est une réalité et, en tant que réalité, il est du registre du symbolique. Lacan nous parle notamment d’une incorporation.

L’organisme, par l’intermédiaire du langage, s’élève à la dignité d’un corps : « le corps se fait verbe ». Mais le Symbolique n’a pas de corps à proprement parler, et sa vocation est de devenir corps, de s’incorporer : « l’Autre peut être le corps du symbolique incorporé » ! Lacan le dira aussi autrement : « le corps se fait le lit de l’Autre »[3].

La symbolisation du corps comme « organisme vivant », par l’incorporation de ce « corps du symbolique », est ce qui fait que les chairs portent la trace d’une négation ! Oui, d’une négation, parce que le Symbolique chez Lacan ne peut se penser sans le Réel… un Réel qui ne relève en rien de quelque réalité. Ah le fantasme de la réalité… Ce Réel relève bien plus de ce qui ne peut se symboliser, de ce qui échappe au signifiant. Et c’est bien dans ce qui échappe que se loge toute la singularité !

A défaut d’incorporation et de négativation des chairs, émerge une jouissance qui excède le Sujet lui-même : une jouissance hors-corps qui le rend plus « fou » encore.

Il revient au « transfert » de prendre à sa charge cette « négativité » pour que le Sujet ne creuse pas plus encore ce corps qui, dans l’anorexie, n’en est plus un – un corps qui désire et se jouit dans des limites toutes singulières. Sinon il demeure « un sac qui se remplit et se vide ».

Le 13 avril à Rennes, il sera question d’anorexie – ou comment introduire une négation qu’il n’y a plus – mais aussi des nouvelles commandes auxquelles les praticiens et notamment les médecins ont affaire. Une commande de restauration des corps, que ce soit en chirurgie esthétique mais aussi dans le domaine de l’endocrinologie qui peut répondre à l’injonction d’un plus d’hormones pour aller dans le sens de ce qui dans le corps s’éprouve comme « identité », identité de genre. Nous sommes à l’ère des nouveaux modes de façonnage des corps, dans un toujours plus, toujours plus fort ! Toujours plus beau ! Toujours plus fou !

A notre Banquet sont conviés des praticiens du monde médical, déboussolés eux-mêmes par les nouvelles commandes qui leur sont faites, perdus dans le Grand paradoxe des demandes et exigences contemporaines. Une volonté féroce d’adaptation et de restauration motive ces demandes, volonté plus que désir, car, de l’altérité constituante, le Sujet ne veut plus.

François Ansermet et de nombreux collègues psychanalystes viendront tirer des fils et proposer des repères dans ce « Grand désordre des corps » à partir de nombreux exposés cliniques afin d’avancer les yeux ouverts vers ce qui ne cesse d’insister et ne cesse de prendre nouvelle figure.

 

Pour tous les renseignements sur ce rendez-vous :

Emmanuelle Borgnis Desbordes eborgnis@yahoo.com

David Briard : davidbriard@free.fr

https://www.causefreudienne.net/event/le-grand-desordre-dans-les-corps/

http://www.associationcausefreudienne-vlb.com/colloque-psychanalyse-et-medecine-rennes-13-avril-2018/

[1] Lacan J. (1964) Le Séminaire XI « Les quatre concepts de la psychanalyse », Paris, Seuil, Coll. Point-essais.

[2] Lacan J. (1966) Conférence au collège de médecine, La Salpêtrière, http://aejcpp.free.fr/lacan/1966-02-16.htm

[3] Lacan J. « De la psychanalyse dans ses rapports avec la réalité » in Ecrits, Paris, Seuil, 1966.