1, rue Huysmans - 75006 Paris, France | T:+33 01 45 49 02 68 | F:+33 01 42 84 29 76 Contactez-nous
Nathalie Georges-Lambrichs : une « épreuve épistémologique high tech »

Nathalie Georges-Lambrichs : une « épreuve épistémologique high tech »

Le professeur Cottet n’était pas encore l’auteur du Désir du psychanalyste quand je le croisai sans savoir encore que c’était lui dans la salle d’attente de son/mon analyste. Bien des années plus tard, autour du cercueil de cette dame, je parlai avec lui pour la première fois. La musique avait déjà fait accroche à un concert de Nicolas Stavy. Toutefois, même s’il m’apprit bien des choses en musique, ce qui m’a frappée n’est pas là.

Il avait été parmi les premiers à faire vivre L’Âne, le « magazine freudien » créé par Judith Miller. Sa critique de Masud Khan sous le titre « Une perversion thérapeutique » m’avait choquée, puis épatée. Je commençai à lire son livre, ses travaux, à l’écouter le plus possible. Il fut de toutes les coupures. « Le déclin de l’interprétation », c’était lui, nommément. En 2002 il évoqua la rubrique « cabinet de lecture » qu’il avait inaugurée dans Ornicar ? avec Michel Silvestre vingt ans avant. Il fut de l’aventure Élucidation. Les scansions de la politique de la psychanalyse appelaient toujours son style acéré, tranchant, surprenant, et la clinique n’était pas en reste.

Un jour je lui ai parlé de Bardo or not bardo d’Antoine Volodine. Il ne connaissait pas, logeait le « savoir » de mon côté. Me croisant par hasard un peu plus tard, il me dit qu’il avait lu et apprécié le roman. Oui l’humour en était corrosif, oui il s’était bien amusé, oui nous étions d’accord.

Il s’était montré respectueux de l’adage de Jean-Claude Milner (que Rose-Paule Vinciguerra m’a cité, mémorable) : « aucune ignorance n’est utile ». Pas moins, et bien plus : Serge Cottet restait après ce qu’il avait été avant cette petite boucle : constant et ailleurs, en instance, au taquet.

Ainsi, l’ombre de sa silhouette ou de sa plume tomberait toujours sur le sillon qu’il creusait sans relâche dans le champ freudien, aussi seul que Lacan l’avait toujours été comme Lacan, ou Kafka comme Kafka. Seul avec son violon, seul avec ses analysants, seul avec ses collègues, à tous les moments de la vie de l’École inscrits dans son agenda. Son style était de vie.

La solitude de Serge Cottet n’a pas cessé de me faire sentir, toujours plus, que là où elle était pas-toute, crainte et espérance abolies, il s’agissait de se tenir simplement.

Il s’agit simplement de s’y tenir encore.

___________________________

Le titre fait référence à Cottet, S. « Qui sont les freudiens ? », in Miller J.-A. & 84 amis, Qui sont vos psychanalystes ? Paris, 2002, p.295-303.