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Un symptôme contemporain : les violences conjugales

Un symptôme contemporain : les violences conjugales

Un symptôme contemporain : les violences conjugales

Françoise Haccoun

La loi sur les violences conjugales a été promulguée le 4 avril 2006. A la page 93 du décret 1799, enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 7 juillet 2009, sont répertoriés les « profils qui justifient un suivi systématique ». Le Docteur Roland Coutanceau a, dans son rapport Auteurs de violences au sein du couple. Prise en charge et prévention (1), clairement distingué trois grands profils psychologiques d’hommes violents :
Un profil « à tonalité immaturo-névrotique ». On peut évaluer leur représentation au sein de la catégorie des hommes violents, à environ 20 % d’entre eux. Ce profil caractérise la majorité des auteurs de violences au sein du couple.
Un profil d’hommes égocentriques et mal structurés psychologiquement. Ils banalisent et minimisent les faits et s’inquiètent davantage des conséquences qui peuvent se produire pour eux ainsi que pour leur victime.
Un profil d’hommes « à la personnalité particulièrement problématique », marquée par un fort égocentrisme et une dimension paranoïaque et mégalomaniaque. Ils tentent de construire une relation d’emprise et décrivent leur femme comme « mythomane, hystérique ou persécutive ». Si seuls 15 % des auteurs souffrent de troubles psychiatriques clairement identifiés (et ceux-ci appartiennent en général au troisième groupe), dans tous les cas, un suivi psychologique des auteurs est nécessaire, bien qu’il puisse être de nature différente selon le profil de l’auteur.

Que dit la psychanalyse des « violences conjugales » ? : Rapport de l’être à l’acte
La logique en termes de « profils psychologiques » stigmatisent les sujets en les identifiant au collectif « hommes violents » par un éclairage réducteur des conduites humaines répertoriées sous forme statistique. La fascination du chiffre et de la norme quantifiable régit ce lourd dispositif dont les lois font florès au XXI° siècle. Des institutions mono symptomatiques se multiplient, pour prendre en charge les victimes ou leurs « auteurs ».
Les instances sociales et juridiques répondent à l’urgence des violences faites aux femmes par une mise à l’abri des victimes. L’accusation de ces faits de violence, le recueil de la plainte des victimes, le renforcement des sanctions faites aux auteurs sont et font l’objet de procédures judiciaires courantes pour un droit à la victime. Ainsi, le prononcé d’une mesure de contrôle judiciaire permet au magistrat ou au juge des libertés et de la détention d’imposer à l’auteur des violences une à plusieurs mesures, telles que l’éviction du domicile familial ou une obligation de soins. Les mesures de protection administratives cherchent pour la plupart à exorciser l’angoisse généralisée que de telles violences provoquent. Les particularités de la jouissance du sujet sont la plupart du temps occultées par le discours généraliste du législatif.

Or la loi juridique ne recouvre pas la loi du désir. Notre angle d’approche sera tout autre. Elle délivrera au sujet la possibilité de cerner ce réel et de s’en faire responsable.
Chaque parlêtre traite, de façon singulière, la jouissance hétérogène au langage. Ceci nous conduit à la piste clinique suivante dans ce corps à corps que le passage à l’acte dit « violent » incarne : dévoiler la relation qu’un homme entretient avec le phallus, le corps et la rencontre impossible à l’Autre sexe. Lacan l’énonce ainsi : « Le signifiant n’est pas fait pour les rapports sexuels. Dès lors que l’être humain est parlant, fichu, c’en est fini de ce parfait, harmonieux de la copulation, d’ailleurs impossible à repérer nulle part dans la nature » (2).
Une clinique du passage à l’acte est à l’œuvre via ce symptôme contemporain où la jouissance est aux commandes. L’objet monte au zénith et la parole est court-circuitée par l’acte. Faire entrer le sujet dans un discours, rechercher avec lui les coordonnées subjectives qui l’ont poussé au passage à l’acte, en délivrer leur signification et/ou leur modalité de jouissance, offrira au sujet une voie d’accès à sa responsabilité de sujet. Le passage à l’acte ne saurait se concevoir comme simple agir, pure décharge motrice. Nous ne l’identifions pas à un simple trouble du comportement mais nous misons sur sa signification inconsciente. Le sujet sort de la scène de l’inconscient, ses défenses volent en éclat, ne recouvrant plus sa pulsion agressive. Pour certains, le passage à l’acte hétéro-agressif envers le conjoint, se déchaîne souvent par un envahissement d’angoisse, par une négation de la pensée, voire une négation du champ de l’autre. « Je ne peux pas penser là où j’agis ». L’acte hétéro-agressif, a valeur d’apaisement de la tension subjective mais est également lié, sinon à une autopunition, du moins à la recherche de punition par ses conséquences pénales mais aussi subjectives. Victime de son acte, le sujet sait qu’il va devoir en assumer les suites. Le travail d’élaboration symbolique lui permet, s’il y consent, de repérer combien il a pu être agi par un fantasme qui le hantait, en lien avec son histoire privée.

Là où était le passage à l’acte, là où les mots n’étaient pas advenus, peut naître un sujet dans son rapport avec son objet, qui endosse sa propre responsabilité. Et que dire de ces violences sous emprise de l’alcool ? Dans la sphère des violences conjugales, ne recouvrent-elle bien plutôt pas le rapport à l’Autre sexe?

mardi 1 décembre 2009

(1) Auteurs de violences au sein du couple. Prise en charge et prévention, rapport du groupe de travail animé par le Docteur Roland Coutanceau, mars 2006 et Professeur Roland Coutanceau, « Evaluation et prise en charge du conjoint violent », in Santé mentale, n° 132, novembre 2008
(2) Lacan J., Le séminaire, Livre XVII, L’envers de la psychanalyse, (1969-1970), Paris, Seuil, p. 36.