1, rue Huysmans - 75006 Paris, France | T:+33 01 45 49 02 68 | F:+33 01 42 84 29 76 Contactez-nous

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Augustin Menard

Trois nouvelles récentes auraient pu nous réjouir : la déclaration de Nicolas Sarkozy à la Sorbonne affirmant la fin de “la religion du chiffre”, précédée il y a peu par le renoncement à l’évaluation des ministres reconnue comme inadaptée, enfin la remise par la Commission “ad hoc” du rapport concernant le remplacement du P.I.B. par un indice prenant en compte le bien-être de la population. Certes, on ne peut accueillir que favorablement ces informations qui semblent tenir compte d’idées qui nous sont chères.

Grâce à l’organisation des Forums par Jacques Alain Miller, nous avons fait savoir, haut et fort notre opposition à la dictature du chiffre, à l’utopie de l’évaluation généralisée et au rejet de la prise en compte du sujet. Pourrions-nous y déceler le signe avant-coureur d’un changement ? Aurions-nous été entendus ? La courbe de montée en puissance de l’évaluation serait-elle en train de s’inverser ? Aurait-on abandonné une conception réductrice de l’être humain ?
Suite à l’émission “Ce soir ou jamais” du 18 septembre sur France 3, on ne peut que déchanter. Les interlocuteurs de Jacques Alain Miller, malgré leurs bonnes dispositions évidentes, semblent n’avoir rien entendu à ses objections. L’utilisation de la notion de « bien-être » introduit nécessairement la subjectivité, des exemples frappants ont d’ailleurs été évoqués : telle population en proie à une guerre civile s’estime plus heureuse que celle de Californie à la même époque… Mais là où le bât blesse c’est que les bonnes intentions ne suffisent pas. Nous avons appris avec Lacan à nous orienter sur une éthique des conséquences.
Comment va-t-on intégrer cette nouvelle donnée ? En la mesurant. L’échec est assuré, car jamais le quantitatif ne pourra résorber le qualitatif. Le singulier, le subjectif, ne peut s’inscrire dans le : “valable pour tous”.
Jacques Alain Miller a fait valoir un deuxième facteur : cette force insidieuse parce qu’inconsciente qui émane de l’Idéal du Moi et à laquelle n’échappe pas cette nouvelle conception du bien-être. De la névrose à la psychose, à l’insu du sujet et sous diverses modalités, s’impose une autoévaluation source d’une “servitude volontaire”.

Bien avant Freud la littérature nous a fourni des exemples de “bonheur dans le malheur”, satisfaction paradoxale chez cet étrange animal parlant qu’est l’homme. Comment le faire entrer dans un indice ? La fin de notre combat n’est pas pour demain. La religion du chiffre n’est pas morte…

lundi 28 septembre 2009