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Rose-Paule Vinciguerra : Serge Cottet et le courage du désir de l’analyste

Rose-Paule Vinciguerra : Serge Cottet et le courage du désir de l’analyste

Je ne parlerai pas ici des souvenirs de presque quarante-cinq ans d’amitié sans faille avec Serge. Ni de son parcours d’enseignant car des générations d’étudiants peuvent sans doute témoigner mieux que moi, de ce que leur apprit le Professeur Cottet sur Freud, l’histoire de la psychanalyse et Lacan. Ce que je sais, c’est que c’était là l’effet de son travail incessant d’explication à lui-même de ce qu’il lisait. Il ne cherchait pas à faire beau mais à dire juste. Pas plus mais pas moins. Et il expliquait ensuite aux autres, sans se hausser du col, même s’il savait être ferme avec ceux qui manquaient à l’éthique du lire. C’est qu’il avait horreur du faux savoir. Et dans ses textes, il eut toujours le souci de maintenir présente l’exigence de l’élucidation clinique.

Son livre, Freud et le désir du psychanalyste, publié en 1982, peu après la mort de Lacan, réédité en 1996, il l’écrivit « en hommage à Jacques Lacan ». Ce fut une première : « ce désir, jamais venu au jour avant Freud, inédit, fut enfin révélé par Lacan comme le fondement véritable de la cure psychanalytique », écrivait-il. Et sa conclusion : « On sait que Lacan jeta dans cette entreprise ses dernières forces ».

Ses dernières forces, Serge les jeta dans le fait de maintenir alerte son désir de psychanalyste. Très malade, il écrivit sa contribution pour les Journées de l’ECF des 25 et 26 novembre « Les années d’apprentissage de la psychanalyse », et de son lit d’hôpital, renonça à regret à se rendre à ces Journées. Jusqu’au bout, Serge reçut ses patients en analyse et en contrôle. Il eut le courage en acte de ce désir là. C’est dans son dernier combat avec la maladie que je  découvris qu’au-delà des aléas de sa vie, c’est la solidité de son désir de psychanalyste qui le définissait le mieux. Et c’est avec ce regard là que tous ses textes doivent être lus ou relus aujourd’hui. Comme Serge l’écrivait dans son ultime message, se référant à Lacan : chacun de nous est attaché à « un lambeau de discours, plus vivant que sa vie même, s’il est vrai que, comme le dit Goethe, quand “ce qui est sans vie est vivant, il peut aussi bien produire la vie” ».

 

1er Décembre