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Une Ecole pour la passe, 1967-1994

Une Ecole pour la passe, 1967-1994

Une Ecole pour la passe, 1967-1994

Herbert Wachsberger

« Il est impossible que les psychanalystes forment un groupe. Néanmoins le discours psychanalytique (c’est mon frayage) est justement celui qui peut fonder un lien social nettoyé de toute nécessité de groupe ».
Jacques Lacan « L’étourdit », Autres écrits.

« La leçon de Lacan, c’est que l’extension du discours analytique ne se gère pas à partir de l’extension : elle est commandée par son intension ».
Jacques-Alain Miller La Lettre mensuelle n°17.

« Les Écoles de l’AMP prennent comme référence l’École freudienne de Paris, que Jacques Lacan fonde en 1964, dans son effort pour rénover les fondements et la pratique de la psychanalyse ».
Site de l’AMP/WAP, 2008

« Et pourquoi la Proposition[1] en octobre 1967 ? » lance un jour Lacan à son auditoire[2], feignant de se disculper d’un improbable soupçon. « Si je l’avais faite en mai 1968, on aurait dit – il est induit. Je ne suis pas induit […] Je suis produit ». Sur ce point, son « Discours à l’École freudienne de Paris »[3] est précis : « L’immixtion de l’Acte était le préalable à ce que ma proposition dite du 9 octobre parût. »
La Proposition aurait pu libérer l’École d’attaches persistantes à la formation traditionnelle des Sociétés de psychanalyse. Mais la « froideur » de l’accueil du Directoire incline Lacan à suivre la veine démocratique de son Acte de fondation[4] (21 juin 1964) et à s’adresser à l’audience la plus large des membres. Le résultat mitigé de leurs placetnon placetplacet juxta modum le convainc d’encore surseoir.
Sans désemparer pour autant. Fin 1967, il dévoile les ruses du moi à l’œuvre sous les arguments de ses objecteurs[5] ; créée début 1968, la revue Scilicet, « l’un des moyens, écrit-il, dont j’attends de surmonter dans mon École […] l’obstacle qui m’a résisté ailleurs » [6]; et invite à y lire la version définitive de la « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École »[7] comme un contre-exemple de « Situation de la psychanalyse et formation du psychanalyste en 1956 »[8].

Tandis qu’il édifie le « massif doctrinal de la passe »[9], se poursuit l’ajustement institutionnel de la Proposition par la mise au point d’un règlement intérieur. Il reviendra aux Assises de l’École de l’entériner en janvier 1969.
Mai 1968 est un moment saillant dans ce parcours. Lacan lui reconnaîtra un effet de « frayage » : un an et demi plus tard, sa Proposition passera « haut la main ». En octobre de la même année, il se saisit du thème du Congrès de l’École freudienne de Paris à Strasbourg[10] – « Psychothérapie et psychanalyse » – et reprend à nouveaux frais sa propre définition de la psychanalyse. En 1955, il écrivait : « Une psychanalyse, type ou non, est la cure qu’on attend d’un psychanalyste »[11]. Ce qu’on en attend – relève du transfert. Mais à quoi un psychanalyste se reconnaît-il ? L’interrogation est subversive et la réponse inattendue : « Le psychanalyste, lui, doit le savoir », assène Lacan en 1968 à son auditoire, qu’on devine pris de court. L’assertion relance la question : quelle fonction a, dans la formation du psychanalyste, ce qu’il doit savoir de lui-même en tant que psychanalyste ?

En janvier 1969, les « Principes concernant l’accession au titre de psychanalyste dans l’École freudienne de Paris »[12], qui sont une mise en forme par le Jury d’accueil de la Proposition de 1967, sont soumis à l’appréciation de l’École. Avant le vote (devenu préférentiel, car deux autres propositions avaient été adjointes), Lacan[13] s’adresse à l’Assemblée générale. Outre la question de savoir si la psychanalyse est faite pour l’École ou bien l’École pour la psychanalyse, Lacan cible l’enjeu : le moment où se résout une psychanalyse ne peut se prévaloir d’aucune théorie de la formation. Le consentement, qui jusqu’alors palliait l’absence d’une validation de l’épreuve de capacité qui fait l’Analyste de l’École (AE), pourrait, grâce à la procédure et au fur et à mesure que s’affinerait son expérience, y trouver de meilleures bases.
Trois AE auront démissionné collectivement de l’École avant le dépouillement du vote, qui adoptera les Principes à la majorité absolue.

L’expérience de la passe est remise en route. De nouveaux AE s’agrégeront au « corps » des anciens. Dans un débat sur la passe lors du Congrès de novembre 1973[14], Lacan, en référence à Héraclite, désigne le moment où « quelque chose qui concerne une partie d’ombre » peut être aperçu par le passant comme un éclair : un effet didactique, en quoi consiste ce moment de la passe, obtenu à la façon d’un dévoilement.
Tandis que l’École freudienne de Paris, en reconduisant l’ancien Directoire[15], s’engluait dans un immobilisme bientôt fatal, Lacan déclare[16] que l’expérience « pilote » du Département de psychanalyse est digne d’être poursuivie. Il devient son Directeur scientifique. Créé au début de l’année 1970, dans le cadre du Centre Universitaire de Vincennes, pour contribuer par l’étude et la recherche à l’élaboration de la psychanalyse[17], Lacan y voyait une opportunité de « fonder du nouveau ». Un mathème de la psychanalyse, en existerait-il un, conforterait le bien-fondé du Département à enseigner la psychanalyse[18].
Pari relevé. Á la lisière de l’École, mais dans le Champ freudien (au sens de l’Acte de fondation) et qu’une Fondation du Champ freudien institutionnalisera plus tard, le premier numéro d’Ornicar ? naît des cendres du Bulletin du Département de psychanalyse, en janvier 1975. Les créations d’un Doctorat du Champ freudien et d’un Diplôme d’étude approfondie (DEA) auront précédé l’ouverture d’une Section clinique[19] aux objectifs préalablement définis. Lacan l’inaugure le 5 janvier 1977 : « Je propose que la section clinique qui s’intitule à Vincennes “de la clinique psychanalytique” soit une façon d’interroger le psychanalyste, de le presser de déclarer ses raisons. » Qu’il sache, donc, et fasse savoir de quoi s’est servi sa propre psychanalyse, dont la singularité relève de l’éclair héraclitéen ; et qu’en appui sur les enseignements déjà recommandés par Freud[20], il reverse ce savoir au débat des Lumières. Ces enseignements du Département de psychanalyse répondent de la clinique psychanalytique comme la définit Lacan[21] : « La clinique psychanalytique, c’est le réel en tant qu’il est l’impossible à supporter. » Clinique analytique et expérience de l’analyse ont en partage un réel, dont se spécifie le Champ freudien.

Mars 1977. Une vive polémique sur la procédure de la passe embrase l’École et gagne ses entours. Ornicar ? lui ouvre ses pages, procure à ses lecteurs d’inédits documents sur la passe et adopte une posture résolument critique sur les suites données à la Proposition depuis son introduction dans l’École. J.-A. Miller[22] clarifie quelques aspects paradoxaux de la passe. Il distingue le moment résolutoire et conclusif d’une psychanalyse – la passe I, et le moment de son examen au sein du dispositif conçu pour l’authentifier dans l’après-coup du témoignage – la passe II.
« Qu’est-ce qui peut venir dans la boule de quelqu’un pour s’autoriser d’être analyste ? » se demande Lacan lors des Journées d’études consacrées à la passe en janvier 1978[23] et il exprime sa déception du manque de témoignages sur cette question : « Bien entendu, c’est un échec complet, cette passe. » Des propos que certains s’empressent de comprendre comme une condamnation de la procédure.
L’expérience de la passe ne réussit pas à réveiller l’École, en proie aux effets de groupe. L’Assemblée générale extraordinaire du 30 septembre 1979 donne le spectacle d’une École déchirée. Rien n’y fera : ni la création d’un Département des Cartels doté d’un nouvel organe, Plus-un ; ni l’appel à se ressaisir lancé par ses deux responsables dans une conférence conjointe[24].
Lacan lit à son séminaire du 8 janvier une lettre[25] parvenue aux membres le matin même – l’École « fonctionnerait, si je ne me mettais en travers, à rebours de ce pour quoi je l’ai fondée » – et il annonce que la dissolution juridique de l’association est la solution du problème. « Delenda est. J’ai fait le pas de le dire, dès lors irréversible », écrit-il dans une lettre du 10 mars 1980 – date de la création de la Cause freudienne[26] – et qu’il lit le lendemain à son séminaire.

C’est alors un grand branle-bas de combat. Ornicar ? annonce en janvier 1980 le lancement d’un « mini-mass-media des ouvrages classés difficiles », l’Ane (sans bonnet), qui verra le jour en mai[27]. Delenda ! créé tambour battant pour accélérer le travail de la dissolution, celui d’un deuil à faire, selon Lacan, prend l’initiative de deux demi-journées : « Expérience de la passe et transmission de la psychanalyse » pour l’une, « Enseignements de la dissolution » pour l’autreEt tandis que l’École freudienne de Paris organise deux réunions sur « Le travail de la dissolution », Delenda ! élargissant son propos aux « Divergences de la psychanalyse », lance en juin les « Lundis de la dissolution ».
L’Assemblée générale extraordinaire de l’École de la Cause freudienne, qui n’avait pas obtenu la dissolution juridique avant l’envol de Lacan pour le Venezuela début juillet, se prononce en sa faveur le 27 septembre 1980.
La Cause freudienne – elle n’est pas École mais Champ – peut alors se doter de ses nouveaux statuts[28]. Il faudra attendre le règlement intérieur de l’École, encore à venir, pour que « sens » et « valeur » puissent être donnés aux titres d’AE et d’AME (Analyste membre de l’École). On dispose toutefois des indications de Lacan[29] : « La passe produira l’AE nouveau, toujours nouveau de l’être pour le temps de témoigner dans l’École, soit trois ans. »
Delenda nouvelle série, délesté de son point d’exclamation, s’associe à l’effort de la Cause freudienne et programme, sous la bannière d’un offensif Pour la passe, les « Jeudis de Delenda ». J.-A. Miller anime la réunion d’ouverture et assure les trois premières conférences.

Il établit, dans la première, que la passe est homologue à une formation de l’inconscient[30].
La deuxième[31] situe ce qu’a de paradoxal la relève de la fonction analytique par le psychanalysant et l’envie qui lui peut venir d’occuper la peu enviable place de déchet à quoi il a réduit le psychanalyste. Paradoxal : au sens d’une citation du Manuel de Physique à l’usage des Gens du monde (1783) – celle des « causes que (nous autres physiciens) nous décelons dont l’effet est paradoxal, ou du tout inattendu » – et dont Paulhan épigraphie ses écrits sur Les Causes célèbres ; un effet paradoxal qu’à la fin d’une analyse l’avènement de l’objet (a) ramène à sa cause.
La troisième conférence[32] élucide la structure de l’algorithme du transfert en montrant l’articulation de la relation analytique comme structure de langage (celle du signifiant) à la fonction de la référence (celle de l’objet).
L’annonce, par Delenda, de la poursuite des conférences Pour la passe, est dénoncée par un Ancien, membre du Directoire, comme une confiscation de l’enseignement. Il crie à l’élimination de la vieille garde et se retourne contre la Cause freudienne.
Mais le charroi va son chemin. Le Directoire (à un membre près) annonce la création de l’École de la Cause freudienne. Pour ce qui concerne la passe et selon les indications de Lacan[33], ses statuts complètent ceux de la Cause freudienne par une double Commission de la passe (composée de deux cartels travaillant indépendamment et comportant des passeurs) et une Commission de la garantie : les Jurys disparaissent de la nomenclature. Mais « tout sera à débattre » dans un « forum (de l’École) » : ainsi le voulait Lacan[34].
Le Forum se tint en mars 1981. Le 9 septembre, Lacan décédait. Se joue alors le sort de l’École, rappellera plus tard J.- A. Miller. Il revenait au Directoire d’apprécier à la place de Lacan les conclusions du forum, d’établir le texte des statuts et de les déposer, d’accepter les adhésions « et ainsi de faire exister l’École de la Cause freudienne »[35]. Le premier Conseil statutaire est formé le 14 septembre 1981.
Le texte définitif des statuts, achevé par les six Conseils restants de ceux nommés par Lacan, est déposé le 28 septembre 1981 [36]. Le règlement intérieur, qui portait sur la double Commission de la passe et le Secrétariat de la Commission de la passe, est suspendu jusqu’à ce qu’un congrès se prononce à son sujet.

Ce temps d’attente est mis à profit pour peaufiner une doctrine de l’institution[37]. Des réunions préparatoires mensuelles, les Samedis de la passe, sont placées sous la responsabilité de J.-A. Miller. Il en inaugure la série dès janvier par un exposé fondamental[38] : « Des données sur la passe. »
La composition des cartels de la passe, sorte de casse-tête qu’avait déjà tenté de résoudre le Directoire en janvier 1981 à partir des indications lapidaires de Lacan, trouve dans la structure du cartel, x+1, une solution qui satisfait tout un chacun : x = 3 analystes et 1 passeur ; soit 4 à devoir se choisir un plus-un[39]. Le passeur entré dans la composition du cartel n’est pas celui qui aura rencontré le passant. Dès que possible, un des analystes, au moins, du cartel, sera un AE.
Cette « nouvelle formule de la passe » (Joseph Attié) est issue pour l’essentiel du débat des Samedis. Elle délimite aussi les fonctions du Secrétariat de la passe. Le Congrès extraordinaire l’adopte en juin 1982. C’est par ce vote sur la procédure que commence à cette date l’historique de la passe dans l’École de la Cause freudienne, note J.-A. Miller. Au terme de six années, ceux qui ont participé à son fonctionnement auront à se réunir en Collège de la passe pour décider d’une éventuelle modification.
Le premier Congrès ordinaire désigne par un vote les six psychanalystes de la double Commission de la passe en janvier 1983. Un passeur, choisi par le Secrétariat de la passe sur une liste de passeurs proposés par des AME, complètera chacun des cartels de la double Commission ; lesquels s’adjoindront chacun un plus-un.
La question institutionnelle avait été réglée. En attendant l’entrée en fonctionnement de la procédure, une nouvelle série de Samedis, « en lever de rideau », vise maintenant un temps de réflexion, sans se limiter à la pertinence étroite du moment de la passe. Elle s’intéresse à ses conséquences sur la conduite de la cure, à « l’expérience analytique à la lumière – soleil noir – de la passe », comme s’exprime J.-A. Miller dans « Perfection de la psychanalyse »[40], l’exposé par lequel il inaugure cette série, le 27 janvier 1983.
La procédure entre en vigueur, comme prévu, à partir d’octobre 1983. En six années de fonctionnement, 5 AE sont nommés. Les Soirées des AE, celles des cartels de la passe, les Samedis de la passe, dans lesquels interviennent les membres des cartels et les AE, contribuent à la transmission de l’expérience.
Des « tensions non négligeables » apparaissent lors de la première réunion en collège, en septembre 1989. Il s’agissait d’y apprécier l’éventuelle opportunité d’apporter des modifications au fonctionnement de la procédure, comme le Conseil l’avait prévu en 1982, et non, comme cela se produisit, de « débattre des résultats de l’expérience de la passe »[41]. Dans le même temps, un ouvrage collectif, auquel avaient participé d’anciens membres des cartels de la passe, lance un débat sur la passe et l’École, son fonctionnement et son histoire[42].
Devant cette emprise inédite d’un phénomène de groupe sur l’expérience de la passe en cours dans l’École et son parfum de crise larvée, J.-A. Miller, président de l’École, prononce devant l’Assemblée (le 2 décembre 1989) ce qui deviendra « Acier l’Ouvert »[43]. Il nomme la crise, l’analyse comme une crise des fondements de l’École et, pour démonstration, en expose le « quasi-mathème ». Il répartit en deux classes ceux qui sont entrés dans l’École pour Lacan et qui y sont restés, alors que Lacan n’est plus : la classe de ceux pour qui l’École de la Cause freudienne est investie d’un transfert de travail (par sublimation du travail de transfert qui s’attachait à Lacan) ; la classe de ceux pour qui Lacan et l’École restent disjoints. De là s’impose la nécessité, pour faire l’économie d’une dissolution formelle, de renouveler le pacte qui lie les uns et les autres à l’École de la Cause freudienne.
Quelques membres quitteront l’École. Des réunions en collège remettent le dispositif de la passe, un temps freiné, en ordre de marche. Un Colloque d’Ornicar ? sur le thème de la dissolution (13/14 janvier 1990) se penche à nouveau sur les origines de l’École de la Cause freudienne[44]. Des Tétrades (au cours du 2e trimestre) débattent de la passe.

L’École, prise pour la première fois de son histoire comme un thème de journée d’étude, vient à l’affiche des Journées d’octobre 1990. Leur intitulé reprend celui des Journées d’avril 1980, L’expérience de la passe et la transmission de la psychanalyse, auquel Lacan avait donné son aval, mais un syntagme encore peu en usage, Le concept de l’École, a la charge de l’introduire. Cette préséance, l’École la doit à la passe. « L’expérience de la passe, qui est interne à l’expérience analytique ne prend […] consistance que si elle est référée à l’institution […] Là où l’École n’a pu prendre racine, l’expérience de la passe reste hors d’atteinte »[45]. François Leguil, dans son rapport[46] sur l’expérience de la passe dans l’École, souligne le « pouvoir de dérangement » de la passe et la réactivité de l’École. Il écrit : « Le problème de savoir si l’École se laisserait “diviser par la passe” était certes d’importance : l’actualité y répond de manière retentissante. » Et J.-A. Miller va jusqu’à comparer l’expérience et le travail de l’École à ceux de l’analysant[47].
Au lendemain des Journées, J.-A. Miller ouvre une discussion sur les perspectives de la procédure de la passe et les options fondamentales de l’École depuis sa fondation[48]. Dans son Adresse[49], il fait le constat d’une réactualisation et d’une intensification des enjeux de l’École et prône une rénovation de la passe et de l’administration générale de l’École.

Les Journées de 1990 auront marqué la fin de la crise. Une époque, celle d’ECF1, se terminait. La passe sortira de son confinement.
La « seconde proposition de la passe » faite aux Italiens d’entrer à l’École par la voie de la passe[50] mais restée en souffrance, revit en janvier 1991 dans « La question de Madrid »[51], soumise au débat lors d’un Colloque d’Ornicar ? L’entrée à l’École par le dispositif de la passe n’est pas une passe d’entrée à l’École, le Conseil le précise[52] – « il n’y a dans l’École de la Cause freudienne qu’une passe » – et le règlement de sa procédure (adopté en 1982) est reconduit tel quel. Toutefois, les nouveaux statuts d’ECF2, votés par le Congrès extraordinaire[53] au terme d’un débat de plusieurs mois, prévoient que les cartels de la Commission de la passe puissent recommander au Conseil, auquel la décision revient, la nomination de membres.
On peut attendre de l’Analyste de l’École qu’il fasse progresser la psychanalyse, observait J.-A. Miller dans une « Note adressée aux AE après leur réunion du 6 février 1993 »[54] et il souhaitait que vienne le temps où quelque chose de ce que l’AE dira « fera une différence pour l’École, le Champ freudien, la psychanalyse » : qu’à la passe I (le moment de « franchissement interne à l’expérience analytique ») et à la passe II (la procédure) s’adjoigne le temps d’après de la passe III, celui de l’enseignement de la psychanalyse.
À la veille de la VIIIe Rencontre internationale du Champ freudien dédiée à la conclusion de la cure, J.-A. Miller réexpose « l’hypothèse de Lacan »[55] – la « fin authentique » d’une analyse conduite jusqu’à son terme logique et la mutation subjective obtenue d’un remaniement du rapport à la jouissance par le dévoilement du fantasme fondamental, sa « traversée » – et il constate que cette passe, mise à l’épreuve dans l’École freudienne de Paris puis dans l’École de la Cause freudienne est « sur le point d’être introduite dans d’autres Écoles, en Europe et en Amérique latine, sous l’égide de l’Association mondiale de psychanalyse ».

Le renouveau des liens de l’École et de la passe en était le préalable.

[1] La première version de la « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », publiée en avril 1978 dans le volume 8 d’Analytica en supplément au n°13 d’Ornicar ? est reprise dans les Autres écrits de Lacan, Paris, Seuil, avril 2001, p. 575-591.
[2] Le 2 novembre 1973, au Congrès de l’École freudienne de Paris à La Grande Motte, dans les Lettres de l’École freudienne de Paris, n°15, juin 1975, p.70.
[3] Autres écritsop. cit., p. 261.
[4] Ibid., p. 229-233.
[5] Ibid., p. 261-276.
[6] « Introduction de Scilicet au titre de la revue de l’École freudienne de Paris », dans Scilicet, n°1, Paris, Seuil, 1968, p. 3-13 et Autres écrits, op. cit., p. 283-292.
[7] Autres écrits, op. cit., p. 243-259.
[8] Jacques Lacan, Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 459-486 + Annexe p. 487-491.
[9] Jacques-Alain Miller, « Cours d’orientation lacanienne » du 21 septembre 2009. Il s’agit de la Proposition, qu’encadrent les séminaires sur « La logique du fantasme » et « L’acte psychanalytique » et suivie, de décembre 1967 à novembre 1968, d’une série de conférences en Italie, dont les trois principales, publiées dans le premier numéro de Scilicet, « La méprise du sujet supposé savoir », « De Rome 53 à Rome 67 : La psychanalyse. Raison d’un échec », « De la psychanalyse dans ses rapports avec la réalité », sont reprises dans les Autres écrits, op.cit., p. 329-359.
[10] Le 12 octobre 1968, Lettres de l’École freudienne de Paris, n°6, octobre 1969, p. 42-48.
[11] « Variantes de la cure type », Écritsop. cit., p. 329.
[12] Scilicet, n° 2/3, Éditions du Seuil, Paris, 1970, p. 30-52.
[13] « Adresse du jury d’accueil à l’assemblée avant son vote (le 25 janvier 1969) », dans Scilicet, n°2/3, op. cit., p. 49-51. Repris dans les Autres écrits (« Adresse à l’École »), op. cit., p. 293-295.
[14] Lettres de l’École freudienne de Paris, n°15, juin 1975.
[15] Cf. Almanach de la dissolution, Bibliothèque des Analytica, Navarin éditeur, 1986.
[16] Début juillet 1974, Ornicar ? 1975, n°1, p. 13.
[17] Lettre du 20 mars 1969 à l’en-tête de l’École freudienne de Paris.
[18] Septembre 1974, « Base nouvelle pour le département de psychanalyse », circulaire rédigée par J. Clavreul et J.-A. Miller à la suite de la lettre de Lacan citée plus haut.
[19] J. Lacan, « Ouverture de la Section clinique » + Questions et réponses, texte établi par J.-A. Miller, Ornicar ? n°9, avril 1977, p. 7-14.
[20] « Peut-être à Vincennes… », Ornicar ? n°1, janvier 1975, p. 3-5 et Autres écritsop. cit., p. 313-315.
[21] « Pour Vincennes », 20 septembre 1976, à l’en-tête de l’Université de Paris VIII, Département de psychanalyse.
[22] « Introduction aux paradoxes de la passe », Ornicar ? n°12/13 (Sur la passe), p. 105-112.
[23] Lettres de l’École, n°23, avril 1978, p. 180.
[24] É. Laurent et J.-A. Miller, « Mais où est donc l’enseignement de Lacan dans l’École freudienne, en décembre 1979 ? » La conférence de J.-A. Miller, « Tous lacaniens ! », publiée dans le premier numéro de l’Ane, est reprise en 1986 dans l’Almanach de la dissolutionop. cit., p. 32-43.
[25] La « Lettre de dissolution », datée du 5 janvier 1980, est publiée dans le n°20-21 d‘Ornicar ? (été 1980) sous l’intitulé « Le Séminaire de 1980 ».
[26] J.-A. Miller, Annexes aux pré-rapports. Fin, École de la Cause freudienne, 1990, p. 31.
[27] On peut y lire l’intervention de Lacan à Caracas.
[28] Dossier « Mémoire de l’École », Revue de l’École de la Cause freudienne, n°20, février 1992, p. 100.
[29] Lacan, Courrier d’octobre n°3 de La Cause freudienne, 1980.
[30] « P. L. P. 1 », Delenda, n° 6, 17 mars 1981.
[31] Le 27 novembre 1980, inédite. Elle prolonge l’exposé fait à Caracas, Clausulas de clausura de la experiencia analítica. A favor del pase o Dialéctica del deseo y fijeza del fantasma, in Escansion Analítica I, Editorial Ateneo de Caracas, 1982, p. 59-61 et publié en partie dans Delenda, n°2, sous le titre : « Pour la passe ou dialectique du désir et fixité du fantasme. »
[32] Le 4 décembre 1980.
[33] Dossier Mémoire de l’Écoleop. cit.
[34] « Première lettre du forum », à l’en-tête de l’École de la Cause freudienne, 26 janvier 1980.
[35] L’Ane, n° 42, p. 22. Cité dans le dossier Mémoire de l’Écoleop. cit., p. 94.
[36] Dossier Mémoire de l’Écoleop. cit., p. 115.
[37] Cf. J.- A. Miller, La Lettre mensuelle, n°18, p. 10.
[38] Le texte légèrement abrégé de son exposé se lit dans le n°9 de la Lettre mensuelle (Autour de la passe), avril 1982, p. 3-10.
[39] « Complétez ! ou Cartel et passe », ibid., p. 13.
[40] La Lettre mensuelle, n°18 (avril 1983), p. 10-13.
[41] Rapports 1990 de l’École de la Cause freudienne.
[42] Ibid.
[43] « Acier l’Ouvert », Carte de janvier 1990 de La Lettre mensuelle, n°85, janvier 1990, p. 1-6 et Conversation sur le signifiant-maître, Paris, Agalma éditeur, Le Paon, 1998, p. 314-323.
[44] J.-A. Miller, lettre du 9 février 1990, Á ciel ouvert, Seconde livraison, 74, rue d’Assas, Paris, p. 33.
[45] J.-A. Miller, « Ouverture » aux Journées de l’École, Revue de l’École de la Cause freudienne, n°18, juin 1991, p. 13-14.
[46] « Rapport de François Leguil », Rapports 1990 de l’École de la Cause freudienne.
[47] J.-A. Miller, cf. note 45.
[48] « Esquisse des options fondamentales de l’École de la Cause freudienne », Revue de l’École de la Cause freudienne, n°18, 1991, juin, p. 14-16 et La Lettre mensuelle, n°94, p. 3-8.
[49] J.-A. Miller, « Adresse aux Membres de l’École du 8 octobre 1990 » (rédigée le 9 octobre 1990), dans la Lettre mensuelle, n°94, p. 24-33. – Ce numéro spécial de La Lettre mensuelle ( De la crise à la critique, réflexions sur l’École/3), 1990, n°94, publie l’« Introduction au débat sur la procédure de la passe » (octobre 1990) de F. Leguil, p. 9-11, rend compte des discussions qui ont suivi cette réunion du 8 octobre 1990 et boucle une série : La Lettre mensuelle, n°69 (Réflexions sur l’École/1) ; à laquelle il faut adjoindre le n°72 (La passe) La Lettre mensuelle, n°86, numéro spécial, 1988 (Réflexions sur l’École/2).
[50] « Note italienne » (1973), Autres écritsop. cit., p. 307.
[51] La passe à l’entrée de l’École. La question de Madrid, Éditions Eolia, Archives de psychanalyse, 1991.
[52] Rapports 1991 de l’École de la Cause freudienne.
[53] Le 24 septembre1993.
[54] Datée du 9 février 1993, publiée (en Annexe) dans Spartam nactus es, recueil des interventions orales au Collège de la passe 1996-1997, édité par l’AMP (19 août 1997) et par le Conseil de l’École de la Cause freudienne (7 octobre 1997).
[55] Dans sa « Préface » aux textes préparatoires réunis par l’Association Mondiale de psychanalyse, in Comment finissent les analyses, Paris, Seuil, avril 1994, p. 5-7.