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François Regnault : mon collègue Serge Cottet

François Regnault : mon collègue Serge Cottet

Nous aurons été constamment collègues depuis que je le connaissais. Au Département de Psychanalyse évidemment.

Comme ce mot est froid, et comme le mot amis, tels que nous l’avons aussi profondément été, sonne mieux. Mais justement, j’entends donner un sens plus pur à ce mot de collègue. Parce que c’était l’École de la Cause, et que la cause c’était l’analyse, la cause la plus naturelle à ses yeux à lui, Serge Cottet ; et même si, dans cette École, je fais une confiance théorique, éthique, pratique, à bien d’autres, c’est à lui que j’ai souvent donné ma voix pour voter à ma place.

Que d’heures nous avons passées ensemble, rue de Navarin, à des soutenances de DESU et de DEA (sans parler de quelques Thèses de Doctorat), qu’il avait dirigées, ou moi, et nous faisions un jury très souvent à nous deux, avec un grand plaisir. Il était plus que moi exigeant sur le fond et rigoureux sur l’originalité. J’ai la faiblesse de défendre le candidat dès qu’il a fait de son mieux, ce qui me rend capable d’être un peu intolérant dès que le travail est insuffisant, ou désagréable si le candidat a commencé par l’être. Or, je crois qu’il ne faisait pas acception de personne ; il posait une première question, puis un silence, et en venait à une seconde, qui reprenait la première, de façon calmement insistante, et cela pouvait continuer, que le candidat répondît ou non. C’était du genre : « Bon. Le transfert chez Freud et Lacan, on imagine qu’habitué du Champ freudien, ayant suivi nos cours, bercé par nos enseignements, vous allez tout de même essayer de renouveler une question après tout rebattue…  Alors ?…  Alors, ne nous répétez pas ce que nous savons déjà, dites en quoi, sorti de la koinè freudo-lacanienne, vous avez découvert quelque chose de nouveau… ? Eh bien ? »

Il pouvait mettre un peu mal à l’aise, grâce à son désir profond de renouveler l’exercice, au nom de la psychanalyse, fût-ce sur fond d’aménité profonde, de gentillesse démocratique acquise d’avance, mais sans doute avec la conviction que par rapport au réel dont nous sommes les effets, et dont lui, psychanalyste, avait l’expérience constante, tout cela n’était peut-être qu’une charmante comédie universitaire.

Est-ce pour cela qu’en dehors de ses ouvrages devenus à bon droit canoniques, je me référais souvent à tel ou tel article de lui que je jugeais important ? Par exemple (dans l’Âne, je crois), sur la rencontre que l’adolescent fait, au moment de la puberté, avec l’impasse du rapport sexuel, en quoi il mérite, fille ou garçon, d’être pris au sérieux et ce qui fait sa grandeur, dans la mesure où il s’affronte à ce réel réel (je répète exprès bêtement), que l’adulte attendri et goguenard feint d’oublier.

J’ai plusieurs fois imaginé de l’accompagner au piano dans des Sonates pour piano et violon, par exemple de Mozart, mais il aurait fallu que je travaille des heures. Et même ! Je l’eusse retardé. Je ne m’y mettrai pas maintenant.

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  1. Nous avons repris, dans la réédition de Mme Klein, pièce de théâtre de Nicholas Wright, publiée au Champ freudien, son article (ainsi que celui d’Éric Laurent), « Mélanie Klein et la guerre du fantasme.» C’est magistral, du fait d’une dialectique complexe et subtile que Serge manie là, comme ailleurs, parce qu’il savait suivre, un à un et ensemble, les fils embrouillés de ce nœud, comme de maint autre nœud propre à notre Champ.

On peut se procurer l’ouvrage sur ecf-échoppe :