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La psychanalyse à l’épreuve de la guerre

La psychanalyse à l’épreuve de la guerre

Editions Berg International
Janvier 2015

L’acheter sur ecf-echoppe

Vous pouvez écouter l’ensemble de la soirée de la Bibliothèque sur Radio Lacan

Echo du livre dans Libération

Sous la direction de Marie-Hélène Brousse

Extraits de la soirée de la Bibliothèque du 2 avril 2015

31 articles – un entretien avec Aharon Appelfeld – et 27 auteurs
Sarah Abitbol, Yolanda Arciniega, Marie-Hélène Blancard, Hélène Bonnaud, Guy Briole, Marie-Hélène Brousse, Laura Canedo, Gil Caroz, Gabriel Dahan, Nathalie Georges-Lambrichs, Liora Goder, Ángela González Delgado, Mabel Graiver, Antonia Gueudar Delahaye, Susanne Hommel, Bénédicte Jullien, Jean-Pierre Klotz, Bertrand Lahutte, Caroline Leduc, Jacques-Alain Miller, Myriam Mitelman, Yasmina Picquart, Francis Ratier, Laura Sokolowsky, Antoni Vicens, Gérard Wajcman. Postface d’Eric Laurent

Que des psychanalystes s’intéressent à la guerre peut surprendre.
Pourtant la psychanalyse est liée à la guerre depuis Freud qui trouva dans les névroses de guerre des données cliniques essentielles. Cela l’amena à abandonner la thèse selon laquelle la vie psychique est dominée par le principe de plaisir et à introduire son au-delà. L’étude des névroses de guerre et des traumatismes de guerre, non seulement lui fit prendre position contre les traitements inhumains et absurdes appliqués aux blessés psychiques lors de la première guerre mondiale, mais aussi mesurer la puissance de la répétition chez les sujets. Après le premier conflit mondial certains avaient pu croire qu’on pouvait en finir avec la guerre. Depuis, non seulement il y eut la deuxième, mais aussi toutes les autres, locales. Depuis la guerre n’a pas cessé. Il est donc vain d’en opposer la supposée barbarie à la civilisation, terme d’ailleurs passablement obsolète. C’est bien plutôt la paix qui apparaît comme un délire ou un vœu pieux. Toujours traumatique, l’expérience des guerres marque les sujets qui y sont confrontés. Elle est donc un laboratoire du psychisme. Car non seulement la guerre n’a pas cessé, mais elle s’est transformée, elle est devenue multiple, diverse. Elle épouse la modernité et ses formes contemporaines manifestent les traits de l’époque qui est la nôtre en ce début de XXIe siècle : le déclin du père et du nom au profit du chiffre, des fonctions et des procédures standardisées ; à la place de l’Autre, les Uns-tout-seul qui modifient le concept même de foules et de masses ; les écrans qui permettent de tout voir et de tout savoir ; la communication se déroulant aux moyens de réseaux horizontaux dans l’instant…

Depuis Freud le savoir psychanalytique s’est développé, de nouvelles découvertes ont été faites. L’enseignement théorique et clinique de Lacan, partant d’une relecture de Freud, a produit de nouvelles avancées. L’orientation lacanienne a pris avec Jacques-Alain Miller une ampleur internationale. Nous disposons donc aujourd’hui en psychanalyse de données nouvelles et de nouveaux outils. C’est le but de cet ouvrage de les faire connaître.

Il est le résultat de deux années de recherche au sein de la communauté de travail d’orientation lacanienne et s’ordonne selon deux axes : l’un clinique, l’autre épistémique. Le premier recueille des travaux issus de cures d’analysants et donne la parole à des sujets marqués par une guerre. Le second met l’accent sur les facteurs inconscients en jeu dans les guerres. Double focale donc : ce que la guerre enseigne à la psychanalyse et ce que la psychanalyse peut enseigner sur la guerre. Outre les études de cas, on trouvera donc dans ce volume l’esquisse d’une nouvelle « psychologie des masses », celle qu’exigent les transformations du lien social au XXIe siècle, terrain peu abordé en psychanalyse depuis l’ouvrage princeps de Freud avant les travaux de Jacques-Alain Miller, d’Eric Laurent et de Gérard Wajcman.

Les auteurs de cet ouvrage ont tous une pratique de la psychanalyse. Leur nombre est une garantie d’objectivité d’une part, mais aussi, chose essentielle à l’avancée de la psychanalyse, de rester au plus près de la diversité et de la singularité, traits structuraux du champ analytique.
Dans cette diversité, l’intérêt de ce livre est cependant de faire apparaître quelques thèses centrales :
Pas de guerre sans discours, ce qui implique que la guerre ne peut être réduite à des manifestations naturelles ou déchaînées d’agressivité. La guerre est une des modalités du lien social et non son contraire.
La guerre relève de ce que nous appelons un « mode de jouir » et obéit à un impératif qu’on peut qualifier de surmoïque, ce qui lui donne son caractère obscur et féroce.
Le trauma est le mode spécifique qu’y prend l’articulation des trois dimensions psychiques mises en évidence par Lacan, l’imaginaire, le symbolique et le réel. Mais elle constitue un traumatisme différent pour chaque sujet, en fonction de son ordonnancement singulier.

Le recueil des articles et la structuration de cet ouvrage sont le résultat des soins de deux collègues, Antonia Gueudar Delahaye et Bénédicte Jullien ainsi que de moi-même. Nous avons bénéficié des remarques précieuses de Jacques-Alain Miller.

Marie-Hélène Brousse