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Une variation contemporaine de la demande

Une variation contemporaine de la demande

Une variation contemporaine de la demande

Annick Relier

Eu égard à la variation contemporaine de la demande vis à vis de la psychanalyse, nous examinerons ce que cette pratique a d’inédit au-delà de la demande et comment elle contrevient à « l’orthopédie » du comportement.

Allo ! Vous êtes psychanalyste ? Cela commence comme cela au téléphone souvent, voire au premier entretien. Ce qui se demande est articulé aux signifiants maîtres de notre société. D’abord c’est souvent une demande marchande formulée avec sa cohorte d’exigences de garantie. « Je vous téléphone pour savoir si la psychanalyse peut me convenir ». C’est aussi une demande formulée sous le mythe du tout traitable et des vertus infinies de la parole.

Examinons ces déclinaisons.
Le symptôme est identifié par le sujet comme un trouble du comportement ou un défaut de normalité par rapport au social. A ce sujet je note que certaines institutions comme France Telecom font de même qui demandent à l’analyste quelles sont ses spécialités afin disent-elles « d’être plus vendeurs ». Ainsi le symptôme est-il à éradiquer. L’orthopédie du mal-être est attendue. Je voudrais, dit cette femme refusant tout rapport sexuel, « être une femme normale ». Quel est cet appel à la normalité si ce n’est de s’approcher de ce que promet le discours de la science, l’universalité, le valable pour tous en deçà de toute singularité ?
Autres points : le temps et l’argent. « Combien de temps ça dure et combien ça coute » ? L’efficacité, maître mot de notre société touche bien évidemment cette variation contemporaine de la demande. Pour ces sujets, il faut que le travail donne son produit au plus vite et à moindre cout. Appel donc à une pratique positiviste dont il faudrait pouvoir calculer à priori les effets attendus.
Les premières rencontres dont nous parlons visent également à faire surgir chez l’analyste la dimension prédictive de son acte. « Pensez-vous pouvoir faire quelque chose pour moi » ? Un savoir a priori est souhaité avec sa cohorte d’aspirations et de craintes. « Je ne souhaite pas dit-elle que le travail que je vais faire remette en cause ma vie de couple. »
On constate là que le savoir attendu est disjoint du savoir de l’inconscient qui lui, ignore le temps et n’est pas prédictif.
Enfin, il y a une interrogation sur le style de l’analyste. « Ah ! Vous êtes Freudien mais est-ce que vous êtes dans le dialogue ? » Quel « coach » serez-vous ? Voilà un maître mot contemporain et une interrogation sur la façon d’utiliser le maître moderne, le savoir lui-même devenant une marchandise.
La déferlante des TCC n’est certes pas sans incidence sur ce rapide tableau de variation contemporaine de la demande à la psychanalyse.

L’air du temps exige une satisfaction prompte et sans trop de perte. Le lien social se délite à l’heure de la communication à tout va et nous nous propose d’ailleurs sa cohorte de pratiques de l’addiction au cœur de la solitude contemporaine.
L’analyste n’ignore ni l’incidence du Malaise dans la société ni le poids du sujet qui demande. Mais ces sujets ne l’oublions pas demandent à ce que quelque chose de leur souffrance de corps ou de pensée cesse. Ils demandent un traitement du symptôme via l’Autre du savoir.
Qu’est-ce que la psychanalyse propose de neuf par rapport à cette attente qui disjoint parfois un certain savoir déjà là et le pulsionnel ? « Je sais que c’est parce que je n’ai pas confiance en moi que c’est comme cela (…) mais c’est plus fort que moi, il faut que je me connecte ». Ce « c’est plus fort que moi » commande au-delà du savoir prêt-à-porter l’ordre de la pulsion et de la jouissance.

Quelle place pour l’inédit dans la pratique analytique ?
La psychanalyse propose certes de faire parler le symptôme plutôt que de le faire taire. Elle s’oriente aussi dans l’expérience à aller au-delà d’un plus de signification pour qu’un sujet puisse appréhender la logique qui le gouverne. En parlant de logique, nous faisons référence à ce qui de la jouissance est enchâssé dans le symptôme. Ce point de réel autour de quoi circule la parole et qui vient faire butée au sens. La pratique analytique ne consiste pas uniquement dans la compréhension de l’oracle qui pèse sur le sujet. Elle vise aussi le retournement de l’oracle en un, en quoi suis-je concerné par ce qui m’arrive ? En cela les formations de l’inconscient sont à déchiffrer sous l’angle de la logique qui y préside et du réel en jeu. Au cours de l’expérience analytique le retournement de l’oracle en décision de l’être ouvre à une autre question ; Qu’y puis-je ? Dans cette question s’entend la responsabilité subjective.

L’offre de la psychanalyse c’est cela aussi, accompagner le sujet là où pour lui commence le voyage, un voyage pas sans boiterie car le savoir est marqué d’une impossible écriture entre l’homme et la femme. Alors et c’est là tout le procès de l’expérience analytique, le passage d’une demande aliénée aux signifiants maître d’une société comme nous l’avons vu, à la décision du sujet. Comment va-t-il s’arranger avec cette « clocherie » qui faisait sa plainte et son symptôme ? Un nouveau savoir y faire s’inaugure, singulier, non collectivisable, en rapport avec le temps logique du sujet.

En somme, si il y a une variation contemporaine de la demande issue de ce qui manque quant à la complétude de la jouissance, il y a aussi des variations toutes particulières des modes de savoir y faire avec son symptôme. C’est à cette clinique que la psychanalyse s’attache.

jeudi 30 décembre 2010