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Hélène Deltombe : anatomie d’un contrôle

Hélène Deltombe : anatomie d’un contrôle

Ma dernière séance de contrôle avec Serge Cottet a eu lieu le mercredi 15 novembre. Je lui ai parlé d’un cas de ma pratique, mais cette fois, au lieu d’introduire directement mes questions, je lui ai dit : « J’ai vu que vous remettiez à plus tard votre enseignement prévu à l’École cette année. Que se passe-t-il ? ». Il m’a répondu : « Je suis malade, la masse de travail est trop importante. Mais, a-t-il ajouté, je pourrai faire cet enseignement à partir de mars prochain. »

J’ai baissé le nez, une immense tristesse m’a envahie, j’avais senti qu’il n’était pas en forme physiquement depuis quelques mois, mais j’avais occulté cela tant sa parole était éclairante, aiguisée, efficace pour l’avancée de chaque cas. J’ai relevé la tête et j’ai parlé du cas qui me questionnait. Il a été très pertinent et incisif dans ses interventions, comme à chaque fois. Sauf une fois, assez récente, où j’avais remarqué chez lui un état de fatigue extrême, qui l’avait empêché d’être aussi présent que d’habitude.

Ce mercredi là, 15 novembre, il m’a dit : « À mercredi prochain ! » Mais le mercredi suivant, il m’a appelée une heure avant ma séance de contrôle pour me dire avec une voix changée : « Je ne suis pas capable de vous recevoir aujourd’hui, excusez-moi ! À mercredi prochain ! » Ce 29 novembre, dans le doute, et ne parvenant pas à le joindre, j’ai sonné à sa porte. Sans réponse, j’ai alors appris son hospitalisation et la dégradation brutale de son état. J’aurais évidemment pu m’informer avant, mais contre l’évidence, je voulais encore croire à sa présence. Il aura mis toutes ses forces jusqu’au bout pour faire exister la psychanalyse en acte.

Nous perdons quelqu’un dont la rigueur, la probité et la générosité ne se sont jamais démenties. Je perds la joie de ce travail d’élaboration des cas avec lui, lui si différent de moi, mais c’est justement ce qui a compté plus que tout pour moi, cette possibilité qui m’était offerte avec lui d’être dérangée, au sens d’être dérangée dans mes élaborations, dans mes défenses, et instruite par son sens clinique, par son anticonformisme, rappelant un cas rare débusqué chez Lacan, une remarque de Freud tombée dans l’oubli, un texte lumineux de Jacques-Alain Miller. Et toujours j’ai été remise au travail de chaque cas par son inlassable questionnement du symptôme en jeu, du rapport au sexuel, jamais édulcoré, des vicissitudes de l’histoire familiale, des formations de l’inconscient, du fantasme, du transfert et de la place donnée à l’interprétation. Un travail assidu, serré, pour trouver les ouvertures, chercher l’énonciation, sans oublier d’interroger le rapport de chaque analysant à la psychanalyse.

Relisant son article paru dans la revue de l’École, La Cause freudienne n°52, en novembre 2002, il y a exactement quinze ans, intitulé « Autonomie du contrôle », je relève pour ma part sa modestie à cet égard. Autant son argumentation sur la répartition du travail analytique entre analyse et contrôle est bien fondée, autant je peux témoigner que ses interventions en contrôle visaient non seulement le cas en jeu, mais aussi ma position, relançant mon analyse, soulignant une zone d’ombre, un point aveugle, avec les effets qui en résultaient dans mon rapport à l’inconscient. Je lui en suis très reconnaissante.

J’aimais son implication sans faille pour la psychanalyse dans notre École, avec cette façon de toujours remettre les questions les plus brûlantes sur le métier. J’ai eu la chance de profiter de ses réflexions sur le CPCT lorsque j’y ai participé. Il y a un texte de lui à relire à cet égard, un texte qui m’a marquée, dont le titre vient malicieusement à point après ces Journées de l’École, il s’appelle « Le chemin des écoliers ». On le trouve dans son ouvrage au titre si drôle, L’inconscient de papa et le nôtre.

Je dirai pour finir, ne pouvant citer chacune de ses contributions, qu’il restera certainement une référence marquante de la psychanalyse.